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Publié par sabine cessou

La transition en Guinée n’est pas très bien partie. Jean-Marie Doré, un opposant nommé le 21 janvier au poste de Premier ministre, a mis plus de trois semaines à former son gouvernement. Cet exécutif, dont la composition a été annoncée lundi soir, voit cohabiter les militaires de l’ancienne junte et leurs amis, 13 personnes sur 34 au total, avec des syndicalistes et des politiques. Aucun grand leader politique ne s’est risqué à y prendre place, se réservant pour l’élection présidentielle, qui doit être organisée dans les six mois.


Un délai que, à Conakry, beaucoup jugent déjà trop court. «Les listes électorales sont prêtes, mais il faudra revoir la Constitution pour réduire la durée du mandat présidentiel, fixer une limite d’âge pour les candidats et définir le nombre de mandats renouvelables», explique Rabiatou Diallo. Cette dirigeante syndicale, très populaire, n’a décroché aucun poste au gouvernement. Elle a cependant été nommée par le général-président Sékouba Konaté à la présidence du Conseil national de transition (CNT), organe consultatif chargé de revoir toutes les lois du pays et contre-pouvoir important.


La grande inconnue porte sur la candidature de Jean-Marie Doré. En se refusant à clarifier ce point, le Premier ministre, âgé de 75 ans, fait planer une menace sur la transition dont il a la charge. Le même flou artistique avait été cultivé par Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte, autour de sa propre candidature. L’opposition et la société civile avaient protesté contre cette éventualité, le 28 septembre, dans un stade de Conakry. La manifestation avait tourné au massacre, les militaires ayant tiré dans la foule et violé des femmes en pleine rue, faisant au moins 156 morts.


Désorganisée et indisciplinée, l’armée fait peser une lourde hypothèque sur la Guinée. Sa restructuration, seconde priorité du nouveau gouvernement, donnera sans doute du fil à retordre. «Chaque militaire doit appartenir à une unité organique, explique à Libération Mamadou Toto Camara, général de division et ministre de la Sécurité. Une fois qu’on parviendra à faire des équipes par section, compagnie et division, il faudra mettre en place un conseil de discipline et un tribunal militaire.» La réforme reçoit déjà l’appui des Nations unies, qui ont envoyé à Conakry des experts africains.


Quant au général Sékouba Konaté, président par intérim, il reste de facto ministre de la Défense. Ce poste ne figure nulle part dans le gouvernement de transition. Le général-président, qui a promis le 6 janvier de rendre le pouvoir aux civils, a fait souffler un vent de changement. Il visite sans relâche les garnisons, jouant à la fois de la carotte et du bâton. Depuis début janvier, des patrouilles mixtes de militaires, gendarmes et policiers circulent à Conakry, pour demander leurs papiers aux nombreux hommes en kaki qui traînent en ville. Les barrages de l’armée sur les routes du pays commencent à être levés, et il est question de suspendre, dans les semaines qui viennent, la solde de tout soldat qui n’aura pas fait acte de présence et rendu son arme. La détermination du général Konaté, que ses amis disent pressé de quitter le pouvoir, ne sera pas de trop pour mener la transition à son terme.

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