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La Guinée nouvelle

Election présidentielle, les victimes réclament justice avant

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En Guinée, les élections sont prévues le 27 juin prochain. En attendant, les associations de victimes des régimes de Sékou Touré, Lansana Conté et Dadis Camara demandent l’ouverture d’un débat public sur les crimes commis depuis l’indépendance.


Il est en grève de la faim depuis 27 jours. Thierno Siré est le fils aîné d’une des plus célèbres victimes de la dictature de Sékou Touré, Boubacar Diallo Telli, le premier secrétaire général de l’OUA. Il réclame que lui soient restitués les corps de toutes les victimes du camp Boiro, le plus grand goulag d’Afrique de l’Ouest, créé par Sékou Touré. D’après Amnesty International, 50.000 Guinéens seraient morts de faim et de soif sous son régime, entre 1958 et 1984. Alors que la Guinée se prépare à vivre les premières élections libres et transparentes de son histoire depuis l’indépendance, les associations de victimes se mobilisent. 

Est-ce le moment, pour la nation guinéenne, de se livrer à cet examen de conscience ? Sur cette question, les associations de victimes sont unanimes. « On ne peut pas construire une démocratie sur des charniers » estime Amadou Toukara, qui est responsable de la communication de l’association des victimes du camp Boiro . « Ne pas faire ce travail de mémoire, c’est prendre le risque de connaître de nouveaux massacres. Il faut mettre un terme à l’impunité. » Mais les guinéens, eux, sont divisés. « La Guinée vit un moment historique. La transition est fragile et notre priorité ce sont les prochaines élections. Confier ce travail au gouvernement intérimaire c’est compliqué davantage sa mission et menacer le processus en cours » pense Sory qui vit dans la capitale, Conakry.

« Notre armée n’est pas républicaine », réplique Thierno Siré. « Si elle ne reconnaît pas ses torts maintenant, personne ne sera à l’abri en Guinée, à commencer par le futur gouvernement » a-t-il expliqué au Courant.info. Les militaires peuvent-ils accepter que justice soit faite ? Le gréviste de la faim est formel : « Le général Sékouba Konaté lui-même a récemment dit publiquement qu’il se sentait menacé par une frange extrémiste de l’armée ». Et d’insister : « si nous n’ouvrons pas le débat maintenant, ce sera perdu. Un gouvernement de civils tremblera encore plus devant les militaires. »

Divisions 

Un avis que ne partage pas Aliou Barry, qui préside l’Observatoire national de la démocratie et des Droits de l’Homme. Cette institution, créée en 2008 par le gouvernement de transition dirigé à l’époque par le capitaine Dadis Camara, milite depuis deux ans pour l’application d’une justice transitionnelle. « Pour la première fois dans l’histoire du pays, ceux qui dirigent la transition ne sont pas candidats à la prochaine élection » insiste-t-il « nous ne demandons pas que le dossier soit traité maintenant mais qu’il soit inscrit en tête des priorités du prochain régime et, surtout, qu’on mette en place une commission vérité et réconciliation. » Une trentaine de commissions de ce type ont été créées dans le monde depuis 1974 avec l’ambition de prévenir de nouvelles violations de droits de l’Homme. Avec des résultats contrastés. Difficultés à garantir la sécurité des témoins, désaccord entre les autorités et la société civile, défaut de ressources financières nécessaire à l’indemnisation des victimes etc. les obstacles sont multiples.

En Guinée, une commission de la réconciliation nationale et des Droits de l’Homme a été mise en place au sein du Conseil national de transition (CNT). Une initiative approuvée par tous. Reste à définir sa marge de manœuvre. A bientôt deux mois de l’échéance électorale, le temps presse. « Cette commission doit être maintenue après les élections » plaide Amadou Toukara avant d’ajouter « la réconciliation, c’est un travail de longue haleine. Mais il y a une chose qui n’a pas besoin d’attendre la mise en place du futur régime. Qu’on nous dise où sont les corps de nos parents, qu’on puisse faire notre deuil. »

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