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Publié par bouba

 

 

Deux ans après le massacre du 28 septembre en Guinée, les responsables présumés n’ont toujours pas été inquiétés.

 

Consternation, incompréhension et colère. Il y a deux ans, le massacre du 28 septembre au stade du même nom, à Conakry, n’avait laissé personne indifférent. Les images de la foule tentant d’échapper à une meute de soldats avaient ému au-delà des frontières de la Guinée. Le bilan de la répression (l’opposition manifestait alors contre la candidature à la présidentielle du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara) fut lourd : 156 tués ou disparus, 109 cas de violences sexuelles et 1 253 blessés, selon la commission d’enquête des Nations unies. Celle-ci avait conclu à la responsabilité pénale de Dadis, de son aide de camp, le lieutenant Aboubacar Toumba Diakité, et du ministre chargé de la Lutte contre la drogue et le grand banditisme, le commandant Moussa Tiégboro Camara. Quant aux enquêteurs guinéens, ils avaient désigné Toumba comme seul responsable. À ce jour, nul n’a été inquiété.

Du côté de la justice guinéenne, on assure que le dossier, confié à trois magistrats en février 2010, est entre de bonnes mains. Mais, de toute évidence, un procès n’est pas pour demain. Et pour cause : pendant la période de transition, dirigée par le général Sékouba Konaté, Moussa Tiégboro Camara a pris du galon. Devenu lieutenant-colonel, il est, depuis la mi-janvier, secrétaire général à la présidence, chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et les crimes. Poste que lui a confié le président, Alpha Condé. Beaucoup ne digèrent pas non plus que le lieutenant-­colonel Claude Pivi, capitaine au moment des tueries et mis en cause par de nombreux témoignages, ait reçu en août dernier des mains du chef de l’État la distinction de chevalier de l’ordre national du Mérite (devenu ministre d’État chargé de la Sécurité présidentielle, il a toujours nié toute implication). Tiégboro et Pivi ont de l’influence sur les troupes. C’est pourquoi Alpha [Condé] les chouchoute, affirme-t-on à Conakry. Quant à Moussa Dadis Camara, il coulait encore, mi-septembre, des jours tranquilles à Ouagadougou (Burkina), et nul ne peut dire s’il comparaîtra un jour. Idem pour Toumba, qui est officiellement toujours en cavale et recherché pour avoir fait feu sur Dadis en décembre 2009.

Beaucoup ont encore peur

En mai 2010, quatre organisations guinéennes, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme et 70 personnes s’étaient constituées partie civile. Jusqu’à présent, elles n’ont pas été contactées par la justice. Au cours des derniers mois, 150 personnes ont été auditionnées. Mais c’est peu, compte tenu du nombre de victimes : beaucoup craignent pour leur sécurité et n’ont pas voulu se présenter. « Comment les gens peuvent-ils se rendre auprès de magistrats qui sont installés dans les locaux de la Fossepel [Force spéciale de sécurisation du processus électoral, composée de policiers et de gendarmes, NDLR] ? » s’interroge Asmaou Diallo, la présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (Avipa). Cet obstacle a toutefois été levé, affirme le ministre de la Justice, Christian Sow. « De nouveaux bureaux bien équipés seront mis à leur disposition prochainement. Il y a eu des lenteurs, mais justice sera rendue », dit-il.

Reste à savoir où et quand. Au lendemain du drame, les yeux s’étaient aussi tournés vers la Cour pénale internationale (CPI), qui avait conclu à un crime contre l’humanité. Mais elle n’a jamais été saisie – et n’a pas jugé bon de s’autosaisir. Début avril, au terme d’une mission en Guinée, Amady Ba, le chef de la section internationale de la CPI, a estimé qu’aucun « signe d’incapacité des juges en charge du dossier qui peut nécessiter son transfert devant la CPI n’a été détecté ».

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