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Publié par bouba

 

L’ancien chef d’état major général de l’armée sénégalaise, le général Lamine Cissé chargé de proposer des pistes de réflexion pour la réforme de l’armée guinéenne était ce matin l’invité de nos confrères de la BBC.

Ce, après la publication du rapport d’International Crisis Group. Et pour le général Cissé, l’armée guinéenne est tellement mal organisée avec des recrutements à la pelle qu’elle constitue un danger pour le futur président. Et avec la position confuse du président intérimaire Sékouba Konaté face au second tour, l’armée risque de revenir aux affaires. Guineelive vous propose la synthèse et les recommandations d’International Crisis Group.

Après avoir été mal gérées et utilisées à mauvais escient pendant plusieurs décennies, les forces armées guinéennes constituent aujourd’hui une source potentielle d'instabilité qui pourrait de nouveau plonger la Guinée et sa région dans le chaos. Si elles ne sont pas réformées en profondeur, elles continueront d’être une menace pour un régime civil démocratique. La mise sur pied récente d'un gouvernement de transition et le processus électoral en cours, bien que fragile, constituent une opportunité réelle pour redresser la situation. Une réforme des forces armées mal menée pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l'avenir politique du pays. Une réforme conduite correctement devra relever de nombreux défis techniques, ainsi que redéfinir la relation entre les forces armées et un régime civil, et résoudre le grave problème du financement de l’armée, afin d’avoir des forces armées disciplinées, efficaces et ne pesant pas trop lourd sur le budget national. Le report du deuxième tour de l'élection présidentielle, initialement prévu pour le 19 septembre, a accru les tensions. Bien que l'armée soit restée neutre, elle pourrait saisir l’occasion d’intervenir à nouveau si le processus électoral n’allait pas au bout ou prenait trop de retard. Cela constituerait un important contretemps pour toute perspective de réforme à moyen terme, qui doit être centrée sur le respect et la soumission à un régime civil.

 

La réputation bien méritée qu’a l’armée d’être indisciplinée et récalcitrante à l’idée d’un régime civil démocratique est la conséquence de son passé tumultueux. Les deux premiers présidents du pays ont instrumentalisé les forces armées pour servir leur intérêt politique, permettant à l’insubordination de se développer, et ont acheté le soutien d’officiers contre des avantages et une protection politique. Des mutineries contre les mauvaises conditions de service et des vagues de recrutement non réglementaires ont marqué les dernières années au pouvoir du président Lansana Conté. La junte qui a pris le pouvoir à sa mort en décembre 2008 a aggravé la situation. Son chef, Dadis Camara, a utilisé l’armée contre les opposants politiques, a renforcé les tensions entre la junte et le reste des forces armées, et recruté des milices ethniques.

 

Les forces armées sont aujourd’hui divisées selon des clivages ethniques et générationnels et sont connues pour leur indiscipline, leurs violations des droits de l’homme, leur insubordination et leurs activités criminelles. Alors que les conditions de vie sont difficiles et ingrates pour la plupart des militaires, une poignée d'officiers supérieurs vit dans l’opulence. La gestion financière est entachée de corruption, les institutions de contrôle civiles et militaires sont faibles ou inexistantes. L'armée est pléthorique et mal formée. La confiance de la population en elle étant au plus faible, une réforme serait une étape importante pour aider la Guinée à mettre en place un environnement sûre, propice au développement d’institutions démocratiques.

 

 

