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La Guinée nouvelle

Exactions liées à une expropriation forcée dans le sud-est de la Guinée

 

 

 Deux organisations de défense des droits de l'Homme ont dénoncé mercredi à Conakry de graves exactions commises par des militaires en juillet lors d'opérations visant à exproprier par la force des villageois au profit d'une société agricole dans le sud-est de la Guinée.

Selon des avocats et magistrats membres d'Avocats sans frontières-Guinée (ASF-Guinée) et Mêmes droits pour tous (MDT), ces violences se sont déroulées à Saoro, proche de Nzérékoré, principale ville de la Guinée forestière, où la Société guinéenne de palmiers à huile et hévéas (Soguipah) tente de récupérer des terres.

La Soguipha affirme avoir acquis ces terres sous le régime du président Lansana Conté, décédé en décembre 2008, ont-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Des forces militaires et paramilitaires ont commis de graves exactions inhumaines contre les populations civiles dans la localité de Saoro, où un conflit domanial oppose depuis 2003 la Soguipah aux paysans qui refusent d'être expropriés par l'Etat au profit de cette société, a déclaré Me Labila Michel Soromou.

Citant des témoignages recueillis lors d'une mission sur place, les défenseurs des ONG ont indiqué que des paysans ont été empêchés, mi-juillet, de se rendre dans leurs champs par des forces de l'ordre qui ont érigé un poste militaire dans la localité pour tenter de faire appliquer la décision d'expropriation au profit de la Soguipah.

La procédure en la matière n'a pas été respectée. Et lorsque que cette population sest levée pour contester cette expropriation forcée, elle a été sévèrement matée, humiliée, des jeunes et des vieux (ont été) arrêtés, emprisonnés, certains ont été même déshabillés, fouettés, a affirmé Me Soromou.

Nous allons saisir la justice, notamment la Cour suprême, pour qu'elle annule (le) décret litigieux signé par feu général Lansana Conté en 2003 octroyant des centaines d'hectares de terres à la Soguipah pour l'extension de ses plantations, a de son côté dit Me Aimé Christophe Koné, sans annoncer de calendrier.

Joint par l'AFP, un responsable administratif de Nzérékoré a fait état de problèmes enregistrés à Saoro, réfutant en partie les accusations des ONG mais sans évoquer clairement les violences.

C'est vrai qu'il y a eu des problèmes à Saoro, qui dailleurs n'ont pas trouvé encore une solution définitive, mais ça ne saurait tarder, a-t-il déclaré sous couvert d'anonymat, ajoutant sans plus de détails que le calme était revenu dans la localité.

En juillet, la Soguipah avait dépêché dans la zone des engins lourds pour ouvrir des routes menant aux terrains contestés, détruisant des rizières, plantations de café, cola et hévéa des villageois, selon des témoignages recueillis fin juillet par l'AFP depuis Conakry.

Ensuite, des forces de l'ordre y ont été envoyées par les autorités régionales pour mettre à exécution la décision d'expropriation. Des heurts les ont opposées aux villageois, conduisant à l'arrestation de notables et planteurs. Certains paysans ont été brutalisés dans leur fuite, d'après des témoins, confirmés par des sources indépendantes.

Selon les mêmes sources, les violences avaient provoqué le déplacement de quelques centaines d'habitants: certains s'étaient réfugiés dans la cathédrale de Nzérékoré, d'autres s'étaient cachés dans la forêt.

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