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Publié par bouba

 

 

Au cœur d'une enquête pour corruption, le magnat franco-israélien des diamants a été auditionné le 18 octobre. Il dément toute malversation, même si une ONG a dénoué l'écheveau de ses sociétés offshore. Mediapart publie aussi un rapport accusateur contre le président guinéen.

 

La justice suisse enquête elle aussi sur les affaires de corruption présumée autour de l’attribution des immenses ressources minières de la Guinée. Ces mines sont aujourd’hui au cœur d’une guerre (nous la relations en détail ici) opposant le président guinéen Alpha Condé et les géants mondiaux de l’industrie minière, dont Beny Steinmetz. C'est ce dernier qui intéresse de près les enquêteurs suisses. Le Franco-Israélien, ami de Nicolas Sarkozy, première fortune d’Israël, était à l’origine un magnat du diamant, et s’est depuis diversifié tous azimuts dans l’immobilier, le pétrole, le gaz ou les mines, dans plus de vingt pays.

Steinmetz réside à Genève depuis 2005 et, selon nos informations, c’est dans cette ville qu'il était pour la première fois convoqué par la justice, vendredi 18 octobre. La Guinée a en effet adressé une demande d’entraide judiciaire à la Suisse en août 2013, entraînant l’ouverture d’une procédure judiciaire genevoise pour « corruption d’agent public étranger », comme l’a appris Mediapart. L’enquête est pour l’instant dirigée contre « X... », et est instruite par le procureur genevois Claudio Mascotto.

Le 29 août, à la demande des Guinéens, des perquisitions avaient déjà été menées au domicile de Beny Steinmetz, dans son avion privé, mais aussi dans les bureaux d’Onyx Financial Advisor SA, une société qui est au cœur de la galaxie d’entreprises satellites montées autour du groupe Steinmetz, et chez une des dirigeantes d'Onyx.

Ces investigations font écho aux enquêtes de la justice américaine et du FBI, auxquelles s’est associée la Guinée, qui examinent de près les contours de ce qu’ils estiment être une vaste affaire de corruption internationale. Elle aurait permis à BSGR, une entité du groupe de Beny Steinmetz, de s’assurer les droits sur une concession dans ce qui représente la pépite nationale guinéenne, Simandou. Cette montagne perdue dans la forêt équatoriale au sud du pays cache la plus importante réserve mondiale non exploitée de minerai de fer. Un trésor de plusieurs dizaines (voire de centaines) de milliards de dollars.

L’audition de Beny Steinmetz s'est déroulée dans le cadre des procédures judiciaires suisses et guinéennes. Mais faisant valoir que la Guinée n’était pas un État de droit et que sa justice était corrompue, Beny Steinmetz a refusé de répondre aux questions du procureur Mascotto. Si ce n’est pour rétorquer, à la lecture des charges de corruption d’agent public étranger qui pèsent contre BSGR, qu’il contestait tout crime, et que son groupe n’avait jamais corrompu personne.

Il s’est en revanche dit pleinement prêt à collaborer avec la seule justice suisse – ou même américaine. « Tant que les Guinéens sont là de près ou de loin, mon client ne dira rien », précise à Mediapart son avocat Marc Bonnant. Cette sommité du barreau genevois, ami de Beny Steinmetz, est conscient des enjeux de cette affaire : il est l’un des administrateurs de Balda, la fondation basée au Liechtenstein propriétaire de BSGR, et dont le milliardaire et ses proches sont les uniques bénéficiaires.

L'avocat a adressé une lettre au procureur Claudio Mascotto le 9 octobre, expliquant pourquoi son client voulait garder le silence. Il assure que la procédure lancée par la justice guinéenne à l’encontre de son client « est d’ordre politique ». « Le président Alpha Condé entend exproprier BSG Resources Guinée Limited aux fins de revendre (y parviendrait-il...) les droits légitimement acquis par ladite société à une autre société minière. Vendre et revendre le même bien plusieurs fois : une pratique et une tradition politique de certains États africains », assène-t-il. Beny Stenmeitz entend aussi « s’opposer à l’exécution de la commission rogatoire et au transfert d’une quelconque documentation à l’autorité guinéenne », en clair faire recours pour empêcher toute transmission de document à la justice guinéenne.

