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La Guinée nouvelle

"Démocratisée", la Guinée espère une aide extérieure en centaines de millions

 

Après avoir élu librement son président, la Guinée espère bénéficier des centaines de millions de dollars d'aide extérieure bloqués depuis le coup d'Etat de 2008. Mais Alpha Condé hérite d'une économie en faillite et devra faire un tri sévère dans ses promesses électorales.

"Scandale géologique": l'expression revient sans cesse quand il s'agit de décrire la Guinée dont la moitié des 10 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté, en dépit de son fabuleux potentiel minier (d'immenses réserves de bauxite et de fer mais aussi or, diamant, uranium, pétrole...).

"Depuis des décennies, des gens au pouvoir, tous corrompus, se sont enrichis et le pays s'est figé dans son sous-développement", a résumé Alpha Condé dans sa biographie, "Un africain engagé".

Et la situation a empiré après la prise du pouvoir par de jeunes officiers, fin 2008, au lendemain de la mort du général Lansana Conté (1984-2008).

"En 2009, les finances publiques échappaient à tout contrôle. Il n'y avait même pas de budget national", rappelle le représentant de la Banque mondiale (BM) à Conakry, Siaka Bakayoko. "Les ordres partaient du camp militaire (où siégeait la junte, ndlr) et le ministère des Finances s'exécutait".

Immédiatement après le putsch, la BM avait "gelé tous ses concours pour la Guinée", rappelle M. Bakayoko, soit "à peu près 300 millions de dollars, pour des projets dans les domaines de la santé, l'éducation, le développement des pistes rurales, l'énergie".

La Guinée ayant mené à bien la première élection libre de son histoire, de nombreux financements devraient se débloquer.

"Si le gouvernement a des priorités bien définies, les autres bailleurs de fonds - comme la Banque africaine de développement et l'Union européenne - mettront aussi le paquet", prévoit M. Bakayoko.

La Guinée est également "susceptible de voir sa dette extérieure réduite de trois à un milliard de dollars. Mais pour cela, il faut des preuves de bonne gouvernance", ajoute-t-il.

Mais, déjà, le représentant de la BM avertit: "L'euphorie est finie. Le gouvernement va devoir donner un contenu précis au changement promis et faire des choix difficiles".

Car de "la gratuité de l'école primaire et secondaire" jusqu'à "l'autosuffisance alimentaire d'ici cinq ans", le candidat Condé avait beaucoup promis.

Le représentant de la BM voit, quant à lui, "trois grandes priorités: réformer les finances publiques, mettre l'accent sur les services sociaux de base - éducation, santé -, et favoriser la réconciliation nationale".

Mais il évoque aussi certaines "pilules" qui seront "difficiles à avaler" pour les Guinéens, notamment celle de l'électricité "pour laquelle le consommateur devra accepter de payer, en cessant de tricher".

Et il juge "l'effectif de la fonction publique un peu trop fort, avec plus de 100.000 personnes..."

Alpha Condé, longtemps décrit comme le "gauchiste" de son pays, assure quant à lui dans son livre: "je ne suis ni un libéral ni un interventionniste, je suis un pragmatique". Mais il prévient qu'il n'entend pas "subir" des politiques de l'extérieur.

Et il affirme avoir déjà exposé aux dirigeants du FMI le "raisonnement" suivant: "Je suis pauvre. Vous me proposez une enveloppe de crédit, par exemple, deux milliards de dollars (...) Mais c'est à moi de décider de l'usage de ces crédits en fonction des priorités que j'ai arrêtées".

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