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La Guinée nouvelle

En attendant le scrutin des victimes et le sacre d’un nouveau dictateur.

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Dans l’arène de  la ruse et  de l’intelligence

Recevant son « père », Abdoulaye Wade,  Daddis s’était laissé emporter et avait parlé de  «  la république frère du Sénégal ! ».

 

Dans le pays où la ruse a jusque là eu raison de l’intelligence, des  générations d’ignares et d’incompétents se sont toujours disputés et se disputeront le pouvoir :

·         La génération des ratés de l’école coloniale : Sékou Touré et Conté sont de ceux-là.  À eux deux ils ne totalisaient pas 8 ans de scolarité.

·         La génération Coco-lala : Sékouba, Daddis et compagnie…

·         Demain à la barre sera la  génération de la révolution culturelle et de l’enseignement de masse du PDG!

Une autre spécificité  troublante de la Guinée, c’est que ses personnes les plus riches n’ont pas mis pied à l’école ou n’ont pas fini le secondaire. N’empêche qu’ils viennent de faire leur entrée dans le CNT, en charge de faire le « toilettage » de la loi fondamentale!

 

Mais, parait-il, ce n’est pas le moment d’en parler. L’heure est décisive nous dit-on. En juillet de cette année charnière de 2010,  enfin un peulh avec  un passé nébuleux « risque » de prendre le pouvoir, à moins que ce ne soit l’ascension d’un nouveau petit Sékou Touré! À défaut, nous aurons peut-être, à la tête de l’état, au moins un universitaire qui peut parler un français correct et même l’anglais. Ou bien ce sera  un commis sensé avoir travaillé dans une administration qui marche ; ou un diplomate avec un carnet d’adresses! N’est-ce pas une avancée quand on compare avec les treillis revêtus par des drogués ?  Alors ne pas s’enregistrer pour faire son choix c’est se condamner à rater le train de l’histoire en marche !

 

Soif sous  haute pluviométrie

 

Avec quatre mètres d’eau de pluie par an sur Conakry, la capitale guinéenne est l’une des zones les plus pluvieuses du monde. Mais, pour une bonne partie de l’année, quand on tourne  un robinet ce sont des cancrelats qui en sortent.  Depuis l’indépendance, les dirigeants guinéens font réciter la rengaine des  ressources naturelles et du scandale géologique aux pupilles de la nation ; pour faire oublier qu’ils sont le vrai scandale; qu’ils veulent ignorer,  par bêtise ou par tricherie, que les vraies ressources d’un pays sont les ressources humaines ; que l’enfer politique guinéen n’est pas d’essence divine, ni une catastrophe naturelle. Il est le produit du culte de l’ignorance et de la médiocrité.

 

Pourquoi alors s’empresse-t-on  à reconduire les acteurs qui ont privé la nation d’eau courante et qui ont fait de la capitale la plus obscure du monde ?  S’agit-il ici de faire une politique de  moindre mal comme le disent certains? D’un choix douloureux entre les tueurs et les prédateurs comme le défendent les désabusés ? Un amour simple de son ethnie comme on a convaincu  les naïfs ?

Il y a lieu de se poser des questions sur le futur du pays quand un tel  minimalisme préside au choix des hommes en charge de gérer la nation. La rationalisation qui consiste à réduire les élections en un choix « entre mon salopard ou le salopard des autres » révèle un déficit effrayant de civisme, une absence tragique de conscience citoyenne sur lesquels la construction républicaine aurait pu s’appuyer ; elle pose avec plus d’acuité la question occultée de savoir si le pays est réellement prêt pour des élections. La formule lapidaire  assume faussement que le problème de la Guinée c’est la division ethnique en prenant l’effet pour la cause afin de dissimuler la véritable opposition ; celle des prédateurs et des tueurs à leurs victimes. Voir les « élites »  de la Guinée tomber dans ce piège  et assister à leur enrôlement fiévreux dans des combats ethniques d’arrière garde au moment de l’intégration africaine est navrant à plus d’un titre.

 

D’un, l’on comprend que décidément les  guinéens refusent de jeter un regard sur leur passé et d’en tirer quelques leçons. Les évènements récents qui ont secoué la conscience mondiale  étaient pourtant l’occasion d’une pause pour réfléchir sur ce qui est arrivé,  définir les causes de ce  mal qui s’étala au grand jour le 28 Septembre dernier, de baliser les solutions possibles  afin  d’opérer des choix prudents avant de se chamailler pour le siège de président.   

 

 De deux, on comprend  qu’à force de focaliser l’attention du public sur le brouillard  de l’ethno-politique, les futurs dirigeants guinéens sont non seulement incapables de déchiffrer les vrais enjeux internes de la Guinée mais aussi les défis pressants de l’intégration à l’ensemble  africain et mondial.  