Selon Steinmetz et son avocat, l'actuel président de la Guinée, Alpha Condé, chercherait par tous les moyens à écarter BSGR des futurs gigantesques profits de Simandou, pour mieux les confier à des entreprises amies. Cette version est celle qu’ils défendent depuis des mois. Depuis que le nouveau régime guinéen a annoncé vouloir remettre à plat ses relations avec les compagnies minières, qu’il veut plus transparentes.

Coïncidence : l’audition de Steinmetz a eu lieu le jour même de la proclamation des résultats des élections législatives en Guinée, qui s’étaient tenues trois semaines auparavant, après avoir été annulées à plusieurs reprises. Les résultats donnent gagnant le parti de Condé, mais sont l’objet de vives contestations de la part de l’opposition.

Simandou, la très bonne affaire de Steinmetz

Dès son arrivée au pouvoir en décembre 2010, Condé avait créé un comité technique pour réexaminer tous les accords miniers signés en Guinée. Officiellement, il s’agit de restaurer la transparence et la gestion démocratique des immenses ressources d’un pays qui reste parmi les plus pauvres d’Afrique. Condé est appuyé par le financier américain George Soros, 30e fortune mondiale selon le magazine Forbes, et financier de multiples ONG œuvrant pour la démocratisation. L’ex-premier ministre britannique Tony Blair, qui mélange un rôle de consultant et de chantre de la transparence en Afrique, est lui aussi de la partie.

Face à cette pression, certains ont transigé. Ainsi, le groupe anglo-australien Rio Tinto a accepté de payer 700 millions de dollars supplémentaires pour conserver ses droits sur la moitié du gisement de Simandou. Mais BSGR, qui en détient l’autre moitié, a refusé tout net. Une déclaration de guerre à l’encontre d’Alpha Condé.

Aujourd’hui, Me Bonnant reste très flou sur le montant payé à l’État guinéen par BSGR pour l’acquisition des droits d’exploitation de Simandou, en décembre 2008. Et pourtant, les conditions de cette attribution sont très curieuses. À l’époque, la totalité de la concession appartenait à Rio Tinto, qui l’avait acquise dans les années 1990, des mains de Lansana Conté, le dictateur qui a dirigé le pays de 1984 à sa mort, en décembre 2008. Mais juste avant son décès, alors qu’il résidait à Genève, l’autocrate a confié la moitié des droits à BSGR.

Selon diverses sources, BSGR n’aurait payé qu’environ 160 millions de dollars (en investissements dans les forages ou dans des infrastructures du pays). Une broutille au vu de la valeur réelle de sa concession : en avril 2010, BSGR s’allie au brésilien Vale, le plus gros producteur de minerai de fer au monde, en lui cédant 51 % de sa filiale guinéenne. Un deal pour lequel Vale débourse… 2,5 milliards de dollars, dont 500 millions payables immédiatement !

Pour Steinmetz, les documents qui l'accusent sont des faux

Interrogé sur les 160 millions de dollars qu’aurait versés BSGR, Marc Bonnant dément : « Non, ce n’est pas cette somme. Est-ce que cela valait plus ou moins ? La question n’est pas là. » « Cela a été acheté dans la plus grande transparence avec des versements de banques à banques et sans corruption », affirme-t-il.

Et pourtant, les enquêteurs financés par Soros et la justice américaine ont retrouvé la trace de nombreux cadeaux officieux versés par BSGR, pour s’assurer la mainmise sur la concession auprès des régimes précédant celui d’Alpha Condé. Une vaste opération de corruption largement documentée par le Financial Times, Le Monde ou le New Yorker. Une montre en or incrustée de diamants pour Lansana Conté ou une formule 1 miniature, elle aussi ornée d'un diamant, pour le ministre des mines du gouvernement intérimaire, Mahmoud Thiam.

