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La Guinée nouvelle

Guinée : Fête du 1er mai et la galère du salarié guinéen

 

Le premier mai de chaque année est l’occasion pour célébrer la fête internationale du travail. Cette année n’a pas fait exception. Même si c’est une année particulière.

La première fête du travail après une transition des plus mouvementées et après le règne de celui dont le sommeil a été très perturbé par les syndicalistes.

Au lieu d’envoyer son Premier ministre ou son ministre du travail présider la cérémonie, le professeur a préféré aller personnellement à la rencontre des travailleurs.

Comme les années passées, les syndicalistes ont égrené leur chapelet de revendications et de recommandations. Celles-ci sont les mêmes chaque année : meilleures conditions de vie et de travail. Et, cette année, l’interlocuteur d’en face a répondu différemment que d’habitude.

Au lieu du déjà entendu que le gouvernement fait siennes toutes les recommandations, le professeur a indiqué que l’essentiel n’est pas d’augmenter les salaires. Mais, souligne-t-il, l’amélioration du pouvoir d’achat du travailleur mais aussi du citoyen. Ce pouvoir d’achat qui constitue une grosse épine dans le pied du travailleur guinéen.

Il est vrai que depuis la première confrontation entre les syndicalistes et le pouvoir d’alors en 1991, les salaires ont été revus à la hausse plusieurs fois. Mais le salarié est toujours empêtré dans les mêmes difficultés.

Les augmentations de salaires sont toujours disproportionnées par rapport à celles des prix pratiqués sur le marché. Parfois même l’augmentation a été l’arbre qui cache la forêt, c’est-à-dire nuisible et contreproductive. Si le salaire est augmenté à cent pour cent, le prix lui grimpe à mille pour cent.

Finalement d’année en année, le salarié continue à tirer le diable par la queue. Pour illustrer la survie du salarié guinéen, le fameux sac de riz coûte aujourd’hui la moitié du salaire du cadre moyen. La dépense mensuelle, qu’on appelle le prix de la sauce, avoisine les deux tiers du salaire. Le loyer mensuel d’un appartement pour un homme, sa femme et deux à trois enfants correspond également à la moitié du salaire de ce même travailleur.

Cette situation amène le travailleur à se débrouiller. Selon ce qu’il peut faire. Certains se livrent à un petit commerce. D’autres cherchent un deuxième emploi pour arrondir la fin du mois, surtout dans l’éducation ou la santé. D’autres encore sont devenus des démarcheurs de tout acabit ou encore des cultivateurs selon qu’ils soient en ville ou en campagne. Une autre catégorie a transféré le pouvoir et la gestion du foyer à madame.

Dès que le salaire tombe il est versé intégralement à l’épouse. Laquelle se débrouille avec dans son petit commerce de condiments au marché. Elle s’occupe de tout le reste.

Voilà la situation peu enviable d’un salarié guinéen, au public comme au privé. Même si dans ce dernier secteur, les travailleurs sont censés être mieux rémunérés, cela s’avère n’être qu’une grosse illusion.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le salarié guinéen est malheureux le jour où il est payé. Et pour cause, il doit s’acquitter des innombrables dettes. Et ce jour là il ne peut pas demander à quelqu’un prêt. Vous venez d’être payé non, lui rétorque-t-on.

Ces travailleurs observent de près les hauts d’en chaut. Lesquels leur demande à chaque grève ou à l’occasion de chaque fête de travail de faire un sacrifice patriotique. C’est-à-dire de renoncer aux revendications salariales.

Gorges Clémenceau affirme « les fonctionnaires sont comme les livres d’une bibliothèque : ceux qui sont les plus hauts placés sont ceux qui servent le moins ». Oui ceux qui servent le moins et qui vivent comme des princes. Et ceux qui servent le plus sont eux de véritables parias de la société.

Ne dit-on pas que l’école fait ses hommes et la vie les siens ?

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