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Publié par bouba

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Malgré son passé sombre, ou à cause de lui, notre peuple a atteint une maturité indéniable. Le déroulement du premier tour de l’élection présidentielle en fait foi. Les images de longues files d’électeurs prêts à voter pour 24 différents candidats mais qui attendent dans un calme absolu resteront gravées dans la mémoire de tout observateur attentif. Il faut que le second tour aussi se déroule dans de bonnes conditions, sans violence surtout, pour qu’enfin naisse une nouvelle Guinée. C’est à cette fin que, profitant de la nuit la plus sainte de l’année, Laylat al-Qadr (Nuit du Destin), je me permets de formuler trois conseils à tous mes compatriotes.

1. Ne gaspillez pas vos voix !

Choisissez votre candidat de sorte que votre vote soit utile à votre pays. Pour ce faire, prenez un moment de réflexion, ruminez tout ce que vous savez de vrai autour des candidats. Mettez les on-dit de côté pour vous limiter à la réalité objective, qui se voit à travers ce que chacun d’eux a dit et fait, à travers la doctrine qu’il a développée autour de lui. Ensuite posez-vous cette question : « Lequel des deux candidats est le plus apte à promouvoir la paix et l’unité nationale, le développement économique et social de la Guinée ? » Que l’ordre des éléments dans l’énumération ne vous leurre pas : le développement social de la Guinée est un défi sans égal, car en réalité tous les autres aspects de notre vie en dépendent. Aussi longtemps que nous n’aurons pas vaincu les mauvaises pratiques sociales actuelles – entre autres, la gabegie dans la gestion des biens publics, le laxisme dans le travail, le manque de civisme, le m’as-tuvuisme – nous ne devrons espérer un progrès réel dans un quelconque domaine.

C’est aussi dans le cadre du développement social qu’il faut ranger la promotion des valeurs religieuses : humilité, honnêteté, tolérance, amour du prochain, respect de l’autorité, etc. À propos, ce n’est pas seulement en faisant des dons aux mosquées ou aux croyants, que tel ou tel candidat devra vous convaincre de sa religiosité, c’est aussi à travers d’autres actes, naturels et concrets, de sa propre personne et des adhérents de son mouvement politique. Par exemple, si pendant que vous étiez un vendredi dans une mosquée de Conakry en train de suivre le sermon de l’Imam, la caravane d’un candidat vous avait importunés en passant dans des pickups, clairon sonnant, tambour battant, chantant à tue-tête les louanges de leur leader, vous aviez ce jour eu un double indice de leur vraie doctrine religieuse : ils ne sont pas vraiment intéressés à la religion, malgré leur apparente générosité, et ils ne se soucient pas que vous autres y soyez intéressés. En effet, si le mouvement politique en question avait une vraie considération pour la religion, ses dirigeants auraient tout naturellement interdit leurs campagnes aux heures des prières, surtout celle du vendredi saint. S’ils ne mettent pas ces moments à profit pour se rapprocher de leur Créateur et de leurs semblables, ils se seraient au moins abstenus de déranger ceux qui le font.

Faites la même analyse pour chacun des éléments contenus dans la question que vous vous êtes posée. Vous pouvez même attribuer des notes aux candidats pour chaque élément et enfin calculer la moyenne. Soyez impartial d’un bout à l’autre. Faites votre évaluation en votre âme et conscience. Imaginez « la première traverse de bois qui sera placée au-dessus de vous, le jour où vous ne pourrez rien faire pour vous-même » : votre enterrement constitue en effet la vraie limite entre la vie d’ici-bas et celle et l’autre monde, où vous recevrez la récompense de vos œuvres, bonnes ou mauvaises, y compris la sincérité dont vous ferez preuve en évaluant les deux candidats en lice. Répondez donc à la question que vous vous êtes posée, sur la base de la moyenne que chaque candidat aura obtenue. En fin de compte accordez votre voix au meilleur des deux, d’après votre analyse, même si ce n’est pas celui qui vous plaît intérieurement – pour la circonstance, mettez-vous au-dessus des sentiments personnels. Au jour « J », allez voter comme cela se doit, sans erreurs, pour ne pas produire un bulletin nul. Alors vous aurez donné une valeur à votre voix.

