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Publié par l'humanité

 

Faute d’une politique cohérente de gestion et de distribution, la Guinée, pays aux ressources hydrauliques immenses, manque cruellement d’eau.

A u pays de l’or bleu, l’eau potable est une denrée rare. Ce n’est pas là le moindre des paradoxes de la Guinée, pays aux richesses naturelles extravagantes, mais classé parmi les plus pauvres du monde. Ses terres, qui connaissent à la saison des pluies les plus fortes précipitations de la sous-région, sont arrosées par près de 1200 rivières et fleuves. Quant aux eaux souterraines, elles sont estimées à 13milliards de mètres cubes par an. C’est ici, sur les verdoyants plateaux du Fouta Djalon, que les fleuves Sénégal, Niger et Gambie prennent leur source, ce qui vaut au pays d’être qualifié de «château d’eau de l’Afrique occidentale».

Cette abondance rend d’autant plus frappante la faillite des politiques de gestion des ressources hydrauliques et d’assainissement de l’eau. Selon l’Unicef, un enfant de moins de 5 ans sur 7 meurt chaque année en Guinée de maladies liées au manque d’hygiène et à la mauvaise qualité de l’eau. «Pourquoi, dans ce pays autrefois baptisé Royaume des rivières du Sud, sommes-nous privés de cette ressource vitale? Sommes-nous des sous-citoyens?» s’indigne Alia Camara, un habitant de Ratoma, dans la banlieue de Conakry. Il y a quelques mois, le jeune homme a participé à la constitution d’une «commission de l’eau» à Hamdallaye, qui a rassemblé plus de 200 jeunes de ce quartier populaire.

Lesquels ont mandaté 10 délégués pour aller protester auprès de la Société des eaux de Guinée contre l’arrêt de la distribution d’eau dans le district. «Le directeur technique de la SEG a invoqué le désastreux état des canalisations, dont il fallait remplacer la majeure partie, relate Alia Camara. Nous avons obtenu de lui l’achat d’un nouveau matériel pour rénover le réseau dans le quartier. Mais le matériel de remplacement, de piètre qualité, a été très mal installé. Aujourd’hui, l’eau n’arrive que deux fois par semaine. Il faut donc faire des réserves.» Et lorsque celles-ci sont épuisées, il faut aller puiser l’eau très loin, au forage ou à l’une des rares bornes de fontaines publiques du quartier.

Une corvée dévolue aux femmes, contraintes de charrier seaux et bidons après une longue attente aux abords boueux des points d’eau. C’est là le quotidien des Guinéennes, en milieu rural comme dans les 25 centres urbains (sur 34) équipés de systèmes d’alimentation en eau. Faisant mine de répondre au mécontentement populaire, la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara, après le coup d’État de 2008, a bien mis les militaires à l’ouvrage pour creuser des forages dans la capitale.

Mais faute d’essence pour alimenter les moteurs des pompes, ces nouveaux points d’eau sont restés inutiles. Et n’ont en rien répondu au problème de fond. Faute de maintenance et d’investissements, les 12 830 km de réseau gérés par la SEG et les 22 unités de traitement que compte le pays se sont vite trouvés submergés par la croissance démographique et l’urbanisation anarchique.

Dans ce domaine, le libéralisme économique du régime militaire de Lansana Conté, qui succéda au dirigisme des deux premières décennies d’indépendance, fut un échec complet. En 1989, sur injonction de la Banque mondiale, l’État guinéen confie la distribution de l’eau à un consortium privé étranger. Saur (groupe Bouygues) et la Générale des eaux remportent le contrat d’affermage pour Conakry et seize autres villes. Une privatisation qui laisse à l’État, via une société publique, la Société nationale des eaux de Guinée (Soneg), la responsabilité des gros investissements nécessaires à l’extension et à la modernisation du réseau.

Si la qualité de l’eau s’améliore, les prix s’envolent, le nombre de nouveaux raccordements augmente peu. Les équipements, eux, se détériorent, entraînant une baisse de production alors même que la demande explose. L’État cumule les déficits, les opérateurs privés empochent les bénéfices. Jusqu’à leur départ, en 2001.

«Toute la question est de savoir si on doit laisser la gestion de l’eau aux logiques financières qui ne garantissent le droit de boire de l’eau potable qu’aux consommateurs solvables», résument les chercheurs Ahmadou Koné Bah, Amadou Diallo et Richard Morin (1) à propos de cette expérience de privatisation.

La situation n’est pas meilleure en milieu rural, où l’aménagement de nouveaux points d’eau reste dépendant de l’aide internationale, suspendue au retour à un pouvoir civil promis par la junte militaire. Mais la démocratie n’est pas la seule condition posée par les bailleurs de fonds. Ceux-ci exigent surtout de profondes restructurations des institutions publiques en charge des politiques de l’eau, sommées, par exemple, de se défaire de leurs divisions des travaux pour les confier au privé.

«Té mouna, yé mouna!» (Pas de courant, pas d’eau!): la complainte est devenue un slogan national en ces temps de transition incertaine. «Tout est à reconstruire dans ce pays. Mais la priorité, c’est l’eau et l’électricité. C’est la base de tout développement, insiste Amadou Diallo, dirigeant du syndicat CNTG. Sans politique d’adduction d’eau, l’eau souillée véhicule des maladies mortelles, comme le choléra. Et sans électricité, tout projet industriel est voué à l’échec. Cinquante-deux ans après l’indépendance, les Guinéens veulent, enfin, en finir avec les pénuries dans un pays d’abondance.



(1) «Approvisionnement en eau des ménages de Conakry», Afrique contemporaine 2007/1, n° 221.

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