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La Guinée nouvelle

Et si Toumba était ce deus ex machina !

La Guinée était à l’acmé d’une anomie sans nom, on ne se lassera pas de le dire, et c’est un euphémisme car d’autres clament haut et fort que « la Guinée est bénie, les Guinéens sont maudits ».



Les maux sortis de la boîte de Pandore se résument en peu de mots : Ignorance, incompétence, concussion. La révision des conventions minières et les audits viennent d’en faire la démonstration éloquente, et ce n’est pas terminé. Il faut refondre et reformer tout ce qui a été construit et élaboré depuis un demi siècle à tous les niveaux : armé, administration éducation, santé, justice et…la laïcité.




Ainsi pour commencer, l’éclatement de l’éducation en trois domaines distincts était vivement souhaité. Le domaine névralgique a été longtemps le parent pauvre de la vie sociale du pays et les conséquences sont visibles dans tous les domaines. Sans des têtes bien faites, la pauvreté et le chômage et l’incivisme ne sortiront pas du pays car un pays composé d’ignares et d’incultes ne peut faire aucune compétition en ces temps

La quiétude sociale vient de franchir un pas dans la mauvaise tendance, vers le chaos. Ce qui vient de se passer à N’Zérékoré n’est que la partie visible de l’iceberg. Ce n’est pas un simple problème entre une femme et un agent de police comme en août 1977, quand les femmes s’étaient soulevées contre la police économique, une institution qui a été immédiatement supprimée par la Révolution. Il ne faut pas se voiler la face, c’est un affrontement ethnique et religieux. L’exemple du Nigeria est en train de faire tache et de se déteindre sur toute la sous région, si l’on ne prenne les devants.




Comment résoudre ce
problème qui se propage comme une traînée de poudre à travers le monde ?


Les fêtes chrétiennes qui coïncident avec le ramadan, des choses diamétralement opposées. Les chrétiens qui boivent, mangent du porc et dansent quand les musulmans sont en plein dans la pénitence, cela est vu comme de la provocation si cela se fait en public et avec ostentation. De l’autre côté, les prières du vendredi qui barrent, bloquent toutes les rues, routes, sont très mal vues, sans compter que les sonorisations à qui mieux mieux des différents minarets et d’obédiences différentes à l’aube sont considérées comme de la provocation. Les différentes confessions religieuses et les conducteurs religieux ont du pain sur la planche car comment prôner la réserve, la discrétion pour un accommodement social ? L’ostentation, la démonstration et l’arrogance peuvent coûter cher à tous les côtés. D’ailleurs, les prières qui bloquent les rues de Conakry ne font pas que de mécontents du côté des chrétiens mais même de certains musulmans, même si cela se fait en aparté, mais cela se fait quand même ?




La déliquescente dans la santé et dans la justice et peut-être dans la sécurité vient de produire un spectacle entre le président de la cour d’appel de Conakry, Doura Chérif, et le ministre des services spéciaux chargés de la lutte contre la drogue et contre le grand banditisme, Moussa Tiégboro Camara. Un spectacle que l’on pourrait intituler comme Dura Chérif, Sed Tiégboro. Dans cette affaire, tout a commencé par l’arrestation par les services spéciaux de cinq ressortissants chinois pour contrefaçon de produits pharmaceutiques. Comme les prévenus avaient proposé à Tiégboro 150 mille dollars contre leur libération et qu’il a refusé, voyant ces mêmes personnes libres, cela a fait tilt dans son esprit lumineux pour penser tout de go que la justice est ce qu’elle est, c’est-à-dire corrompue jusqu’à la moelle. Doura Chérif a empoché cette manne pour libérer les concernés. Il lui envoie une convocation, pardon, une invitation de se rendre à son bureau, au bâtiment B 13, pour affaire le concernant. Et comme Doura sait que ce n’est pas à un banquet que Tiégboro le convie, il s’est gendarmé : De quelle autorité se permet-il de me convoquer ?



N’est-ce pas que Tiégboro est un ministre dans un régime militaire et qui croit pouvoir se permettre de convoquer n’importe qui en cette période d’exception ? Seulement, sur le droit du droit chemin que la Guinée vient d’amorcer, il faut revenir à l’éthique et au respect des institutions. Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir exécutif. Tiégboro, aussi fort et puissant qu’il se sente, doit se conformer à une chose, c’est qu’il fait office d’officier de la PJ, et si on ne se trompe pas, il est auxiliaire de la justice, c’est-à-dire qu’il procède aux arrestations des malfrats, chose qu’il fait très bien, et il les expédie à la justice et son boulot est terminé. De là à vouloir encore demander des comptes à la justice, il y a quelque chose qui cloche et Doura Chérif, fort de ce quelque chose, s’est fâché et a relancé le procès tout en conviant la presse à l’audience.




