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La Guinée nouvelle

Gambie - Yahya Jammeh, le président mystique de Gambie réélu

 

 

 

Porté au pouvoir en 1994 par un putsch et réélu jeudi président de la Gambie, Yahya Jammeh, se pose en homme aux pouvoirs mystiques, capable notamment de "guérir" le sida, et dévoué pour le développement de son pays, en dépit d'accusations de violations des droits humains.


 
Selon des résultats officiels communiqués vendredi, il a été réélu avec 72% des voix pour cinq nouvelles années, après de précédentes victoires à larges scores en 1996 - année de sa première élection -, puis 2001 et 2006.

Leader de l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), cet homme au physique de lutteur est né le 25 mai 1965, selon sa biographie officielle (http://www.statehouse.gm).

Marié et père d'un garçon et une fille, Yahya Abdulaziz Jemus Junkung Jammeh est issu d'une famille paysanne du village de Kanilai (ouest), près de la frontière avec la Casamance, dans le sud Sénégal. Il est diola, une ethnie commune à ces deux pays.

Après des études secondaires à Banjul, il s'engage en 1984 dans la gendarmerie. Gravissant progressivement les échelons, il commande la police militaire à deux reprises en 1991 et 1992.

Le 22 juillet 1994, après un stage de formation de police militaire aux Etats-Unis, Jammeh - âgé de 29 ans - renverse sans effusion de sang, avec quatre lieutenants, le président Dawda Jawara, "père de la Nation" au pouvoir depuis près de 30 ans.

Il prend sa retraite de l'armée en 1996 avec le grade de colonel pour créer son parti. La même année, il remporte la présidentielle au premier tour.

Il sera réélu en 2001, puis en 2006. Entre-temps, en 2002, un amendement constitutionnel supprime toute limite aux mandats présidentiels.

Au fil des ans, l'ancien militaire a changé d'habit et n'arbore désormais que le boubou, généralement blanc, avec chéchia, écharpe, chapelet au cou et sceptre en main, cultivant l'image d'un président pieux, bâtisseur, dans cette ex-colonie britannique prisée des touristes européens.

Ses partisans mettent en avant plusieurs projets d'infrastructures réalisés avec des partenaires internationaux: aéroport, routes, université, hôpitaux, écoles...

Selon sa biographie officielle, il aime le tennis, le football, la chasse, la lecture, les comédies musicales, et a comme "disposition particulière" d'avoir "une vaste connaissance dans la médecine traditionnelle, surtout dans le traitement de l'asthme et de l'épilepsie".

Ces dernières années, la stérilité et le sida se sont ajoutés à la liste des maux que Jammeh prétend pouvoir "guérir" avec des plantes et des incantations mystiques lors de séances collectives diffusées par les médias publics. Sourd au tollé qu'il a suscité au sein des acteurs de la lutte contre le VIH-sida, il poursuit ses "traitements" controversés.

Yahya Jammeh - qui aime à se faire appeler "Son Excellence Cheikh Professeur El Hadj Docteur Yahya A.J.J. Jammeh" - demeure également imperturbable face aux ONG locales et étrangères qui l'accusent de violations des droits de l'Homme et qui dénoncent des assassinats, disparitions forcées et tortures contre des défenseurs des droits humains, journalistes, opposants. Reporters sans frontières (RSF) le classe parmi les "prédateurs de la liberté de la presse".

Autant d'accusations et allégations qu'il a régulièrement balayées.

"Moi, en tant que président, je m'en fous de ce que les autres disent. Ce qui m'importe, c'est le développement de ce pays. (...) En 17 ans, j'ai fait plus que les Britanniques n'ont pu faire en 400 ans", a-t-il lancé jeudi à la presse à la sortie de son bureau de vote.

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