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Publié par bouba

La guerre des mines fait rage à Conakry

 

Objet du différend, l'important gisement de fer de Simandou, dans l'est de la Guinée, laisse espérer des revenus de 150 milliards de dollars dans le prochain quart de siècle

 

Les faits - Bataille d’experts, campagnes médiatiques, soupçons de complots et de déstabilisation… Le milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz et le président guinéen Alpha Condé ont engagé un bras de fer qui fait des étincelles

Œil pour œil, dent pour dent. La guerre que se livrent le milliardaire israélien Beny Steinmetz et le président guinéen Alpha Condé est totale. Le premier accuse le second de spoliation de ses titres miniers, de chantage financier, d’arrestation arbitraire de ses employés, quand le second le suspecte de financement de ses opposants, d’espionnage à travers le Mossad, de corruption et préparation de coup d’Etat. Un vrai thriller dont l’épilogue n’est pas encore connu. Les enjeux financiers sont énormes. Près de cent cinquante milliards de dollars, à se partager entre tous les opérateurs miniers et l’Etat guinéen dans les vingt-cinq prochaines années! Des revenus provenant de l’exploitation du gisement de fer du Mont Simandou, l’un des plus convoités du monde.

Tout commence en février 2006. Le groupe minier BSGR de Beny Steinmetz, qui opère en Afrique, acquiert deux petits permis près du mont Simandou, en pleine Guinée forestière. Cherchant du bauxite, il tombe sur une montagne de fer. En décembre 2008, un décret présidentiel lui permet de récupérer deux autres permis, dans la même zone, arrachés cinq mois plus tôt par l’Etat guinéen à la compagnie minière Rio Tinto. Motif ? Le groupe anglo-australien n’a pas fait fructifier ses découvertes assez rapidement. Quelques jours plus tard, le président Lansana Conté, malade depuis de longs mois, décède. Après avoir menacé de tout remettre à plat, les deux dirigeants militaires successifs du pays, le capitaine Dadis Camara et le général Sékouba Konaté, reconduiront les concessions. Mais quand Alpha Condé arrive au pouvoir en novembre 2010, il décide d’y voir plus clair dans un secteur opaque dont le potentiel financier peut changer l’avenir de son pays. Ce professeur de droit, au long passé d’opposant, n’y connaît pas grand chose et fait appel à une expertise étrangère.

C’est là qu’entre en scène Bernard Kouchner, ami de longue date du Guinéen, qui vient de quitter son poste d’ancien ministre français des Affaires étrangères. Selon le New Yorker, il fait jouer son carnet d’adresses, où se trouve notamment Georges Soros, le milliardaire qui fit sauter la banque d’Angleterre, devenu philanthrope sur le tard. Ce dernier se prend de sympathie pour Alpha Condé et décide d’aider le président guinéen. D’autres personnalités, comme Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique, et l’universitaire Paul Collier, prennent fait et cause pour Condé. Plusieurs équipes de juristes étrangers se succèdent à Conakry pour aider l’Etat à auditer les contrats passés et réformer le code minier. Quelques mois plus tard, ces auditeurs font état de soupçons sur l’attribution des deux concessions à BSGR. La procédure serait entachée de corruption. Ils accusent notamment la société d’avoir payé une ex-compagne de Lansana Conté, Mamadie Touré.

Le FBI américain s’en mêle. Il entend Mamadie Touré, qui s'est installée aux Etats-Unis après le décès de l’ancien président. Elle aide les enquêteurs américains à piéger un ancien intermédiaire ayant oeuvré pour BSGR à Conakry, Fréderic Cilins, qui est soupçonné de lui avoir proposé des pots de vin contre la destruction de documents compromettants. Ce dernier a récemment été entendu, lui aussi, par le FBI et son procès devrait s'ouvrir avant la fin de l'année.

L'histoire est mise sur la place publique le 8 juillet dernier par l'hebdomadaire américain New Yorker. Steinmetz et ses proches nient en bloc les accusations. Ils crient au complot. Selon eux, Condé avait déjà pris avant son élection la décision de les exproprier. C’est d’ailleurs comme cela qu’il aurait financé sa campagne, en promettant des contrats miniers à des opérateurs étrangers, notamment sud-africains. Et l’immixtion de George Soros ne répondrait qu’à une vindicte personnelle contre de Beny Steinmetz. « Rio Tinto n’a rien exploité entre 1997, date de leur arrivée en Guinée, et aujourd’hui, explique un proche de Steinmetz. Nous avons déjà investi près d’un milliard de dollars et généré de l’activité économique dans la phase d’exploration, des études de faisabilité et de montage financier. Pour l’exploitation, on prévoit d’injecter 7 milliards de dollars supplémentaires avec notre partenaire, le brésilien Vale et de créer 3000 emplois directs et 30 000 autres du seul fait de notre présence dans la région ».

Une exploitation au point mort. La mine de Simandou est à l’arrêt, le cours du fer est redescendu à un peu plus de 130 dollars la tonne, ce qui rend pour l’heure moins intéressante son exploitation. Le 19 avril 2013, le ministère guinéen de la Justice a annoncé avoir arrêté deux employés de BSGR : Issaga Bangoura, responsable de la sécurité, et Ibrahima Sory Touré, directeur des relations publiques de BSGR en Guinée et demi-frère de Mamadie Touré. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu se soustraire à l’enquête en cours sur l’acquisition des blocs 1 et 2 de Simandou. Le gouvernement a mis sur pied une commission qui devrait rendre ses conclusions prochainement sur la légalité des licences minières. Du côté de BSGR, on ne se fait guère d’illusion : l’Etat va lui retirer les fameux permis. Et la société prévoit déjà de faire jouer l’arbitrage, prévue dans le contrat, de la Chambre de commerce internationale à Paris.

A Conakry, la révision des contrats miniers a permis à l’Etat de récupérer 800 permis, soit la moitié des concessions. Selon Alpha Condé, leurs détenteurs « ne faisaient rien, si ce n’est spéculer en bourse ». Pour continuer à opérer, les majors ont été obligées de revoir leurs contributions. Rio Tinto s’est engagé à verser 700 millions de dollars. Quant au russe Russal, l’Etat pourrait lui réclamer près d’un milliard. « Le camp Condé nous a demandé la moitié de nos parts dans la mine de Simandou, précise un proche de Steinmetz. Nous avons refusé. C’est aussi de là que viennent nos problèmes ». Son partenaire brésilien Vale, de son côté, semble prendre ses distances. Selon Reuters, qui cite la compagnie, « Vale se dit profondément préoccupée par les allégations concernant le groupe BSGR et est prête à coopérer pleinement avec les autorités américaines et guinéennes ».

La société chercherait à sauver ses investissements. « C’est une guerre et nous allons la gagner. Les Israéliens sont des combattants », maintient Beny Steinmetz qui a engagé une contre offensive médiatique et juridique. Pour l’Israélien, l’enjeu est de taille. En 2010, il a vendu 51 % de ses parts à Vale dans le projet Simandou. Le Brésilien lui a versé 500 millions de dollars et lui a promis 2 milliards supplémentaires dans la phase d’exploitation.

 

lopinion.fr

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