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La Guinée nouvelle

JUSTICE EN GUINEE: mettre la pédale douce

La Guinée est écartelée entre deux choix pour sa sortie de crise. Il y a les partisans d’une justice ici et maintenant afin d’exorciser les démons du 28 septembre 2009 et ceux qui prônent la prudence et privilégient le succès de la transition politique avant tout. Dans le premier lot, se trouvent les victimes des graves exactions du 28 septembre, les défenseurs des droits humains et la Cour pénale internationale.



Tous ont une légitime raison de voir la lumière faite sur ces événements et les coupables châtiés. Ce sera le point de départ de l’incontournable catharsis par laquelle la Guinée doit passer, pour entrer dans une ère nouvelle. Là-dessus, personne ne peut contester la nécessité d’un tel exercice, passage obligé vers une vraie réconciliation nationale et une réhabilitation de l’armée guinéenne. Mais tout est question de timing. Dans un contexte aussi fragile que celui de la Guinée, il est impératif de sérier les priorités, qui, on le sait, sont aussi urgentes les unes que les autres.



En la matière, nul doute que l’organisation d’une présidentielle à bonne date apparaît comme la priorité numéro un. Et le temps est compté, pour ce faire, puisque le Premier ministre Jean-Marie Doré n’a plus que cinq mois pour réussir ce qui paraît être une prouesse. Si les questions de justice interfèrent dans ce calendrier déjà serré, la transition ne risque-t-elle pas de se prolonger indéfiniment ? Le procureur adjoint de la CPI (Cour pénale internationale), Fatou Bensouda, mesure-t-elle tous les risques liés à une conduite simultanée de la transition et des procédures judiciaires ? Le président par intérim, le général Sékouba Konaté, ne manquera sans doute pas de le lui rappeler. En installant les membres du gouvernement, il a clairement indiqué que sa préoccupation essentielle est l’organisation d’un scrutin juste et libre. Par ailleurs, le général Sékouba, qui parle peu, préfère poser des actes parlants.



En gardant à ses côtés des officiers mis en cause dans le massacre du 28 septembre, il indique clairement que le temps n’est pas encore venu de demander des comptes à l’armée. Il préfère ménager la troupe pour assurer ses arrières et préserver le fragile processus en cours. La realpolitik commande en effet de ménager, pour le moment, tous ceux qui peuvent mettre à mal la poursuite du processus devant aboutir à l’instauration d’un ordre constitutionnel normal.



Pour éviter le scénario catastrophe, un timing minutieux est donc nécessaire dans la gestion de la période devant mener à l’élection. Si les questions judiciaires sont de nature à enrayer la mécanique de sortie de crise, il est certainement préférable de les mettre en stand by, d’autant que les crimes contre l’humanité dont sont accusés certains militaires sont imprescriptibles.



De nombreux exemples à travers le monde illustrent ce caractère implacable de la justice, surtout internationale. De Nuremberg à Arusha, les auteurs de crimes divers sont jugés. La Guinée aussi doit se préparer à un processus qui tienne compte des réalités politiques du pays. Que ce soit aujourd’hui ou plus tard, l’essentiel est que justice soit faite et que l’impunité ne trouve plus nulle part où prospérer en Guinée.


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