 

Ce faux choix  offert appelle tout bonnement à un refus. Il demande  une révolte salutaire de la raison pour  ceux qui ne veulent  pas garder les braises des  tragédies futures  qu’il enrobe. Aux naïfs  qui veulent croire qu’ils sont obligés de prendre position pour leur ethnie au détriment  du salut de la nation, il convient de rappeler qu’ils se font les dupes d’un piège tendus par les faux guérisseurs qui ont créé la maladie dont ils portent les symptômes.  Le refus de ne pas choisir entre les prétendants de la saloperie représente la condition d’un sursaut moral qui mènera vers d’autres choix ; qui permettra  de balayer le brouillard des animosités ethniques dans un  vrai débat et dans l’exploration patiente des voix de sortie de crises.  Les sirènes qui hèlent aujourd’hui les candidats ethniques seront les premières à pleurer demain la reconduction du passé qu’elles déplorent tant.

 

Matières premières,  prédation et médiocratie

 

La Guinée n’est pas seule, même si elle est l’épitome de la  médiocratie qui explique le retard de l’Afrique. Après 50 and d’indépendance, les dirigeants kleptomanes du continent n’ont pas le droit d’invoquer l’excuse du colonialisme comme raison de leur patente incurie. Dans la seconde moitié du 20ème siècle, beaucoup de pays ont émergé de la pauvreté sans exploitation de ressources naturelles.  Pour ceux qui  n’en avaient point, il s’avéra que c’est plutôt une bénédiction. D’autres sortaient de guerres de plusieurs décennies ; certains devinrent indépendants des années après  l’Afrique: Corée, Chine, Taiwan, Israël, Singapour, Vietnam etc. Qu’ont-ils fait que nous ne fîmes point ? Ils basèrent leur développement sur  des efforts considérables dans l’éducation des citoyens. De surcroit, ils le firent en revalorisant leur culture et en utilisant leurs langues comme véhicule de la connaissance. Ceux des pays qui parièrent sur les ressources naturelles (Gabon, Nigeria, Arabie Saoudite, Guinée, Côte d’Ivoire etc.) et sur des formes de cultures extraverties mal assimilées par une élite restreinte et aliénée, se sont condamnés à être des dictatures.  

 

La Guinée illustre parfaitement ce choix calamiteux. La dépendance du pays à l’extraction et à la vente de la bauxite, sans valeur ajoutée aucune représente le degré zéro de l’économie, bien en deçà de  la chasse et de la cueillette du paléolithique. Cette forme médiocre d’économie rentière déteint sur la vie publique avec l’aberrante tribalisation de la politique.  Dans cette république minière, les recettes de bauxite sont le butin de la meurtrière lutte politique.  Leur montant est le secret d’état le mieux gardé. Ceux qui les contrôlent doivent décourager les velléités d’insurrection en dépensant l’essentiel à payer les courtisans, à miner l’armée, à engraisser des indicateurs et des milices dans un climat de guerre larvée entre les parents, les amis et dans la totale exclusion des méritants. Cette répartition de ressources limitées, est une opération à somme zéro ;  le gain de l’un y représente nécessairement la perte de l’autre. L’élimination des adversaires des abords  du garde-manger est ainsi inscrite dans la logique de cette primitive économie rentière. D’où les purges successives qu’on a connues: pour neutraliser les adversaires remuants, faire de la place aux nouveaux ambitieux avant de les éliminer à leur tour, dans  une vertigineuse succession de larbins et de délateurs, dans l’allégeance  des affamés pour un accès  même furtif au plat unique des maigres ressources de l’état.

Les élections ne seront pas le début de la  dissolution de ce mécanisme de compétition ravageuse qui condamne le pays à une vicieuse répétition de l’histoire.

Remédier à ce règne  de la prédation,  requiert la promotion  lente et autrement plus bénéfique des ressources humaines, de l’innovation et du talent ; c'est-à-dire une culture d’encouragement systématique de la créativité et de l’esprit d’entreprise où les sommes s’enrichissent; où chacun gagne un peu  plus en faisant gagner l’autre ; où la compétition est saine du fait de dépendances positives.  

Dignité chatouilleuse et incurie.