Depuis l’arrivée au pouvoir, en décembre 2009, du général Sékouba Konaté comme chef de l’Etat par intérim, une attention nouvelle a été portée à la question de la réforme des forces armées. La discipline de base a été améliorée et les autorités de transition ont accueilli favorablement le rapport, publié en mai 2010, de la mission d’évaluation de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) menée par la Cédéao. L’armée est jusqu’à présent restée neutre lors du long et délicat processus électoral. Dadis Camara, dont les soutiens au sein de l’armée sont de moins en moins nombreux, est toujours en exil au Burkina Faso et efficacement maîtrisé.  Cependant, l’importance réelle que les officiers supérieurs accordent à une vraie réforme reste encore à démontrer. Le nouveau président sera confronté à une série de dilemmes qui l’entraîneront dans des directions contradictoires. Il devra dans un premier temps réussir à obtenir l’adhésion du plus grand nombre de militaires à l’idée d’une réforme, et faire coïncider les attentes des troupes avec les besoins réels du pays. Il sera difficile de trouver le point d’équilibre entre la nécessité de préserver l'armée et celle de réduire ses effectifs et de réformer sa gestion financière. Même si le président va devoir satisfaire certaines préoccupations de l'armée pour assurer sa sécurité et celle de la transition à court terme, il ne faudra pas laisser longtemps de côté les questions délicates. On trouve au sein de l’armée un mélange de réel soutien à la RSS et de peur de perdre des emplois et des privilèges ainsi que d’être exposés à de possibles sanctions pour les violations des droits de l'homme. Ces craintes sont exacerbées par la conscience de la profonde hostilité que l’armée suscite, surtout depuis le massacre des partisans de l'opposition du 28 septembre 2009.

 

Le risque existe de voir l'armée se montrer prête à abandonner le pouvoir formel tout en cherchant à conserver une influence significative en coulisses et finissant par refuser de se subordonner à l'autorité civile sur les questions qui la concerne. C’est ce qui est arrivé en Guinée-Bissau, où la RSS menée par l'Union européenne et l'ONU a échoué, l'armée ayant réussi à monter les différents acteurs internationaux les uns contre les autres. Une bonne coordination internationale sera indispensable pour éviter un tel scénario en Guinée.

 

L'objectif du processus de réforme est d'établir une force beaucoup plus petite, responsable devant le pouvoir civil et capable de répondre aux besoins sécuritaires du pays. La priorité la plus urgente doit être de faire en sorte que la plus grande partie possible de l'armée comprenne et accepte cet objectif sans la laisser dicter la nature et le rythme du processus. Les défis à long terme seront d'améliorer le contrôle du pouvoir civil sur l’armée, de réduire la taille de ses effectifs et d'établir la transparence financière. Ces mesures doivent aller de pair avec une amélioration des conditions de vie et de travail des forces armées. Le président doit aussi résister à la tentation d'utiliser l'armée à des fins partisanes et chercher plutôt à s'appuyer sur sa légitimité démocratique pour gouverner efficacement.

 

 

Les officiers supérieurs doivent être conscients qu'une réforme globale est dans l’intérêt de l’armée et que toute tentative de gêner sa mise en œuvre entamerait leur crédibilité, renforcerait les sentiments anti-militaires des Guinéens, empêcherait l’armée de prendre part à des missions internationales de maintien de la paix; engendrerait une instabilité politique et aboutirait à un plus grand isolement du pays, ainsi qu’à d’éventuelles sanctions internationales comme des interdictions de voyager pour les officiers et leurs familles.

 

La communauté internationale ne sera probablement pas autant impliquée dans la réforme du système de sécurité de la Guinée qu’elle l'a été au Libéria et en Sierra Leone, même si elle offrira probablement son aide et son soutien à la formation. La plupart des bailleurs de fonds sont dans l’attente, prêts à négocier leur aide avec une nouvelle administration civile. Cette aide devra être généreuse et à long terme, parce que la situation restera fragile pendant quelque temps encore, et que tout retour en arrière mettrait en péril les acquis dans la région. La réforme de l’armée nécessitera donc un effort soutenu, et exigera et alimentera tout à la fois une réforme plus large du secteur public, avec des répercussions importantes pour l’Afrique de l’Ouest.

 

RECOMMANDATIONS

 

Au nouveau president:

1.  Elaborer une stratégie de sécurité nationale, dont un Livre blanc, pour identifier le rôle et le mandat des forces de sécurité et de défense et obtenir un consensus national autour de la réforme, y compris auprès des forces armées.

