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La Guinée nouvelle

Forces Vives : les nécessaires clarifications

La Guinée semble s’acheminer vers des lendemains plus apaisés. C’est une belle espérance. Le nouveau Chef de la junte, le Général Sékouba KONATÉ sur lequel j’avais personnellement émis des doutes, paraît être plus loyal. En tout cas, contrairement à son prédécesseur récent, il semble réaliser que les tueries et viols de femmes au stade, n’effacent pas le désir d’un peuple déterminé à choisir lui-même ses propres dirigeants. Il faut l’encourager dans cette voie.

Toutefois, la bonne volonté des uns et des autres, pour être efficace, a besoin de certaines clarifications. Car, la notion de Forces vives a certes une utilité opératoire dans une configuration sociopolitique embrouillée, comme c’est le cas chez nous.


Les Forces Vives regroupent un ensemble indifférencié de « syndicalistes », de partis politiques dont l’immense majorité est fictive, et d’autres Associations à objet varié. Dans l’urgence, ce conglomérat hétéroclite était peut être nécessaire. Il a eu une certaine efficacité. La capacité de mobilisation des mouvements sociaux de protestation s’en est trouvée accrue.


Mais ce qui caractérise principalement un ensemble hétéroclite de cette nature, c’est la confusion des rôles. Chaque membre de l’agrégat se prétend représentatif d’on ne sait quoi, sans avoir à en faire la démonstration. Ainsi, les partis politiques et Associations civiles et civiques se trouvent concurrencés, sans pouvoir aller sur le terrain du concurrent. Dans cette confusion volontaire généralisée, il m’a semblé utile de préciser ce que devrait être selon moi, la place de chaque élément de ce conglomérat. Cela peut paraitre prétentieux. Exact. Mais je l’assume.


DES SYNDICATS et SYNDICALISTES.


Plutôt que de définir la notion de syndicat, ce qui me parait sans importance, il me semble plus judicieux de mettre son rôle en rapport avec le contexte socioéconomique de notre pays, car le syndicalisme est inséparable de rapports de travail salarié sur la base d’un contrat de travail et dans un contexte socioéconomique donné.


Rapidement et de façon générale, on peut dire que le syndicalisme est né dans un contexte économique et industriel particulier dont la caractéristique principale est le triomphe du travail salarié sur les autres formes de rapport au travail marchand. Le tout scellé par le contrat de travail, étant entendu que l’une des parties, en l’occurrence le salarié, est dépourvue de tout moyen de subsistance, autre que sa force de travail.


Les terres agricoles sont elles-mêmes privées, inaccessibles aux salariés, principalement à la « classe » ouvrière. Ce qui contraint ce dernier à vendre son travail (en économie marxiste, on dirait sa force de travail) pour survivre. Il s’en suit une dégradation insupportable de ses conditions de travail et de vie. D’où la nécessité progressivement reconnue, d’une organisation collective défendant les intérêts matériels et professionnels des salariés.


Or, en Guinée, mais pas seulement, le travail salarié est marginal, parfois fictif. L’activité économique hors extraction minière, y est informelle, à vrai dire « parentalisée ». Exemple : le transporteur, qui est souvent un commerçant, emploiera ses frères, cousins ou neveux… pour conduire ses camions ou gérer ses magasins. Le lien de parenté se substituant au contrat de travail. Il n’y a pas à proprement parler de salaire au sens de contrepartie directe d’un travail fourni. On ne peut pas parler non plus d’exploitation de l’un par l’autre. Car, il n’est pas rare que le parent « patron » prenne en charge son clan, tout en lui versant fréquemment une certaine somme d’argent. Dans ce contexte social mouvant, la notion de syndicat est à relativiser.


Les fonctionnaires, même salariés, ne sont pas exploités. La fonction publique guinéenne, compte vraisemblablement autant d’employés réels que d’employés fictifs. En un certain sens, ils sont, à certains niveaux (hauts fonctionnaires, ministres, magistrats, officiers…) assimilables à des patrons exploiteurs. Car, ici, le pouvoir formel d’Etat non contrôlé, et les outils de contrainte faussement légaux qui lui sont liés, fonctionnent comme des moyens privés de productions dont les détenteurs (Hauts fonctionnaires, Ministres, Officiers, magistrats…) attendent un rendement monétaire. De fait, ils y parviennent.


Exemple : récemment, le ministre Papa Koly KOUROUMA, neveu de capitaine Moussa Dadis CAMARA, se vantait d’être devenu millionnaire en dollars, vraisemblablement en quelques mois. Ainsi, le citoyen ordinaire démuni, est contraint de payer un impôt « privé » dès qu’il a besoin d’une pièce d’identité, d’une autorisation quelconque, d’un agrément, d’une signature ou de tout autre document officiel.


Les marchés publics sont attribués d’office à des amis, parents, cousins, frères, ou commerçants « généreux ». Il n’y a donc pas de raisons majeures qui amèneraient à conclure à l’existence d’un véritable syndicat de salariés. Et les notabilités dites syndicales sont plutôt d’habiles manœuvrières, cherchant des positions de pouvoir sur le dos de vrais salariés.


Sur ce terrain (espace salarié), la lutte est d’autant plus âpre, que celui ou celle qui l’occupe, bénéficie de ressources extérieures non négligeables (relations avec les ambassades, institutions internationales, facilités de déplacement dans les pays occidentaux, bourses d’études supérieures octroyées aux enfants en Suisse, France…), relativement à la situation du citoyen lambda.


La procédure de désignation des « Elus » syndicaux est plus une cooptation que l’expression du choix libre des salariés qu’ils sont supposés représenter. En outre, les syndicalistes sont très souvent liés familialement, et parfois au plan des « affaires », aux réseaux militaro-affairistes ou politico-administratifs. Au fond, la C.N.T.G. (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée) n’est qu’une branche de cette oligarchie. Par ailleurs, elle est le résidu « syndical » du P.D.G. de Sékou TOURÉ. Ce qui explique que ses notabilités, administrativement « élues » par M. Lansana CONTÉ, s’habillent de manteau syndical pour exiger des responsabilités politiques pour elles-mêmes. Tandis que le salarié guinéen de base serait en peine de citer la moindre amélioration apportée à sa condition par les notabilités qui sont supposées le représenter. Voilà une source de confusion à laquelle il convient de remédier.


Rétablissons les faits dans leur réalité. Les femmes les plus actives dont l’action est incontestable dans le mouvement social, sont oubliées. Il s’agit par exemple de Mme Mariama SY DIALLO( ), de Fatou BANGOURA( ) du R.P.G., et d’autres, malheureusement dépourvues de réseaux médiatiques. Elles n’ont jamais transigé, ni avec Lansana CONTÉ, ni avec le capitaine Moussa Dadis CAMARA.


Cependant, cette rapide mise en perspective du « syndicalisme » et des « syndicalistes » guinéens, ne doit pas conduire à la mise en cause définitive et totale des syndicats. Au contraire, elle doit les inciter à faire du syndicalisme, et les hommes et femmes politiques à s’organiser pour la conquête du pouvoir politique, à l’issue d’une élection acceptable, et sur la base d’un projet politique. Le pays gagnerait en clarté. Car, la confusion des rôles est toujours dommageable.


Mamadou Billo SY SAVANÉ (Rouen)

 

Contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr

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