Entretenus par les seules recettes de la bauxite et maintenus au pouvoir par les graines de la division tribale, les présidents guinéens se sont de tout temps vantés d’une dignité creuse. Mais  aussi - fait rare sinon unique - d’être des ignorants en s’engluant  ostensiblement dans le mythe d’une africanité primitive. Le rejet formel de l’influence étrangère, sans aucun effort pour valoriser les cultures nationales au delà du folklore pour chanter leur gloriole villageoise reflète la précarité de l’économie de traite.  Ils se condamnent à des formes stériles de gouvernement fondées sur  la  complaisance dans la médiocrité,  l’exaltation des instincts de masse, le  mépris proclamé de l’intellect et la mise au pilori de la créativité ou de l’esprit d’entreprise. Ils cultivent une forme de tricherie infantile qui consiste à se refugier dans le cocon de la dignité chatouilleuse ou de la victime africaine outragée dès qu’on leur demande des comptes.  Prompts  à indexer le colon, le blanc, l’impérialisme et maintenant la Chine pour  rationnaliser leurs échecs successifs, ils secrètent une sous-culture dévastatrice de refus de prendre des responsabilités qui explique nos déboires.  C’est en parfaite conscience de leur inadéquation par rapport à la tâche historique de bâtir une nation, que les chefs  qui se sont succédés en Guinée auront ravalé l’éducation au niveau d’un anathème. Ce sabotage systématique de l’éducation est leur héritage le plus nocif. L’érection de la concussion comme forme de gouvernement paracheva cette entreprise diabolique d’annihilation  et de  subjugation insidieuse des citoyens.  

 

L’aliénation et la vulnérabilité suicidaires des cadres guinéens, ainsi que le fétichisme que le pouvoir politique exerce sur  maints d’entre eux est la manifestation la plus patente de ce vide culturel sciemment créé. Pour ne pas encourager  la compétence et pour cultiver la courtisanerie on fait dans le dosage ethnique ; le nom de famille devient le brevet de qualification.  Dans ces commerces  douteux,  être honnête c’est se condamner  à des pertes sûres.  Jouer avec l’intellect c’est s’exposer à la risée. S’étonner alors des déboires successifs du pays, c’est de la fausse innocence.

Dans l’étau des apparatchiks et des banabanas

Les héritiers de l’avenir, anciens apparatchiks, embrayent sur les mêmes thèmes populistes et porteurs des germes de la prochaine dictature.  Ils se vantent en privé   de ne pas avoir besoin des intellectuels. Ils ridiculisent les militants qu’ils qualifient d’extrémistes et de théoriciens coupés des vraies réalités dont ils auraient eu le vrai secret ;  en fait rien que pour flatter les complexes de ceux qu’ils ont laissés pour compte et pour s’assurer la faveur des banabanas.  

 

            Les élèves  de l’école de la délinquance de Conté,  après avoir orchestré la ruine du pays, se sont saisis du maillet des élections présidentielles dans une disposition d’esprit malhonnête qui veut mettre la saleté sous le tapis, de s’asseoir dessus avec la promesse d’un coup de balai, une fois qu’ils seront élus.

Éternelle fuite en avant

           

            Dans cette atavique fuite en avant qui est l’un des signes distinctifs de la jeune histoire de la nation, les candidats attisent en privé les rancœurs ethniques pour diluer leurs  responsabilités sur ce qui est arrivé.  Pour ne pas avoir un vrai  débat sur l’impunité ils développent des formes épaisses et inextricables de  culpabilité collective (ethnie, diaspora, région etc.). Ils gardent un silence gêné sur  la recherche de la vérité qui les éclabousserait. Le mot audit pour déterminer un minimum de responsabilité dans la dilapidation de l’économie nationale est un anathème à leurs yeux. Ils ont réussi le tour de force de le rendre synonyme de croisade  ethnique. Il a été entaché de soupçons maléfiques qui font de ceux qui le prônent des agents patentés de la soldatesque assassine ou des intellectuels aigris.   Ils ont cédé au TPI le devoir de poursuivre les criminels qui ont failli les assassiner. Ils comptent sur les ONG  et les organisations humanitaires pour soulager les douleurs des victimes. Ils ont hypothéqué à l’ONU, à la CEDEAO, à la France  et aux US (deux marchands notoires d’armes) le curetage de la gangrène que représente une armée infestée de délinquants et de criminels. Ils n’ont pas de mots pour décrire l’hydre des disparitions, l’ombre funeste des camps de la mort, des complots inventés et des dissensions sociales calculées.  

 

            À ceux qui soulèvent ces questions, ils répondent par des chuchotements condescendants : « Il est trop tôt ou trop tard pour soulever tous ces problèmes !», « Nous sommes dans une dynamique électorale! » « Après tout c’est pour ces élections que ce sont sacrifiées les victimes du 28 Septembre ! » etc.  Prière de ne pas gâcher  la dernière étape vers le couronnement des  élections !

