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Côte d'Ivoire: Ces réseaux français qui défendent Laurent Gbagbo

Jacques Vergès, Roland Dumas et Laurent Gbagbo (de gauche à droite) au palais présidentiel d'Abidjan, jeudi 30 décembre 2010

 

Surprise jeudi à Abidjan: Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères de Mitterrand et président du Conseil constitutionnel ainsi que Jacques Vergès, avocat renommé sont arrivés pour soutenir Laurent Gbagbo. Ce dernier, mis au ban de la communauté internationale qui le somme de quitter le pouvoir, a donc décidé préparer sa défense. «Il a fait appel à deux avocats sur le retour, assez sulfureux dans leurs relations et qui connaissent bien l’Afrique», note Philippe Hugon, spécialiste du continent africain à l’Iris. Pour Dumas, c’est «la résurgence de vieilles amitiés socialistes», quant à Vergès, c’est «le défenseur des causes les moins défendables», ajoute le chercheur, en allusion à ses ex-clients comme Klaus Barbie ou Tarek Aziz. Il est encore l’avocat de plusieurs chefs d’Etat africain, dont celui de la Centre-Afrique.

Antoine Glaser, ex-rédacteur en chef de la Lettre du Continent juge que les deux hommes sont censés mener une contre-attaque en deux temps. «Avec Vergès, c’est une défense très politique», note-t-il, sur le thème «les chefs d’Etat africain n’ont pas de leçon à recevoir des autres». «Il tiendra un discours anti-colonialiste», complète Hugon. Pour ce qui est de Dumas, on est «sur le terrain de la légitimité, du droit: en temps qu’ancien président du Conseil constitutionnel, il est apte à dire le droit», estime Antoine Glaser.

«Des amis de la Constitution ivoirienne»

L’arrivée de «deux sorciers blancs» à Abidjan est la face médiatique d’un mouvement qui s’est mis en branle depuis un mois, à Paris et à Abidjan, en faveur de Laurent Gbagbo. «Il dispose d’un certain nombre de soutiens à Paris, notamment dans les milieux souverainistes, gaullistes ou nationalistes très à droite qui défendent la légitimité de Gbagbo contre un Ouattara soutenu par les Américains», explique Antoine Glaser. «Ce sont les vieux réseaux, c’est la ‘vieille Françafrique’ de la période de la guerre froide, où la France était le gendarme de l’Afrique», reprend-il. Un attelage hétéroclite donc, puisque parmi ces lobbyiste pro-Gbagbo, on trouve aussi l’avocat Marcel Ceccaldi, défenseur de Jean-Marie Le Pen.

«Ce sont des amis de la Constitution ivoirienne et nous sommes beaucoup dans ce cas là, même si on nous laisse peu d’espace médiatique», tempête Jean-François Probst, consultant international, excellent connaisseur de l’Afrique en général et de la Côte d’Ivoire en particulier. «Quand on crache au visage du président du Conseil constitutionnel ivoirien (qui a reconnu la victoire de Gbagbo),  ce n’est pas anormal qu’un ancien président du conseil constitutionnel français viennent voir ce qu’il se passe», développe cet ex-dircab de Jacques Chirac.

L’arbre à palabres

S’il dément être sous contrat avec Gbagbo – «j’aide mes amis» - il dit travailler « pour la paix» et «essayer depuis un mois de rapprocher les points de vues» par des «actions visibles ou invisibles».  «J’écoute, j’entends, j’envoie des messages», dit celui qui conseillait déjà Félix Houphouët-Boigny le premier président ivoirien. Pour lui et pour tous les amis de Gbagbo, le clan Ouattara s’est livré « à des fraudes, à des trucages» et il «ne sera jamais président» car les Ivoiriens «sont sourcilleux de leur liberté». «Il faut laisser la famille régler son problème en interne. Les laisser se mettre sous l’arbre à palabres  pour trouver une solution mais arrêter décréter depuis Washington ou Paris ce que doit être la Côte d’Ivoire».

Pour lui, «la symbolique de Vergès et Dumas va faire bouger les choses» et «obliger ceux qui sont entre le foie gras et les huitres à se rendre compte de ce qu’il se passe vraiment ici», c'est-à-dire un «complot» anti-Gabgbo. 

Difficile de savoir quel impact aura cette contre-attaque. «Gbagbo c’est un fin politique, il doit avoir ses raisons mais elles ne sont pas évidentes, estime Philippe Hugon. Vergès a une crédibilité nulle au niveau international et son discours est hors propos». «Il veut défendre sa position à l’extérieur du pays. Peut-être essaye-t-il aussi de gagner du temps», s’interroge Antoine Glaser, selon qui l’issue de la crise en Côte d’Ivoire «est totalement imprévisible».    

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