Au cours de cette audience, nous lui avions demandé de nous autoriser à prendre des images, doléance qu’il a acceptée en rendant une ordonnance à cet effet. Seulement cette audience a tourné court puisque les scellés, c’est-à-dire les preuves matérielles pour accuser les coupables de malversation n’étaient pas présentées à l’audience. Là, le ministère public en charge de charger les prévenus était dans ses petits souliers et la défense à crié fort. Doura était en difficulté de calmer Me Ouattara, mais comme celui-ci était enflammé, le président était obligé de lui poser la question pour savoir si Me Ouattara était stagiaire ou avocat titulaire. Mais pour la défense, soustraire les preuves matérielles pour accuser est plus grave que l’infraction, en clair, la défense doute fort que les 14 machines ayant été utilisées pour fabriquer ces médicaments, les bijoux en or, la voiture Volkswagen et le carton de téléphones portables, et quoi d’autres, soient en possession du ministère public mais celui-ci promet à la cour de les présenter la semaine prochaine.



Parlant des 5 Chinois sous la loi, puisqu’on n’a parlé que d’eux comme si leurs complices guinéens ne comptaient que pour du beurre. Pourtant, ils ne sont pas venus d’eux-mêmes tout droit de Chine sans complices. La preuve est que l’agrément qui leur avait été délivré par les ministres de la santé qui se sont suivis dans des remaniements intempestifs que la Guinée a connus est clair : Le site de l’usine devait se tenir à Nongo et les produits sortis devaient être contrôlés avant toute mise sur le marché. Or, cette usine a été repérée à Coléah avec des produits de contrefaçon. On peut se demander si les ministres de la santé pouvaient être responsable de quoi que ce soit, mais attendons de voir. Qui a été à la base de cette délocalisation mafieuse ?




Quoi qu’il en soit, ces Chinois sont bien dans le pétrin quand on sait ce que le lait contaminé a coûté à d’autres là-bas. Mais au-delà du sort de ces citoyens chinois, il faut mettre la balle à terre puisque personne n’a pu lutter et éradiquer les pharmacies par terre avec d’autres produits de qualité douteuse mais qui se trouvent libres de toute contrainte ou de répression.



S’il y a deux poids et deux mesures, il y a un proverbe chinois encore qui dit si bien que les bandits et les brigands ne sont nullement en danger dans leur pays…



Voilà ce qu’on peut dire sur le dossier des Chinois pour venir au sujet de consistance. La Guinée, depuis un demi-siècle, s’est retrouvée dans une aporie grosse comme quoi. Lorsqu’on avait écrit « le bout du tunnel » après l’avènement de Lansana Kouyaté à la primature que chaque fois la Guinée n’est sortie de l’ornière que pour tomber dans une fondrière. Tant d’espoirs ont été déçus. Mohamed Camara, on ne sait lequel puisqu’il y en a au moins vingt mille de ce même nom en Guinée, nous avait adressé une lettre timbrée et postée, une pour Hassane Kaba, longtemps directeur de publication de ce canard emplumé, et une à l’auteur, lettre dans laquelle il nous a lancé des fleurs pour la qualité de la rédaction et des pavés aussi pour nous reprocher notre pessimisme. Nous avions voulu répondre pour donner nos raisons de douter mais Hassane Kaba nous en a dissuadés parce que Mohamed Camara n’avait pas daigné mettre son adresse. Mais bien de l’eau a coulé sous les ponts et Mohamed ne s’est plus fait entendre. Nous revoilà à la case départ après tant de gâchis jusqu’aux évènements du 28 septembre 2009. La situation était bloquée à tel point qu’aucun bout de tunnel n’était en vue.




La main criminelle providentielle ou le deus ex machina ?


Le massacre est venu tout débloquer comme par enchantement. Il y a eu des morts et de la charcuterie. Si le lieutenant Toumba a charcuté et tué des manifestants, il n’a pas fait de distinction puisque manifestants, leaders politiques, journalistes, comme ça, personne ne peut se moquer, mais aussi et surtout, il a porté l’arme contre le président du CNDD et d’autres militaires, parce que, dit-il, l’on veut lui faire ramasser seul le pot cassé.


Sa tentative d’assassiner Dadis, si elle est condamnable d’un côté, a aussi pour elle de dénouer une aporie sans nom. Elle a provoqué l’électrochoc de la CPI qui a abouti à la formation d’un gouvernement d’union nationale avec à sa tête JMD, qui aura pour principaux objectifs de conduire la Guinée aux élections sans les militaires et de réconcilier les Guinéens. N’est-ce pas un deus ex machina ? C’est dans cet objectif que la dame de fer Rabiatou Serah Diallo est propulsée à la tête du CNT. Son but est de confectionner un manuel de l’étiquette des dirigeants politiques que la Guinée aura à choisir prochainement. Pour une fois encore, le choix est on ne peut plus applaudi puisqu’elle trouvera la vraie voie avec son éternel compère Ibrahima Fofana.



La composition du prochain gouvernement est attendue incessamment et, de quoi qu’il se compose, les prochains ministres devront remercier in petto Toumba Diakité et ouvertement El Tigre et Dadis.


Comme on le voit, l’acteur incontournable de ce changement, de ce deus ex machina, n’est autre que ce Toumba. Le seul reproche qu’on lui fera ou qu’on ne lui fera pas, c’est d’avoir fait si mal à notre ami Dadis Camara…


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