2. Ne craignez pas de violences postélectorales !

La crainte de violences est un facteur qui affecte lourdement nos consultations électorales. Les plus peureux d’entre nous peuvent s’enfermer dans leur domicile tout le jour du vote. Parmi ceux qui ont le courage d’aller participer au vote, certains n’évaluent qu’à 50 % leur chance de rentrer vivants. (Je connais un père de famille qui a fait un testament avant de bouger de chez lui pour le scrutin du 27 juin, expliquant comment repartir ses biens entre ses enfants, au cas où il ne revenait pas vivant.) Ainsi, au lieu de penser à l’élection, à apprendre comment voter, par exemple, beaucoup pensent à s’approvisionner en denrées essentielles pour se prémunir des crises qui pourraient résulter de violences postélectorales. À son tour cette psychose collective provoque, avant même l’élection, une crise économique et sociale aux conséquences multiples, tragiques parfois : les gens gardent des produits inflammables, comme l’essence, dans des bidons au sein de leurs familles, ce qui peut provoquer des incendies mortels. Sous d’autres cieux, on se demanderait pourquoi avoir tant de peur à l’occasion d’une simple consultation électorale. Sœurs et frères guinéens, pour les raisons qui suivent, n’ayons aucune crainte de violences postélectorales ! 

Tout d’abord, on ne s’attend pas à ce que notre pays soit attaqué de l’extérieur après l’élection. Toute violence éventuelle viendrait de l’intérieur, de nous-mêmes. Si nous ne créons pas la violence, nous n’avons aucune raison de la craindre. Or, nous pouvons parfaitement éviter de créer la violence ! Comment ? En évitant de commettre des injustices ! Nous devons avoir un slogan à appliquer de la base au sommet : des présidents des bureaux de vote au président de la Cour suprême et des chefs de quartier au Chef de l’État, en passant par les sous-préfets, préfets, gouverneurs et ministres, d’une part ; et des militants à la base aux présidents des partis politiques, d’autre part. Et ce slogan est « Justice ! » Chacun de nous doit non seulement se l’imposer, mais aussi l’exiger autour de lui, tout en gardant à l’esprit que « Justice ! » consiste à éviter à la fois les tricheries et les calomnies.

Qu’une personnalité à qui on a confié une tâche dans cette élection commette une fraude est un péché énorme ; mais, pareillement, accuser un innocent de tricherie en est un autre. Notre slogan voudra donc que nous nous liguions tous contre les tricheries et les calomnies, tous genres confondus. Si quelqu’un criait donc : « On nous a trichés ! » ou « On nous a calomniés ! » que la réponse soit ce que Dieu nous a recommandé de dire dans de telles circonstances : « Haatuu burhaanakum in kuntum saadiqiin ! » (2:111), c’est-à-dire : « Donnez votre preuve, si vous êtes sincères ! »

Notre slogan « Justice ! » voudra que nous dirigions, paisiblement, nos plaintes et nos preuves vers les cours et tribunaux. Les hommes et les femmes qui y sont devront agir en se souvenant, eux aussi, de leur future rencontre avec leur Créateur, Qui leur a ordonné ce qui suit : « Observez strictement la justice […], fût-ce contre vous mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. […] Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice »(4:135). Qu’ils sachent, en tout cas, que leurs actes sont tous connus et enregistrés, et qu’une rétribution les attend : « [Vous] traitez la Rétribution de mensonge ; alors que veillent sur vous des gardiens, de nobles scribes, qui savent ce que vous faites » (82:9-14). Au fond, notre Créateur est plus proche de nous que notre « veine jugulaire », comme Il nous le dit au verset 50:16 ; ainsi, même sans les anges autour de nous, nous ne pouvons point nous cacher de Lui.

