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Publié par bouba/lepays

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La Guinée semble gagnée par le syndrome ivoirien. En effet, depuis quelques jours, l’on y bande des muscles et l’on y hausse le ton. Ceci, à deux pas seulement du deuxième tour de l’élection présidentielle et au lendemain de la signature du protocole d’entente de Ouagadougou. C’est à se demander si le pays est vraiment prêt à aller voter le 19 septembre prochain.

 

Les empoignades et les affrontements auxquels se livrent présentement les partisans de Celou Dalein Diallo et Alpha Condé, sont vraiment de mauvais goût. En effet, la signature du protocole d’entente, il y a quelques jours à peine à Ouagadougou, avait laissé poindre des lueurs d’espoir. Tout devait être mis en œuvre pour éviter la tension lors de ce second tour du scrutin présidentiel. Il apparaît aujourd’hui que très rapidement, les signataires de l’acte l’ont mâchonné et risquent de le jeter à la poubelle. Il est vrai que chacun y va de sa stratégie, convaincu de remporter la victoire ou décidé à tout faire pour amoindrir les chances de l’autre de l’emporter. Mais l’engagement avait été librement pris de jouer franc jeu, et, surtout, de préserver la paix sociale en disciplinant les partisans.

 

Le procès qui a condamné les agissements de deux dirigeants de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont son président, laisse perplexe, tant par son déroulement que par le verdict qui condamne les intéressés à la prison ferme. Au-delà des invectives qui fusent de toutes parts, la question se pose de savoir quelle en était vraiment l’opportunité et quel en serait l’impact sur le processus de sortie de crise amorcée récemment ? De même, l’on est en droit de s’interroger sur le rôle qu’ont pu jouer ou que devraient jouer le chef de l’Etat par intérim le général Sékouba Konaté, et les membres du Comité national de transition (CNT). Avaient-ils même le droit d’agir sur la tenue du procès ? Quelle emprise ont-ils réellement sur le cours même du processus, avec ces affrontements qui s’intensifient ? Ce procès vient jeter de l’huile sur le feu, car le verdict prononcé met dans l’embarras. Pour les uns, il tombe au mauvais moment. N’aurait-il pas fallu le retarder pour éviter toute répercussion éventuelle sur le cours du processus ? Le camp Condé rit sans doute sous cape, lui qui n’a jamais dissimulé ses reproches à l’égard des dirigeants de la CENI. Mais n’est-ce pas inquiétant de mettre le président de la CENI en difficulté à quelques jours seulement du scrutin ? Que cherche-t-on réellement ? Le report de la date du second tour ? Ne serait-ce pas une justice un peu trop hâtive, un semblant de machinations ? Cacherait-on des desseins politiques inavoués ? Certes, il y aura appel, mais l’impact sur le processus n’est pas à négliger.

 

Le camp Alpha Condé peut se montrer satisfait, car il aura tout fait pour ne pas compromettre ses chances de gagner au second tour. Une stratégie payante pour l’opposant historique qui avait dit qu’il acceptera les résultats des urnes en cas de transparence du scrutin et surtout qu’il emprunterait les voies de recours légales en cas de contestation. Mais ne sera-t-il pas tenté de faire de la récupération politique de ce verdict ? En plus des alliances politiques, Alpha Condé bénéficie aussi du soutien des notables de certaines régions. Il gagne sans doute du terrain. Mais sera-t-il en mesure de constituer un véritable front pour barrer la route à son adversaire ? Celou Dalein Diallo a pour lui les données des urnes au premier tour. Par ailleurs, il dispose d’autres atouts : le ralliement d’autres ténors mais surtout l’expérience du terrain pour avoir géré la Guinée en tant que chef du gouvernement sous le général Conté pendant dix ans. Ce n’est pas peu en matière de visibilité, de connaissance de dossiers et de relations humaines.

 

Mais d’ici aux urnes, il faudra travailler à mettre fin aux affrontements, à contenir les militants de base. Car, ce procès est loin d’avoir résolu les problèmes. Même si le CNT le considère comme un non- événement. Ce nouveau climat, fait d’incertitudes, semble donner raison au premier ministre Jean Marie Doré qui entendait clarifier les rapports entre la CENI et l’administration centrale. D’autant que l’impression dominante est que l’on a à cœur de torpiller le processus. Ce qui pourrait conduire à nouveau la médiation à entrer en scène. Surtout si l’on n’avait pas pris le temps de discuter de toutes les questions qui fâchent. A présent, tout dépend de la bonne volonté des deux candidats, et en général de la bonne foi de tous les acteurs politiques. Mais alors pourquoi cet acharnement à décapiter le processus à une phase aussi délicate ? Retiendra-t-on finalement la date du 19 septembre comme étant celle des élections ? Aujourd’hui, les Guinéens donnent le sentiment de ne pas être prêts. Font-ils toujours confiance au processus ? Les conditions sont-elles réunies pour organiser des élections propres, équitables, en un temps si bref, et dans la paix ? Les deux candidats au second tour de l’élection présidentielle guinéenne semblent avoir oublié qu’ils ont apposé leur signature au bas du protocole d’entente de Ouagadougou. Par procès et personnes interposés, ils se livrent avant les urnes à un pugilat hors du commun. S’ils continuent de malmener ainsi un document de si grande valeur, que feront-ils donc demain une fois en possession du trône républicain ? Sauront-ils s’abstenir de tripatouiller la Constitution guinéenne ? Comment gèreront-ils les libertés démocratiques ? Prendront-ils au sérieux la demande sociale ? Et que feront-ils des accords internationaux ?

 

Les acteurs politiques guinéens sont bien en passe de rater leur premier grand rendez-vous avec l’histoire de l’Afrique qui se démocratise. Triste destin donc que celui de la Guinée qui a longtemps sombré après avoir tant apporté à la décolonisation du continent. La voilà qui plie à nouveau les genoux, au moment où de nombreux pays africains font le bilan de 50 ans d’indépendance factice. A moins de revenir rapidement à la raison, Alpha Condé et Celou Dalein Diallo nous semblent bien donner l’impression de vouloir renoncer au fauteuil présidentiel au profit de… prétoriens qui n’attendent que l’occasion de venir « balayer la maison ». Ce jour-là, ils ne devront en vouloir qu’à eux-mêmes.

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