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Publié par bouba

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"Jeune Afrique" passe les finalistes de l'élection présidentielle guinéenne au crible. Après le candidat de L'UFDG Cellou Dalein Diallo hier, présentation de celui du RPG, Alpha Condé. Celui qui a connu l’exil sous Sékou Touré et les geôles du régime Conté a enfin rendez-vous avec son destin. Il incarne le courage et la rupture avec le passé.

 

Profil :

18,25% des voix au premier tour (résultats définitifs)

72 ans, marié, un enfant

Candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG)

Universitaire, docteur en droit public

Opposant historique de Lansana Conté

 

 

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Si une élection présidentielle se jouait à l’obstination, au mérite et au courage, si elle venait à récompenser celui des candidats qui s’est le moins compromis avec les pouvoirs et si les urnes accordaient une prime à la longévité du combat politique, nul doute que cet homme de 72 ans aux allures d’éternel militant l’aurait emporté au premier tour. Alpha Condé, c’est une vie dans le siècle, de la décolonisation aux démocratisations aléatoires, en passant par les indépendances ratées. Une vie vécue dans l’opposition constante à toutes les formes de dictatures, avec son lot d’exil et de prison, avec son ambition secrète aussi : être le premier président démocratiquement élu de Guinée.

 

Le destin d’Alpha Condé prend sa source à Boké, en Guinée maritime, au sein d’une famille de commerçants malinkés plutôt aisés, un jour de 1938. École et collège à Conakry, puis lycée en France, à Toulouse, où vit sa sœur aînée et où il débarque à l’âge de 15 ans. Très vite, le jeune homme assiste aux réunions de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf), qui, dès 1956, réclame l’indépendance totale des colonies. En terminale au lycée Turgot, à Paris, il se lie d’amitié avec l’un de ses condisciples, un certain Bernard Kouchner, et soutient avec ferveur la campagne pour le non au référendum de septembre 1958 prôné par Sékou Touré, qu’il admire. Inscrit en droit et en sociologie à la Sorbonne, mais aussi à Sciences-Po, Condé retrouve Kouchner et fait la connaissance d’étudiants avec qui il saura conserver, jusqu’à aujourd’hui, des liens utiles : Jean-Pierre­ Chevènement, André Santini, Pierre-André Wiltzer, Michèle Alliot-Marie…

 

Devenu l’un des dirigeants de la Feanf (il en sera le président, de 1964 à 1975), Alpha Condé se rend régulièrement en Guinée, où ses relations avec Sékou Touré, qui le reçoit volontiers, sont excellentes. Mais à la fin de 1961, quand le pouvoir réprime par la force le « complot des enseignants » (vingt morts, des centaines d’arrestations), la Feanf prend ses distances et Condé décide de rompre avec celui qui apparaît de plus en plus comme un dictateur. C’est le début d’un exil de trente ans. Marxiste non aligné, proche de la Chine et du Vietnam (il croit au rôle révolutionnaire de la paysannerie), le fils de Mamadou Condé et de Saran Camara mène une triple carrière : militante, exclusivement tournée vers la Guinée, internationaliste (il voyage beaucoup, de Pékin à La Havane, d’Alger à Belgrade) et universitaire. Titulaire d’un doctorat d’État en droit public, il est professeur associé à Paris-I, assistant du célèbre Maurice Duverger et membre actif du Snesup, le syndicat très à gauche des enseignants du supérieur.

 

Vingt-neuf mois de prison

 

Novembre 1970. À la suite de la tentative de renversement de son régime par l’armée coloniale portugaise, à laquelle il n’est pourtant pas mêlé, Sékou Touré fait inscrire Alpha Condé dans la fournée des condamnés à mort par contumace, aux côtés de l’ex-collaborateur de Jeune Afrique Siradiou Diallo. Écarté de l’université cinq ans plus tard, après la spectaculaire réconciliation franco-guinéenne décidée par Valéry Giscard d’Estaing, Condé entre dans le privé, à la société de négoce Sucres et Denrées, dont il ouvre les bureaux à Dakar, Abidjan et Douala, profitant de chacun de ses déplacements pour implanter au sein de la diaspora le Mouvement national démocratique (MND), fondé en 1977 et qui deviendra une dizaine d’années plus tard le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). Son manifeste « Pourquoi luttons-nous ? » est clair : « Une seule nécessité, le changement et empêcher quiconque de refaire la même chose. » Lorsque Sékou Touré meurt, en avril 1984, Alpha Condé n’est plus révolutionnaire mais social-démocrate,­ membre de l’Internationale socialiste. Les années Feanf ne sont plus qu’un lointain souvenir, place aux alliances, aux tractations parfois, mais pas au compromis.