 

2.  Entamer immédiatement des discussions avec les forces armées en vue :

 

a) d’un gel du recrutement et la réalisation, avec les bailleurs de fonds et l’apport technique de la Cédéao, d’un recensement exhaustif de l’armée comme première étape pour évaluer les besoins en ressources ;

b) de la démilitarisation des structures administratives, dont celles qui ont en charge le contrôle de la gouvernance de l’armée, à travers notamment une diminution du nombre d’officiers travaillant à l’Intendance et dans les autres structures dépendant du ministère de la Défense ;

c) du lancement d’un examen complet de la gestion des forces armées qui privilégiera la transparence, la restauration de la discipline et la clarification du statut juridique du personnel. La priorité doit aussi être donnée à l’amélioration de la gestion des stocks d’armes.

3.  Protéger l’armée de toute manipulation politique en :

 

a) s’assurant que les nominations d’officiers supérieurs soient soumises aux recommandations des organes de réglementation tels que le Conseil national de la Défense, le ministère de la Défense et le commandement des forces armées ;

b) renforçant les capacités de contrôle civil avec un programme de formation des membres des principales institutions de contrôle ;

c) résistant à la tentation d’utiliser les forces armées à des fins partisanes et en reconnaissant que toute tentative de les politiser porterait préjudice à l’institution ;

d) améliorant les conditions de service, afin de venir à bout du malaise des militaires et de la corruption qui sévit au sein de l’armée.

A l’armée:

 

4.  Continuer à soutenir en toute bonne foi les efforts de réforme et travailler en vue d’un engagement commun pour bâtir une force gérée de manière professionnelle.

 

5.  Coopérer pleinement aux efforts visant à déterminer la taille réelle des forces armées et participer en toute bonne foi aux discussions pour déterminer leur taille future.

 

6.  Participer pleinement aux efforts visant à rétablir la discipline et à mettre fin à l’injustice au sein des forces armées, notamment en renforçant les mécanismes d’enquête sur les cas de violence subie et/ou commise par des militaires.

 

7.  Coopérer pleinement à tous les efforts du gouvernement pour mettre en place une gestion financière transparente ; donner la priorité à cette question de transparence dans la réforme de la gestion interne ; envisager à cette fin la création de deux grandes chaînes de commandement – l’une s’occupant des opérations, l'autre du soutien logistique - de manière à adapter la structure administrative aux besoins.

 

 

A la Cédéao, aux principaux bailleurs de fonds et aux autres membres de la communauté internationale:

 

8.  La Cédéao et le Bureau des Nations Unies en Afrique de l'Ouest (Unowa) devraient faciliter une table ronde des bailleurs de fonds, avec la participation du nouveau président, pour discuter et établir le cadre d'un appui international à la RSS. Les pays donateurs doivent être conscients que la réforme de l'armée en Guinée sera une entreprise coûteuse et de longue haleine, mais porteuse de bénéfices considérables pour la Guinée et tous ses voisins.

 

9.  Les pays européens, et en particulier la France, ainsi que les Etats-Unis devraient, en liaison avec la Cédéao, soutenir la mise en place d’une équipe militaire internationale de conseil et de formation pour donner des conseils stratégiques et opérationnels pour un programme de formation à long terme.

 

10.  Tous les partenaires internationaux de la Guinée devraient :

a) appuyer les acteurs nationaux et régionaux afin de renforcer l'appropriation nationale de la RSS ;

b) donner la priorité à une bonne coordination des bailleurs afin que les militaires qui voudraient préserver leurs privilèges ne puissent monter ces derniers les uns contre les autres, comme cela s’est produit en Guinée-Bissau ;

c) conditionner leur soutien à la réforme aux progrès accomplis dans la lutte contre la mauvaise gestion financière au sein des forces armées et à la dépolitisation de leur gestion; aider à mettre en place des structures de gestion financière solides grâce à un déploiement d'experts internationaux ;

d) soutenir le gouvernement démocratique contre toute tentative militaire de résister aux réformes, notamment en continuant à envoyer des signaux forts sur le caractère inadmissible d’une intervention militaire sur la scène politique et en indiquant clairement que toute tentative de faire dérailler le processus de réforme par le désordre sera sanctionnée. Si le nouveau président le demande, la Cédéao devra envisager d'offrir un soutien sécuritaire adapté afin de permettre au nouveau président de contrer les éventuels opposants à la réforme au sein des forces armées.

