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La Guinée nouvelle

Guinée: "l'homme qu'il faut à la place qu'il faut"

 

Les évènements se sont enchaînés à grande vitesse. Quand Mamadou Tanja a tripatouillé la constitution de son pays pour jouer aux prolongations, on avait dit qu’il avait déclenché le compte à rebours. Il est arrivé à son terme en fin de la semaine dernière, déniché de son bureau comme un lapin par les militaires qui lui avaient dit qu’ils resteraient neutres. Le même cas est en train de se reproduire en Côte d’Ivoire mais attendons la suite des évènements. Chose paradoxale : les militaires nigériens proclament qu’ils ne sont pas Dadis Camara mais ils se sont inspirés de son exemple. Là encore, attendons de voir.




En Côte d’Ivoire, le nombre de morts commence à peupler les cimetières, c’est à croire qu’ils vont aller droit vers un autre 28 septembre à l’ivoirienne, pardon, à « l’ivoirité », et si cela se confirme, la CPI va aller fouiner de ce côté, comme elle vient de le faire en Guinée.

Parlant de la cour pénale internationale avec des noms rébarbatifs et effroyables qui font trembler bien des dirigeants africains comme Luis Moreno Campo, Béatrice Le Frapper, on avait cru que Fatou Bensouda avait l’air pas farouche avec des cornes, des yeux sanguinolents qui jettent des éclairs pour intimider les coupables des massacres du 28 septembre. On s’était lourdement trompé. Fatou Bensouda est une femme affable, timide, à peine sortie de l’adolescence avec une frimousse… Quand elle s’est installée, je suis venu lui présenter mon appareil photo et elle m’a dédié un sourire désarmant, je vous la ferai voir un de ces quatre.




La procédure veut que la justice guinéenne se déclare incapable ou incompétente pour que la CPI entre dans la danse. La balle est dans le camp de Siba Lohalamou. De ce côté, tout le monde attend beaucoup de lui. Se rend-il compte du fardeau difficile ?




Le gouvernement d’union nationale :



 
Un gouvernement annoncé le samedi dans le discours de présentation de JMD n’a été accouché que le lundi. Que s’était-il passé entre le samedi et le dimanche ? On se rappelle que le général El Tigre avait convoqué une réunion du CNDD le dimanche mais les dessous de cette réunion ne sont pas à la portée du grand public. On sait que, après la diffusion de la liste du gouvernement Doré, le cabinet présidentiel se fabriquait deux ministres d’Etat : Coplan gardait son poste et Tiégboro le sien avec quelques ministres conseillers et une batterie de conseillers. La question que se pose le citoyen lambda est de savoir si ces ministres à la présidence vont siéger au conseil des ministres du gouvernement Doré et à qui ils ont des comptes à rendre ?




Pour le moment, on ne peut qu’attendre en voyant aussi le « coach » JMD s’emmêler les pinceaux dans le classement de son équipe de transition : Korka à la pêche, mais est-ce que Korka est un pêcheur ? Il aurait peut-être fait un bon éleveur plutôt qu’un pêcheur. Et Mouctar Diallo aurait été un bien à la jeunesse plutôt que comme éleveur. Certains pensent qu’on l’a envoyé faire paître les vaches. Quant aux syndicalistes, eux qui croyaient que le pain n’est pas brave, ils sont maintenant au four, et attendons de voir s’ils ne vont pas cramer. Par contre, le choix qui semble faire l’unanimité est sans doute celui d’Aboubacar Sylla à la Communication et les travaux d’Hercule l’attendent en cette période cruciale de transition. Les réformes sont aussi nombreuses mais ce qui est choquant, c’est la mort lente de Horoya, le seul quotidien guinéen. Mamadou Sandé n’est pas aussi contesté, de même que Newa Damé, à notre avis…




Les défis de ce gouvernement ne doivent pas se limiter seulement à l’organisation des élections et à la réconciliation des Guinéens mais aussi et surtout améliorer les conditions de vie et de travail pour remettre tout sur les rails pour enfin réorganiser les services de sécurité et l’armée.






Les incohérences de la CENI :



 
Le président de la CENI, Ben Souda, pardon, Sékou Sylla, avait annoncé il y a quelques jours que l’enrôlement des Guinéens de l’étranger pouvait être mis sous l’éteignoir et que les élections présidentielles pouvaient avoir lieu le 27 juin 2010. Comme ça le président élu peut colorer l’assemblée nationale qui sera élue sous son mandat, ainsi que les responsables communaux et communautaires. On l’a toujours dit : il ne faut pas placer la pyramide à l’envers, et une voix vient de se faire entendre dans le même sens. La Guinée a connu trop de pas de clerc. Ça suffit ! Quels que soient l’urgence et l’empressement, il ne faut plus trébucher. Ne dit-on pas que qui va lentement va sûrement ?




Communales et communautaires peuvent être en juin et présidentielles en décembre, une démarche plus raisonnable. Mais aussi, faut-il que le groupe international de contact soit sensible à cette doléance car faire vite et bien n’est pas à la portée de tout le monde, cela, on le sait depuis des décennies. Le gros du problème est justement la mise hors jeu du processus électoral des Guinéens de l’extérieur et cela va faire jaser plus tard.




C’est en cette période que le groupe international de contact a décidé de tenir sa 11e réunion à Conakry ce 22 février.






Un communiqué final arraché au forceps 
:




Un marathon de négociation et un calvaire pour les journaleux, et c’est peu dire. Jugez-en !

