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Publié par bouba

 

Quand, à propos de la Guinée, château de l’Afrique de l’Ouest, on évoque le mot barrage, souvent à l’étranger on s’imagine hydroélectricité avec des villes illuminées, des rues parées de lampadaires, de l’eau chaude au robinet, des plats qu’on cuisine au four à micro-ondes et des usines qui tournent à plein régime. Pourtant, il n’en est rien. En 54 ans d’indépendance, la Guinée ne compte qu’une poignée de barrages hydroélectriques vétustes, épaulés par une centrale thermique au nom évocateur de Tombo, le tout n’arrivant même pas à couvrir les besoins en électricité de quelque 2,5 millions d’habitants de la capitale Conakry.

Les barrages dont il s’agit ici ne sont donc pas fluviaux. Ce sont des barrages routiers. Une corde enroulée de torchons et des sacs plastiques usés qui relie deux piquets coupant perpendiculairement une ribambelle de goudron défoncé ou une piste poussiéreuse ou boueuse, suivant les saisons. Une corde tenue par des bidasses composés de policiers, de gendarmes, de douaniers, de militaires ou d’agents antidrogues agissant séparément ou solidairement.

Des hommes en tenue qui passent leur temps à harceler, humilier et racketter des voyageurs qui sont avant tout des citoyens guinéens dont ils sont censés sécuriser, sous prétexte d’assurer la sécurité de la route et du territoire national. Quelle ineptie ! Quelle honte !

Ces agents, coupeurs de route autorisés, se moquent royalement que vous ayez vos papiers d’identité en règle. Ils s’en fichent qu’un chauffeur de taxi ait ou non son permis de conduire, la carte grise du véhicule, l’assurance, la vignette, la carte bleue (autorisation de circuler), le triangle lumineux ou la trousse pharmaceutique. Ce n’est pas leur problème, ce n’est pas ce qu’ils « mangent », comme le disent ouvertement.

Ce qui les intéresse, c’est ce qu’ils mangent. L’argent. Tu n’as pas ta carte nationale d’identité guinéenne de couleur rose, au niveau d’un barrage tu paies 5.000 mille francs guinéens et tu deviens Guinéen par la même occasion.  Tu es conducteur de taxi, mais tu n’as pas ton permis, ta carte grise ou l’assurance, c’est pas grave, tu peux transporter jusqu’à 21 personnes dans une Peugeot 505, tu casques 10.000 francs pour le «lever de barrage».  Tu conduis une loque de camion Karaz, tu peux, si tu le veux, mixer des sacs de ciment, du bétail et de vielles femmes que tu peux tuer dans un ravin. Tu roules à vive allure sur une moto sans casque, ne crains rien, on s’en fout, tu peux «vider» son compteur, te fracasser la tête sur le macadam ou contre une pierre, à toi de choisir. La sécurité routière, on s’en balance.

Une sécurité routière sacrifiée, bafouée, foulée au pied. Des milliers de vie en péril sur les routes guinéennes, sous le regard complice de «l’autorité». Des infractions graves monnayées contre des miettes à longueur de journée, et sans ménagement, par des agents analphabètes, corrompus, véreux et irrévérencieux.

A la place du salut cordial et respectueux que vous adressent le policier gambien ou le gendarme sénégalais avant de vous demander votre pièce d’identité, le policier ou le militaire guinéen, payés par vos contributions, vous hurlent «carte», une lampe chinoise éblouissante braquée sur votre visage si c’est la nuit. Dans un français qui leur est propre avec des phrases hachées, ces agents au regard visqueux se prennent pour des extraterrestres, humiliant hommes et femmes, jeunes et vieux. Gare à celui qui protesterait ou oserait hausser le ton, leur parler un français «académique». Passage à tabac garanti. Adieu téléphone portable, bijoux, montre et argent de poche.

Il arrive qu’au niveau de certains de ces barrages, comme celui de Kaka près de la ville de Coyah, que celui qui ne dispose pas d’une carte d’identité soit soumis à une double peine : payer la somme de 5.000 francs et goûter à l’humiliante épreuve de 100 pompes verticales. Les mauvaises langues rapportent qu’il y a quelques années qu’une femme enceinte aurait fait une fausse couche à Kaka, après avoir été soumise en public à cet exercice !

Pendant ce temps, des bandits coupeurs de route peuvent continuer à terroriser les usagers de la route dans tout le pays, de mystérieux commandos peuvent attaquer une résidence présidentielle dans la capitale.

Décidément, y en a qui ont compris que face à la misère qui mine la Guinée, arborer une tenue militaire et posséder une arme constituent une voie de garage pour accéder à la puissance et donc à la richesse. C’est un sésame pour ouvrir des coffres-forts, éventrer des boutiques, violer et tuer. On intimide, insulte, extorque, bastonne en toute impunité. Parce qu’on est militaire, qu’on est armé, on est fort, on ne craint rien, «tu peux aller te plaindre où tu veux». C’est eux l’Etat, eux la justice. Comme le proclamait, en décembre 2006, leur défunt commandant en chef.

Alpha Condé a peut-être raison de répéter à qui veut l’entendre qu’il a hérité d’un pays et non d’un Etat. L’Etat, jadis incarné par Lansana Conté, est mort avec lui en décembre 2008. Mais, 15 mois après l’accession au pouvoir du nouveau président, son slogan «Guinea is back» a un goût du déjà-vu. Les barrages routiers, y compris celui légendaire de 36, dont il avait ordonnés la suppression après son élection, ont été remis et renforcés, depuis que, le 19 juillet 2011, un mystérieux commando a pilonné sa résidence de Kipé. Comme quoi, on est mal barrés.

Et franchement, par les temps qui courent, Guinea is BAD!

 

Slateafrique.com

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