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Publié par Talibé Barry

 http://www.drole.ch/files/656-help.jpgObsédés par les avantages mirifiques qu’ils tirent de leurs positions actuelles, les courtisans et opportunistes de tout poil s’activent déjà à biaiser les règles du jeu politique né des accords de Ouagadougou. Le président par intérim a-t-il l’armure nécessaire pour déjouer leurs stratagèmes ? Un défi des plus grands…


Depuis les accords de Ouagadougou, qui ont vu le Capitaine Moussa Dadis Camara céder sa charge présidentielle au général Sékouba Konaté, ce dernier focalise désormais tous les espoirs des adeptes d’une démocratisation véritable de la Guinée. Le président par intérim a tapé dans l’œil de la plupart de ses compatriotes en faisant notamment le mea culpa de la junte militaire (CNDD), qui a échoué à respecter ses engagements initiaux de balayer la maison Guinée et de rendre le pouvoir aux civils au bout d’une année de transition. « On peut faire des erreurs, mais il faut savoir les reconnaître et les corriger », a martelé la semaine dernière le général Konaté devant les émissaires de l’ONU, l’UA et de la CEDEAO. Ce constat que l’on peut qualifier de vrai comme nature a été également fait à demi-mot par le chef de la junte le Capitaine Moussa Dadis Camara lors d’un entretien qu’il a eu avec la délégation du CNDD qui a séjourné dans la capitale burkinabé dans la première quinzaine de ce mois janvier. En affirmant qu’il y a certains de ses compagnons qui l’ont trompé tout au long de son exercice du pouvoir durant l’année 2009. Et comme pour sonner l’hallali, le Capitaine Dadis s’est dit inquiet de voir les mêmes hommes autour du président par intérim. Cette phrase du président du CNDD, qui est actuellement en convalescence à Ouagadougou laisse donc penser qu’il est éprouvé par les dérapages (les massacres du 28 septembre en prime) que la Guinée a connus sous son magistère.

 

C’est en homme suffisamment averti que le général Sékouba Konaté prend donc les commandes du pays pour mettre en application les accords de Ouagadougou. Des accords qu’il a obtenus de haute lutte face aux caciques du CNDD qui s’étaient rendus précipitamment au Burkina Faso pour faire capoter les efforts du président par intérim et du médiateur et président du Faso Blaise Compaoré. Il est certes loisible de constater que les accords signés sous l’arbitrage du n°1 burkinabé exclut toute possibilité pour les membres de la junte, du gouvernement et de tout membre des forces de défense et de sécurité ‘’en activité» de se présenter aux futures élections présidentielles. La non candidature des autorités de la transition se trouve donc formalisée à travers ce point nodal des accords, qui prévoit des élections libres et transparentes au bout de six mois. On est donc loin des seuls engagements verbaux des premières heures de la prise du pouvoir par le CNDD, même si l’on s’était mis à croire en ce Capitaine Dadis, qui en renfort de potage avait juré la main sur le Coran et la Bible de tenir parole. Comment a-t-il pu se parjurer par la suite ? Sacrilège !

 

Après ce qui est arrivé au Capitaine Moussa Dadis Camara, qui aura conduit tambour battant son règne d’une année pour se voir tirer dessus par son propre aide de camp Toumba Diakité le 3 décembre (au seuil donc du 1er anniversaire du CNDD), le général Sékouba Konaté doit parfaitement mesurer les risques encourus par un homme d’Etat qui se met à contre courant de la volonté du peuple. Surtout quand ce peuple s’en remet à la justice divine pour trancher en sa faveur… Malgré cette foultitude de leçons à tirer de la seule année du CNDD au pouvoir, il y a fort à prendre peur d’un risque de dérapage.

 

Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augures, il y a lieu de s’interroger sur la capacité du président par intérim à tenir la dragée haute à tout ce monde hétéroclite d’empêcheurs de démocratiser le pays en rond. Hier, ils ont juré de servir et de mourir pour le Capitaine Moussa Dadis Camara qu’ils affublaient des meilleurs qualificatifs. Ils lui ont dit qu’il était le meilleur des Guinéens et que nul ne pouvait lui atteindre la cheville. Bref, ils l’ont déifié à ses propres yeux. Une démarche et un discours qui n’avaient rien de sincère, d’objectif et d’honnête. L’effet recherché était de paraître au regard du Capitaine Moussa Dadis Camara comme ses anges gardiens. Quitte à l’empêcher de sentir et de voir la réalité du terrain qui était loin de la joie. Ils réussiront à faire prendre une autre direction au chef de la junte dont l’obsession était désormais la confiscation du pouvoir. N’y voyez guère une façon de le blanchir car si le Capitaine Dadis n’avait pas montré des prédispositions à s’accrocher au pouvoir, sa meute de courtisans n’auraient pas réussi à l’embarquer dans cette entreprise qui s’est finalement révélée  périlleuse.

 

D’où le défi qui incombe aujourd’hui au général Sékouba Konaté de maintenir le train de la transition sur les rails. Encore que parmi les cadres véreux et autres opportunistes qui ont nimbé les yeux du Capitaine Dadis, on comptait plusieurs personnes qui auraient rejoint les sphères de la haute administration et les arcanes du Camp Alpha Yaya Diallo (siège de la junte) par le biais de l’actuel président par intérim, alors 2e Vice-président du CNDD et ministre de la Défense nationale. C’est à se demander aujourd’hui s’il a toute l’armure nécessaire pour résister aux sirènes déviationnistes de cette faune d’extrémistes dont l’objectif est de se maintenir à leurs différends  postes. Peu leur en chaut que le pays se trouve sevré de l’aide internationale ou qu’il soit mis au ban de la Communauté internationale.

 

En tous les cas, les pêcheurs en eaux troubles s’activent déjà pour s’inscrire dans les bonnes grâces du général Sékouba Konaté ou lui renouveler leur « attachement indéfectible ». Il en est ainsi de certains cadres censés être influents en Guinée Forestière où la tension ne serait pas retombée encore. Les populations de certaines villes de cette région dont est originaire le Capitaine Dadis réclameraient toujours le retour au pouvoir de leur champion. Ces cadres (dont des ministres) munis de t-shirt à l’effigie de Sékouba Konaté auraient entrepris d’aller convaincre les habitants de la Forêt de soutenir le président par intérim de la Guinée. Tout porte à croire que l’opération n’aurait pas été concluante, les populations concernées étant restées quasiment sourdes à cet appel.

 

Nul doute que cette démarche n’est pas celle de bons samaritains qui cherchent uniquement à créer une sorte d’unanimité autour de Konaté. Les acteurs de cette opération mettent plutôt en avant leur ambition soit de rester dans les allées du pouvoir, soit de s’y faire propulser par le nouveau maître du pays. En guise de récompense bien sûr. Et lorsqu’ils auront réussi à se faire adouber, ils auront beau jeu de mettre dans la tête du général Konaté que son règne tient à leur activisme.

 

Quoi qu’il en soit le général Sékouba Konaté se doit de rester lucide et imperméable aux avances peu catholiques que les partisans du sur-place vont lui faire dans le sens de faire traîner la transition, voire dans le dessein de confisquer le pouvoir. Cet enjeu reste vital pour que la Guinée se tire du mauvais pas qu’il connaît depuis plusieurs mois.


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