Le projet d’ordre du jour prévoyait l’agencement des choses de la façon suivante :

9H00 arrivée des membres du gouvernement. A l’heure indiquée, 9 heures, la classe était presque pleine : parmi les bons élèves, on voyait aux premières rangées les Toto, Paté, Anani et les autres de l’UA, de la CEDEAO, des Nations-Unies, de l’UE, de l’OCI, de l’OIF (francophonie), de la BM et du FMI, des cinq membres du conseil de sécurité des NU : USA, Royaume Uni, France, Russie, Chine ; des membres non permanents : Nigeria, présidence de la CEDEAO, Allemagne, Espagne, Japon et Canada et le Maroc comme invité, et pour cause, le soigneur de Dadis. C’est dire que la classe était pleine. Il manquait à l’appel certains élèves en pleine passation de service. 9 heures 20 le ministre de la Communication fait son entrée et à 9 heures 25 Mamadou Sandé, tout sourire et emmitouflé dans sa superbe tenue treillis et rond comme Michelin, passe de rangée en rangée saluer ses camarade. 9 heures 40 le chef de classe, le commissaire principal, Jean-Marie Doré est annoncé solennellement et il prendra au moins 5 minutes pour saluer ceux qu’il peut et faire quelques boutades à Rabiatou Serah Diallo. La cérémonie qui devait prendre fin à cet instant venait en fait de démarrer : Discours d’ouverture des co-présidents, discours d’ouverture du PM et fin de la cérémonie ouverte au public, aux journaleux. Les conférenciers sont allés boire du café et les journaleux se sont débrouillés.






Nous, on n’est pas allés mais on est restés pour guetter les coulisses, Daouda, Youssouf et moi. De petits groupes se forment et de conciliabules en conciliabules j’ai essayé de glaner ce qu’ils pouvaient se dire entre membres des « force vives ». Arrive Bah Oury de l’UFDG et soudain l’esclandre dans le groupe où le gouverneur Bourema Condé et Lounsény Fall s’entretenaient. Bah Oury a crié fort. Pour lui, il n’est pas question que les Guinéens de l’extérieur soient exclus, l’UFDG bloquerait la résolution, le cas échéant. Ces propos ont mis le colonel Bourema Condé sur les braises. Lounsény Fall avait des difficultés à ramener le calme mais Bourema Condé fulminait. «Qui il est pour venir s’imposer à nous tous ? » Quand le calme est revenu avec le départ de Bah Oury, je suis venu avec mon appareil au deuxième salon du hall du Novotel, celui qui donne à la mer pour lui poser des questions. Il m’a félicité pour « L’indépendant » mais pas de question. Je lui demande si je peux le prendre en photo, il a dit non gentiment mais catégoriquement. Il s’est levé et est sorti vers la piscine. Quand Bah Oury est revenu, on l’a arrêté à quelques pas des escaliers et il s’est prêté à nos questions, et pour tout vous dire, tout tournait autour des Guinéens de l’extérieur. En sortant, on rencontre les membres du « Bloc des patriotique » qui m’interpelle : « Moïse, tu nous as tapé dessus la dernière fois, ça nous a fait très mal mais on sait que tu n’es pas fondamentalement contre qui que ce soit, tu exprimes tes idées qui sont parfois bien partagées par les victimes mêmes. Tu tapes aussi bien à gauche qu’à droite. »






Vous ne voyez pas que ça fait chaud au cœur de trouver des hommes intellectuellement honnêtes ? On sort manger et on va boire quelques litres de machin chez Drizo en attendant 19 heures pour la conférence de presse. Sa femme me dira qu’Alpha Condé était là, ce matin, qu’il y avait de l’ambiance ici. Je lui dis que j’ai pris plein de photos de lui. Alpha Condé était, avec Karl Prince, l’ambassadeur d’Allemagne, le plus enjoué de la salle. D’ailleurs, Karl Prince est aux anges depuis la passation de service entre Komara et JMD. Il n’a pas cessé de rire à chaque rencontre mais on se demande s’il riait encore jusqu’à 22 heures ce 22 février.





22 heures, toujours rien pour la conférence de presse, les coulisses qui conduisent à la salle de réunion ressemblaient à la salle d’attente d’un aéroport européen où les transitaires étaient en souffrance. Les journaleux étaient éparpillés et répandus à même le sol, abattus par la faim et de fatigue.





Mais en attendant cette fameuse conférence de presse, j’ai rencontré Amadou Diaby. Il a parlé de sa nouvelle orientation et de son équipe et du Lynx, qui ne l’a jamais attaqué, puisqu’Abou Bakr était là. Je lui rétorque : « ah bon, c’est donc l’Indépendant qui t’attaque ? » Amadou répond que non, l’Indépendant lui a toujours dit la vérité, et qu’il a maintenant compris. Mais dans cette affaire, il faut dire qu’Amadou Diaby ne m’a jamais vu comme un metteur de bâtons dans ses roues même au moment où il avait le soutien de tous les journalistes et même du gouvernement et même du président de la CAF, on était le seul à critiquer ses tournois de détection. Si Amadou reconnaît cela, ce n’est pas réconfortant, ça ?





23 heures, la conférence de presse enfin, et on nous distribue le communiqué final et vous verrez qu’il n’y a rien de litigieux sauf quelque chose qui n’est pas spécifié dedans : le point d’achoppement entre Bah Oury et les autres des forces vives. L’UFDG a des militants à l’extérieur et éliminer ceux-ci c’est vouloir la léser.



La panacée guinéenne
, c’est placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, sans tenir compte des équilibres ethniques qui sont démagogiques et pervers. Tous les pays qui veulent se développer correctement ne mettent pas ces considérations devant. A bien y réfléchir, on trouvera le bien fondé.

A bon entendeur…

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