En vérité, qu’une personne chargée d’administrer la justice altère la justice, à cause d’intérêts personnels, serait une chose pénible, exécrable. Elle ne serait comparable, peut-être, qu’à l’acte d’un soldat qui, pour les mêmes raisons, vous violenterait, alors que vous le nourrissez, l’habillez et le logez pour qu’il vous protège, ou encore à l’acte d’un imam qui vous trahirait, alors que vous priez derrière lui tous les jours et comptez sur lui pour votre guidance spirituelle. Le plus curieux est que tous savent pertinemment qu’ils mourront et seront enterrés un jour, laissant derrière eux toutes les fortunes et tous les honneurs qu’ils amassaient et à cause desquels, justement, ils avaient commis leurs actes injustes. Ils le savent d’autant plus que tous les jours des gens comme eux meurent, parfois sous leurs yeux. Notre slogan « Justice ! » voudra, vraiment, que nos institutions judiciaires appliquent toute la loi, et avec toute la rigueur qui sied à la situation.

Rappelons, à propos, que le Code électoral, à son Titre VIII, prévoit de sévères peines contre toutes les catégories de malfaiteurs, dont ceux qui, à l’aide de « propos calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses » détourneraient des suffrages ou empêcheraient des gens de voter. Ces peines incluent de fortes amendes, qui peuvent atteindre 6 millions de francs, et des emprisonnements allant jusqu’à 10 ans ! Pire encore pour les malfaiteurs – mieux pour la nation –, ces peines sont parfois accompagnées de « l’interdiction du droit de voter et d’être éligible pendant cinq (5) ans au moins et dix (10) ans au plus » ! Et si le coupable est de connivence avec d’autres personnes, ou s’il exerce certaines fonctions publiques qui devraient, normalement, l’astreindre à la droiture, il sera alors frappé plus durement que les autres. Dans l’un des cas, le Code stipule que si le coupable « est fonctionnaire de l’ordre administratif ou judiciaire, agent ou préposé de l’autorité publique, la peine sera portée au double » ! Chacun est donc prévenu : à bon entendeur, salut !

3. N’offensez pas les candidats !

Avant la proclamation des résultats définitifs du second tour, qui indiquera le futur Président de la République, les deux finalistes méritent le respect de tous les Guinéens. Proférer la moindre offense à leur égard serait inacceptable, car contraire à la morale et aux prescriptions de la religion, qui recommandent la politesse d’une manière générale et en particulier à l’endroit des personnes en position d’autorité. Gardons à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un combat entre ennemis mais entre adversaires politiques qui veulent, chacun, servir son pays. Respectons-les donc, tous les deux, tout en votant pour celui que nous aurons choisi. Par le même souci de justice, respectons également la volonté du Tout-Puissant à travers le rang protocolaire qu’Il leur a accordé en termes de pourcentage des suffrages du premier tour. Rappelons, en passant, que l’avance au premier tour, bien qu’indice logique de victoire au second tour, n’est pas un indicateur infaillible ; on le sait, ne serait-ce qu’à travers l’exemple du Liberia voisin. En 2005, M. Weah dépassait Mme Johnson-Sirleaf de 8 points au premier tour, mais nous connaissons le résultat du second tour.

Bien entendu, les deux candidats doivent nous respecter et se respecter, eux-mêmes, à travers leurs faits et gestes. Ils doivent surtout faire preuve d’un grand courage, celui d’accepter la défaite, pour l’un, et de réaliser ses promesses, pour l’autre. Même dans sa défaite le premier pourra servir son pays de plusieurs manières, entre autres en contribuant à la paix et à l’unité nationale, un acte de haute portée pour un croyant, comme le prouve ce hadith : Un jour, le Prophète Mouhammad (paix et salut sur lui) a demandé à ses compagnons s’ils voulaient connaître un acte « plus méritoire que le jeûne, la salat, la zakat ». Pressés de connaître cet acte, ils découvrirent alors que c’était « arranger les choses entre les gens » (Abou Dawoud).

Plût au Tout-Puissant, Maître des cieux et de la terre, Clément et Miséricordieux, que le choix des Guinéennes et des Guinéens se porte sur le meilleur candidat et que le résultat ne soit altéré par aucune forme d’injustice. Plût à Lui que l’issue de cette élection soit aussi paisible que la fin d’une cérémonie de baptême – Amen !    


El hadj Mahmoud « Ben Saïd » BAH

Imam de Shimané (Japon)


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