Thiam est justement l’homme qui explique les coulisses des accords politico-miniers guinéens et qui complote pour faire chuter Condé, dans la conversation révélée par Mediapart le 4 octobre. Dans un communiqué du 30 octobre 2012, le gouvernement guinéen a par ailleurs assuré que Thiam effectuait « des paiements réguliers » à divers dirigeants militaires de la part de Steinmetz. L’ex-ministre dément fermement.

Encore plus gênant pour Steinmetz, le FBI a aussi remonté la trace de plusieurs contrats signés entre Mamadie Touré, la quatrième épouse de Lansana Conté, qui réside aujourd’hui en Floride, et un Français, Frédéric Cilins. Cilins était le patron de Pentler Holdings, une société écran créée aux îles Vierges britanniques et liée de multiples façons à Onyx, elle-même au cœur de la nébuleuse créée par Steinmetz et ses conseils.

Cilins a notamment promis par contrat 4 millions de dollars à Mamadie Touré si BSGR obtenait la concession de Simandou. La moitié de cette somme était destinée à la femme de feu le dictateur, l’autre moitié devait être répartie entre « les personnes de bonne volonté » qui l’auraient aidée. Cilins a été arrêté en Floride le 14 avril. Dans une conversation avec Mamdie Touré, qu’écoutait le FBI, il venait de proposer à la jeune femme un million de dollars pour faire disparaître tout document compromettant.

Interrogé par Mediapart sur ces faits, au centre de la procédure américaine, Me Bonnant répond que « tous les documents selon lesquels BSGR aurait promis des avantages à Mme Mamadie Touré sont des faux crasses ». « Croyez-vous que si BSGR avait voulu corrompre quelqu’un, elle aurait corrompu la femme ou la maîtresse du président guinéen ? » ironise l'avocat. Il tient là la ligne définie par Beny Steinmetz lui-même. Dans une interview publiée le 9 octobre parL’Opinion, le milliardaire accuse Condé de mener une « campagne de désinformation visant à salir [sa] réputation, celle de [sa] société et [son] nom » et assure que cette histoire est « une pure invention ».

Par ailleurs, dans sa lettre au procureur genevois, l’avocat assure que l’État guinéen s’oppose « à une société BSG Resources Guinée Limited, et non à M. Steinmetz  (qui n’est ni l’organe, ni l’actionnaire de ladite société, ni ne l’a été) ». Autrement dit, Steinmetz lui-même ne serait pas directement impliqué. Sur le plan légal, c’est vrai, puisque l’homme d’affaires a réussi à entourer ses activités d’un nombre ahurissant de sociétés offshore, basées dans divers paradis fiscaux.

Une ONG suisse dénoue l'écheveau des sociétés de Steinmetz

Pour se faire une idée de l’écheveau inextricable de ces paravents offshore, il faut lire le travail remarquable de l’ONG suisse La Déclaration de Berne (DB). L’association, qui avait par exemple minutieusement recensé les détournements opérés par Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone dans le cadre de l’Angolagate, a produit un tableau des sociétés gravitant autour de Steinmetz et de sa famille. Il vaut le détour…

 

« L'idée de cet organigramme sur BSGR est de montrer l'extrême complexité de ce genre de groupe minier, et la difficulté en cas d'action judiciaire de comprendre les ressorts et les responsabilités. En particulier pour la justice de pays comme la Guinée, explique Marc Guéniat, responsable des enquêtes à la DB. Cette démarche s'inscrit dans le travail de plaidoyer pour plus de transparence que nous menons depuis des années. » 

Dans un long document, l’ONG reprend le détail des attributions de concessions en Guinée, et des accusations de corruption entourant BSGR. Elle assure surtout que, contre les apparences officielles, Steinmetz dirige son groupe depuis Genève, bénéficiant d’une structure sophistiquée qui « lui permet de diluer ses responsabilités juridiques et d’optimiser sa fiscalité ». Pour appuyer ses affirmations, la DB détaille les participations croisées de divers dirigeants du groupe de Steinmetz (dont la dirigeante d’Onyx perquisitionnée cet été) dans de nombreuses sociétés au fonctionnement plus qu’opaque. Au cœur de la nébuleuse, la fondation Balda, qui bénéficie à la famille Steinmetz.

