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Publié par afp

 

 

Omar el-Béchir est venu au Kenya "en tant que voisin" et a pu repartir libre dans son pays en fin d'après-midi. Plus tôt dans la journée, Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l'Union européenne, avait appelé le Kenya "respecter ses obligations" et d'arrêter le président soudanais, sous le coup de deux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide.

"La haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères est préoccupée par la visite du président Omar el-Béchir au Kenya, un pays qui a ratifié le statut de Rome instituant la CPI", indique un communiqué de ses services.

"Elle rappelle fermement qu'il importe que tous les Etats membres de l'ONU respectent l'application des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l'ONU. (...) Elle demande instamment au Kenya de respecter ses obligations de droit international et d'arrêter et de remettre au tribunal les personnes inculpées par la CPI."

INVITÉ "EN TANT QUE VOISIN"

M. Béchir est sous le coup de deux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale, le premier émis en mars 2009 pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis sept ans, le second en juillet dernier pour génocide. Il s'est rendu vendredi à Nairobi pour assister à la cérémonie de promulgation de la nouvelle Constitution kenyane. Ayant ratifié le statut de Rome, traité fondateur de la CPI, le Kenya est normalement dans l'obligation d'appréhender le président soudanais.

Le Kenya a justifié l'invitation du président soudanais à venir "en tant que voisin". "Nous n'avons à nous excuser à propos d'aucun de nos invités parce que je suis sûr que nous améliorons la paix, la sécurité et la stabilité dans la région et non le contraire", a ajouté M. Wetangula.

Pourtant, le gouvernement kenyan n'est pas uni devant cette décision. Le vice-ministre de la défense, David Musila, a estimé que "le Kenya s'est couvert de honte en invitant le président Béchir à visiter le pays", appelant à l'arrestation immédiate de celui-ci s'il se trouvait toujours sur le territoire kenyan.

PEUR DE RENDRE DE COMPTE À LA CPI

Les analystes estiment que le refus des dirigeants africains de coopérer avec la CPI est due à la crainte d'avoir eux-mêmes un jour à rendre des comptes à cette dernière.

"Par leur invitation à Béchir, les dirigeants kenyans s'offrent une assurance pour le cas où ils auraient à faire face un jour à des mandats d'arrêt de la CPI. En attendant, ils rappellent que le talon d'Achille de la justice pénale internationale reste la coopération des Etats", estime Lars Waldorf, spécialiste de droit international au Centre des droits de l'homme de la faculté de droit de York, au Royaume-Uni.

Pour Ahmed Hussein Adam, porte-parole des rebelles darfouriens du Mouvement pour la justice et l'égalité, la plupart des dirigeants africains qui se sont rangés derrière le président soudanais le font "parce qu'ils craignent pour eux-mêmes, pas parce qu'ils aiment Béchir".

"Ils le soutiennent à cause de leurs propres dossiers parce qu'ils ont commis de multiples violations de droits de l'homme contre leur peuple", a-t-il dit, interrogé par l'AFP depuis Londres. La CPI pourrait prochainement demander l'arrestation de Kényans impliqués dans les violences postélectorales de 2007-2008 qui avaient fait plus de mille morts.

Malgré l'émission de mandats d'arrêt, le président soudanais a voyagé dans différents pays d'Afrique sans jamais être inquiété.

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