 

Le voudrait-il que le successeur de Touré, le général Lansana Conté, ne lui en laisse pas le temps. La tentative de coup d’État de Diarra Traoré – qui sera fusillé – en 1985 et la découverte d’un pseudo « complot malinké » obligent le MND d’Alpha Condé à replonger dans la clandestinité. Lui-même attendra mai 1991 pour rentrer en Guinée, après trois décennies d’exil. Retour de courte durée : harcelé, il se réfugie à l’ambassade du Sénégal, d’où le président Abdou Diouf le fait évacuer à bord de son avion. Avril 1992 : Conté, sous pression, lâche du lest et décrète le multipartisme. Alpha revient à Conakry pour participer à la présidentielle de décembre 1993. Son slogan : « Nul ne peut voiler le soleil avec ses mains. » Il récolte 20 % des voix, ce qui fait de lui le leader de l’opposition – position confirmée deux ans plus tard lors des législatives, où le RPG, son parti, enlève dix-neuf sièges de députés, dont un qu’il occupera lui-même. Ses divergences avec Lansana Conté, qui l’accuse régulièrement de chercher à le déstabiliser, sont irréversibles. Jusqu’à la mort du général, en 2008, Alpha Condé refusera de le rencontrer et ne mettra jamais les pieds dans un ministère ! La sanglante mutinerie de 1996 aggrave son cas. Lors de ses meetings, le président traite l’opposant de « poux » et de « cancrelat ». Une nouvelle fois, le chef du RPG doit quitter le pays.

 

Le 1er décembre 1998, Alpha Condé est à bord de l’avion d’Air France en provenance de Paris. Candidat à la présidentielle du 14 décembre, il se rend compte à son arrivée à Conakry à quel point l’atmosphère est tendue. La radio officielle diffuse en boucle des bulletins d’alerte selon lesquels il aurait recruté des mercenaires au Liberia, prêts à envahir la capitale depuis la mer. Il juge plus prudent de prendre le large et de gagner l’intérieur du pays. Dans la nuit du 15 au 16 décembre, il est arrêté non loin de la frontière ivoirienne, avec trois compagnons, malmené, rapatrié sur Conakry, puis enfermé à la prison centrale sur la presqu’île de Kaloum. Il y restera seize mois en détention préventive, vingt-neuf au total, dans des conditions très dures, entrecoupés de grèves de la faim. À l’extérieur, son réseau de soutien se mobilise. Les présidents Bongo, Konaré et Chirac, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, et la secrétaire d’État américaine, Madeleine­ Albright, interviennent en sa faveur auprès d’un Conté inflexible. Son procès devant la Cour de sûreté de l’État est une mascarade : faux témoins, retrait de ses avocats, accusations montées de toutes pièces (il aurait installé des camps d’entraînement de miliciens au Liberia, en Côte d’Ivoire, au Burkina, grâce à l’aide financière de Kaddafi). Condamné à cinq ans de prison en septembre 2000, Alpha Condé est gracié le 18 mai 2001 avant d’être évacué de Conakry à bord de l’avion personnel du président Abdoulaye Wade.

 

Jusqu’à la mort de Lansana Conté, le 22 décembre 2008, c’est le plus souvent à distance, depuis Paris, qu’Alpha Condé poursuit son combat, refusant de soutenir les Premiers ministres successifs, qui, tous, ont cru pouvoir « civiliser » un régime ossifié. De Sidya Touré à Lansana Kouyaté, de François Lonsény Fall à Cellou Dalein Diallo, aucun ne trouvera grâce aux yeux d’un homme désormais convaincu d’incarner seul la véritable rupture avec le passé. Avec ses quinze sections régionales, ses sous-sections et ses comités de base, ses mouvements de jeunes, de femmes, de cadres, de sages, d’éleveurs, d’artisans, de commerçants et d’anciens combattants, son parti est le mieux structuré et le plus implanté de tous. Une position de force qui l’autorise à adopter, vis-à-vis du capitaine Moussa Dadis Camara, une sorte de neutralité bienveillante, jusqu’aux massacres du 28 septembre 2009. Mais qui ne lui a pas permis, à l’occasion du premier tour de la présidentielle du 27 juin, de sortir du carcan d’un scrutin très fortement ethnicisé. Pour beaucoup de Guinéens, ce chef courageux et intuitif, mais aussi cassant et expéditif, reste avant tout un leader malinké, même s’il est sans doute, de par sa formation et son idéologie politiques, le moins ethnocentré de tous les candidats. À lui de convaincre les électeurs qu’il est aussi un rassembleur.

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