 

            Dans la tabula rasa morale, on entend quelques murmures et quelques incantations isolées pour une paix précaire et une réconciliation factice sans aucune  stratégie  claire pour y arriver.  L’abattage des bœufs dans les carrefours poussiéreux de la capitale ou dans les sanctuaires païens du pays témoignage de la part des prétendants au pouvoir  d’un manque flagrant de foi: en eux-mêmes, en dieu mais aussi du refus de faire face aux vrais problèmes (connus de tout le monde) qui vont  contrarier les programmes de gouvernement les plus séduisants.  

Les slogans de la pseudo-réalité

            Le refus  d’admettre que  la Guinée a besoin d’une longue cure et d’un effort patient de reconstruction est un tabou  consensuel qui  démontre  le fait que les opposants sont attirés uniquement par le changement de personnes à la tête de l’état et qu’ils maitrisent mal ou n’ont pas de rudiments de solution.  

 

            Pour masquer le vide par eux créé, ils se sont trouvé un nouveau slogan : faire de la Guinée un pays émergent. Sept mots pour camoufler l’impréparation face à  l’endémique dépression économique du pays : chômage, fuite des cerveaux et des bras valides, trafic de drogue, infrastructures inexistantes, exode rural et agriculture délaissée etc.  À l’instar de leurs maitres à penser, Sékou Touré, aux défis du réel ils opposent la fuite  vers la pseudo-réalité des slogans.  

             À supposer qu’on définisse les  conditions d’une politique d’économie émergente, et qu’on s’attelle à sa mise en œuvre  aujourd’hui, il faudra au minimum 25 ans avant qu’elle ne se matérialise ; il faudra avant tout éduquer une force de travail compétitive, mettre en place des infrastructures, une justice qui garantit les engagements, intégrer l’économie de la Guinée avec celle des pays voisins etc.   Toutes choses dont les candidats se sont gardées de mentionner pendant qu’ils étaient aux affaires.  Pour ne pas effaroucher leur chef primesautier, disent-ils aujourd’hui en privé!   

 

       Le fétiche de leur slogan a donc  pour fonction d’occulter les difficiles questions de faisabilité d’une telle ambition dans un pays marqué par plus de 5 décennies de dilapidation des précieuses ressources humaines. Il n’a pour but que de faire rêver avec des ambigüités,  jusqu’après les élections. Cela serait admissible comme  de la politique politicienne sauf qu’ici il s’agit ici de l’équivalent de promettre du riz cuit à des ventres affamés. Il faut beaucoup de légèreté pour renflouer les caisses des promesses non-tenues au peuple de Guinée, le peuple auquel on a le plus menti dans l’Afrique indépendante. Il faut manquer de vergogne pour ne pas clairement dire – quitte à gâcher l’excitation pour les élections - que toute solution sera lente et douloureuse. Elle demandera encore beaucoup plus de sacrifices. À l’ avenir cependant,  le jeu des promesses frivoles peut être risqué après des  élections tant réclamées. S’il n’y a pas livraison minimale des services promis, les lendemains des urnes pourraient bien voir plus de bottes et de chars que l’amorce de la démocratie.

Après la magie des urnes, le retour sur terre

            Nul ne peut prédire comment ces élections improvisées  sur un coup d’état qui lui-même avorta sur le gazon des crimes non-résolus vont finir. Leur lendemain risque d’être plus amer que leur déroulement.  Ce qui est certain - sur lequel il eut été salutaire de débattre préalablement - c’est que,  à supposer que la magie des urnes produise un gagnant sans équivoque,  il faudra revenir sur terre pour opérer des choix entre :

·         Appréhender et condamner les tueurs ou utiliser leurs talents.

·         Nettoyer le pays de l’infection des puissants cartels de la drogue ou s’en servir comme moyen d’enrichissement rapide et pour saper l’émergence d’un mouvement citoyen.

·         Mettre fin à la prédation de l’économie ou placer les acolytes aux postes juteux.

·         Promouvoir la compétence ou mettre à l’index l’ethnie des perdants, l’occident ou la diaspora comme bouc émissaire des échecs programmés.

·         Organiser le processus lent et difficile de l’ouverture des charniers et des procès des « complots » ou prétendre que c’est un vieux problème.

·         S’engager sur une politique réelle d’usage des avoirs ou des talents de la diaspora ou continuer la division sulfureuse.

·         Répondre aux attentes de la jeune génération qui à affronté les militaires les mains nues  avec un slogan qui devrait faire réfléchir («  les militaires d’abord et les prédateurs après »), accéder à leur demande d’épuration de l’appareil de l’état ou les mater  pour maintenir un nouvel ordre précaire.

 

            Si leur  détermination qui a avorté souvent faute de leadership s’avère insuffisante pour canaliser la dictature qui s’annonce, alors la Guinée payera encore une fois avec du sang, de l’instabilité et des crises, le prix d’un autre rendez-vous manqué.

 

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