Au Conseil de sécurité de l’ONU:

 

11.  Etre conscient qu’une réforme de l'armée nécessitera, autant qu’elle la renforcera, la stabilité régionale, de prendre en compte l’état de la Guinée quand il faudra examiner le niveau de retrait de la mission de l'ONU au Liberia, en ralentissant ce processus si aucun progrès significatif n’a eu lieu en matière de réforme de l’armée en Guinée ou si la situation dans ce pays se détériore.

 

Communiqué

 

Si les forces armées de Guinée ne sont pas réformées en profondeur, elles continueront à constituer une menace pour un régime civil démocratique, risquant de plonger le pays et sa région dans le chaos.


Guinée: réformer l’armée, le dernier rapport d’International Crisis Group, est publié dans un contexte de tensions accrues par le report de dernière minute du second tour de l’élection présidentielle qui devait se tenir le 19 septembre. L’armée est restée remarquablement neutre jusqu’à présent mais doit soutenir le processus démocratique jusqu’au bout, en s’abstenant d’intervenir de nouveau sur le plan politique. La communauté internationale doit veiller à ce que l’élection ait lieu sans trop de retard.

 

Le rapport montre en détails combien une réorganisation à moyen terme des forces armées est essentielle pour résoudre les dysfonctionnements politiques du pays et pour assurer à long terme la stabilité de l’Afrique de l’Ouest. La mener correctement obligera à relever de nombreux défis techniques ainsi qu’à redéfinir la relation entre les forces armées et un régime civil.

 

“Après avoir été mal gérées et utilisées à mauvais escient, les forces armées sont une source d’instabilité”, selon Mohamed Jalloh, analyste Afrique de l’Ouest de Crisis Group. “Réformer l’armée, connue pour son indiscipline, ses violations des droits de l’homme et sa méfiance à l’égard d’un pouvoir civil, nécessitera une forte volonté politique et un soutien politique et financier à long terme de la part des bailleurs de fonds ”.

 

La réputation d’indiscipline bien méritée de l’armée est la conséquence de son passé tumultueux. Depuis que le général Sékouba Konaté est arrivé au pouvoir comme chef de l’Etat par intérim en décembre 2009, trois mois après le massacre de manifestants à Conakry, une attention nouvelle a été portée à la question d’une réforme des forces armées. Les autorités de transition ont pris plusieurs mesures pour améliorer la discipline de base et sécuriser la transition vers un régime civil. Mais l’importance réelle que les officiers supérieurs accordent à une vraie réforme reste encore à démontrer.

 

L’objectif de la réforme est de parvenir à une armée plus petite, responsable devant un gouvernement civil et capable de répondre aux besoins sécuritaires. Il faudra en priorité faire en sorte qu’un plus grand nombre de militaires comprenne et accepte cet objectif sans les laisser dicter la nature et le rythme du processus. Les défis à long terme sont d'améliorer le contrôle civil sur l’armée, d'établir la transparence financière et de mettre fin à l’impunité de ceux qui bafouent les droits de l'homme. Cela devra aller de paire avec une amélioration des conditions de vie et de travail des soldats. Le nouveau président civil devra résister à la tentation d'utiliser l'armée à des fins partisanes, et devra s'appuyer sur sa légitimité démocratique pour gouverner efficacement.

 

Les officiers supérieurs doivent être conscients qu'une réforme globale est dans l’intérêt de l’armée et que toute tentative pour gêner sa mise en œuvre entamerait leur crédibilité et renforcerait les sentiments anti-militaires des Guinéens. Elle empêcherait aussi l’armée de prendre part à des missions internationales de maintien de la paix ; engendrerait de l'instabilité politique ; et aboutirait à un plus grand isolement du pays. La communauté internationale offrira probablement son aide et son soutien à la formation. Ces offres devront cependant être généreuses et durables, puisque la situation restera fragile pendant quelques temps encore. Un quelconque retour en arrière remettrait en cause les acquis dans la région.

 

“Il y a un risque que les forces armées veuillent imposer leur propre ordre du jour sur le processus de réforme”, souligne Richard Moncrieff, directeur de projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. “Il est vital que la communauté internationale reste engagée après l’élection. Sinon les investissements importants déjà realisés pour stabiliser le pays et l’Afrique de l’Ouest seront mis en péril”.

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