La version officielle assure que le groupe est managé depuis le paradis fiscal de Guernesey, mais« les structures offshores des différentes divisions dans les îles Vierges britanniques ne reflètent pas la structure opérationnelle, en termes de personnel et de leadership, de la société », tranche le rapport.

Selon l'association, le cas présumé de corruption guinéen à lui seul « sollicite la justice de six pays, à savoir la Guinée, les États-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni, la France et Guernesey. Pour suivre le cours des flux financiers du groupe, il faut encore s’intéresser aux îles Vierges britanniques, au Liechtenstein, aux Pays-Bas, à Chypre et à bien d’autres juridictions réputées pour leur fiscalité accommodante et les facilités qu’elles offrent pour dissimuler ayants droit économiques et activités ».


Un mystérieux rapport attaque Alpha Condé

Pas de quoi inquiéter Beny Steinmetz, officiellement. Dans son interview à L’Opinion, il concluait : « Le droit est de notre côté et nous nous battrons jusqu’au bout pour le faire respecter. » Peut-être parce qu’il sait pouvoir s’appuyer sur de graves accusations qui pointent, cette fois, vers le pouvoir guinéen en place, et Alpha Condé en particulier. Nous avons déjà révélé la conversation accablante, le 2 décembre 2012, de l’ancien ministre Mahmoud Thiam et de Samuel Mebiame, lobbyiste chargé des intérêts économiques sud-africains sur le continent. Les deux hommes accusaient l’actuel chef de l’État guinéen d’avoir falsifié le résultat des élections qui l’ont conduit au pouvoir en 2010, avec l’aide des services sud-africains, et contre versement de 14 millions de dollars. Ils racontaient aussi comment Condé distribuait lui-même les concessions minières à ses amis ou affidés.

Mediapart publie aujourd’hui un autre document, qui corrobore le contenu de cette conversation. Ce rapport, long de 87 pages dans sa version anglophone, ajoute une pièce à la redoutable bataille de communication qui agite tous les acteurs tournant autour des très profitables mines guinéennes. Le texte n’est pas sourcé, et doit donc être manipulé avec prudence. Mais à la lecture, son but paraît évident, tant il tape fort sur les manœuvres d’Alpha Condé.

Il détaille l’accord entre Condé et l’Afrique du Sud, revient sur les manipulations des résultats, s’attarde sur son « programme systématique visant à terroriser les grandes entreprises afin de leur extraire des centaines de millions de dollars »...

Voici la version française du texte.
La traduction de l’anglais est parfois approximative, 
retrouvez la version originale dans l'onglet Prolonger :

Le rapport donne aussi tous les détails de « l’affaire Palladino », dans laquelle le régime d’Alpha Condé avait souscrit un prêt de 25 millions de dollars auprès d’une société offshore pilotée en sous-main par les milieux d’affaires sud-africains. En garantie, l’État apportait une participation de 30 % dans la société publique gérant les participations de l’État dans les sociétés minières, et accordait des droits de préemption exorbitants à la mystérieuse société Palladino. Une fois révélé par la presse, ce prêt avait été annulé. En revanche, ce rapport ne dit pas un mot des faits supposés de corruption de BSGR, et semble assez indulgent sur les agissements de Thiam. De là à attribuer sa paternité à l’une ou l’autre de ces parties…

 

http://www.mediapart.fr/article/offert/e9ecf0f856a016e5cb35d1fc714eb333

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romain 19/05/2014 18:13

excellent post merci à vous !!