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La Guinée nouvelle

Haiti retrouve ses amis perdus

 http://www.bourse-des-voyages.com/com/images/cartes/carte-haiti.gif- Une semaine après le tremblement de terre qui a fait des dizaines de milliers de sans-abri au sein de la population haïtienne, la République dominicaine, voisine insulaire d’Haïti, est en train d’être transformée en base d’opérations humanitaires, depuis les soupes populaires frontalières aux convois routiers, en passant par les entrepôts et les dispenses de visa pour les travailleurs humanitaires.

Les travailleurs humanitaires du gouvernement dominicain se montrent pourtant circonspects à la perspective de voir affluer les migrants haïtiens : les deux pays se partagent 78 000 kilomètres carrés d’île, divisés par une frontière de 380 kilomètres, qui démarque leur passé sanglant et leur présent politique délicat, marqué d’allégations répétées de discrimination raciale à l’encontre des Haïtiens.

« Nous serons critiqués si les gens ont l’impression que nous jetons les Haïtiens dehors, mais comment en accueillir autant ? Il y en a des milliers, maintenant, dans les hôpitaux frontaliers. Vont-ils vouloir partir ? ... On ne peut pas subvenir aux besoins de tous », a dit à IRIN Edwin Luciano, directeur des services d’aide aux victimes de catastrophes, à Saint-Domingue, capitale de la République dominicaine, trois jours après le séisme en Haïti.

« On nous juge à la lumière des actes que nous avons commis dans le passé ; nous ne pouvons pas y échapper », a ajouté M. Luciano, qui dirige également le centre gouvernemental des opérations d’urgence. Selon M. Luciano, qui travaille depuis 20 ans dans le secteur de l’aide aux victimes de catastrophes, le séisme du 12 janvier était un des plus complexes jamais survenus, en raison de ces sensibilités sociopolitiques.

Le passé

En 1937, pour renforcer son pouvoir, le président Rafael Trujillo avait ordonné le massacre de plus de 15 000 Haïtiens en République dominicaine.

En 2005, la Cour interaméricaine des droits humains avait jugé que le système dominicain d’obtention de la nationalité était anticonstitutionnel et qu’il violait les droits de deux enfants à qui l’on avait refusé de délivrer des actes de naissance. Sans document attestant leur nationalité, les enfants ne pouvaient être scolarisés, comme c’est le cas de nombreux enfants dominicains d’origine haïtienne, selon les organismes de défense des droits humains des deux pays.

Les personnes d’origine haïtienne n’ayant pas de permis de séjour en République dominicaine sont périodiquement rapatriées en masse et par la force, selon le Groupe d’aide aux rapatriés et réfugiés (GARR), organisme de coordination des organisations non gouvernementales (ONG) et organismes de défense des droits humains haïtiens. Selon les estimations, quelque 800 000 Dominicains d’origine haïtienne vivent actuellement en République dominicaine.

Le présent

Dans les deux pays, les responsables des Nations Unies ont dit que la République dominicaine serait la principale base logistique des opérations humanitaires menées en Haïti : l’aéroport d’Haïti ne comprend en effet qu’une seule piste d’atterrissage, les capacités de coordination du pays sont compromises et son réseau téléphonique se remet lentement des suites de la catastrophe.

« La pression est extrême, en Haïti, aujourd’hui. Nous recherchons tous les moyens possibles de la diminuer : cette frontière entre les deux pays est une bouée de sauvetage », a déclaré à IRIN Andrew Stanhope, coordinateur logistique des Nations Unies, depuis Port-au-Prince, capitale d’Haïti.

Les premiers envois de secours ont commencé à arriver en Haïti sous escorte policière onusienne depuis l’aéroport de Barahona, un port situé sur la côte sud dominicaine, et la base militaire de San Isidro, à 25 kilomètres à l’est de Saint-Domingue.

Une péniche de débarquement sera également mise en place à Barahona pour transporter les secours à Jacmel, la quatrième ville haïtienne, située sur la côte sud, où plus de 10 000 personnes ont été déplacées. La société américaine de transport DHL doit également ouvrir sous peu un entrepôt à l’aéroport Las Americas de Saint-Domingue pour y stocker l’aide d’urgence.

« Je travaille depuis de nombreuses années dans le secteur humanitaire, et c’est la première fois que je vois un gouvernement et ses citoyens agir aussi rapidement : tout ce que les Nations Unies ont demandé a été accordé », a dit à IRIN Valérie Julliand, Coordinatrice résidente des Nations Unies en République dominicaine.

La réaction dominicaine est sans précédent, a-t-elle dit. « Des dispenses de visa pour les humanitaires en transit ? Pas de problème. Une aide logistique dans les bases militaires pour entreposer le matériel ? Accordée. Une soupe populaire mobile tout équipée ? Matériel et personnel sont en place le long de la frontière. Une coopération pour ouvrir un couloir humanitaire afin d’acheminer les secours jusqu’en Haïti ? Accordée ».

Interrogée sur la manière dont les Nations Unies prévoient de gérer l’afflux prévu de migrants haïtiens en quête de secours et d’une aide médicale en République dominicaine, Mme Julliand a déclaré que les Nations Unies soutiendraient les efforts déployés par le gouvernement en vue de porter secours aux rescapés du séisme.

Selon M. Luciano, des services d’aide aux victimes de catastrophes, le gouvernement dominicain ne sait pas encore pendant combien de temps ni de quelle manière il pourra apporter son aide. « Nous devons nous montrer extrêmement prudents ; dans le cas contraire, nous risquons d’être critiqués et condamnés ».

 

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