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La Guinée nouvelle

La Guinée et l’impossible retour à une vie politique normale

 

Le Président Alpha Condé a été victime d’un attentat politique en juillet 2011. Madame Aissatou Boiro a été assassinée par des inconnus dans un quartier résidentiel de Conakry. Moussa Dadis Camara, Président autoproclamé de Guinée, a failli être tué par son aide de camp, Sekou Touré, père fondateur de la Guinée moderne par sa résistance à la France, a échappé à de nombreux coups d’Etat comme le Président Conté qui lui a succédé. 

 

La Guinée est en Afrique de l’Ouest une singularité par le décalage entre le discours de ses cadres et leurs pratiques sur le terrain. La Guinée est considérée comme le château d’eau de l’Afrique et un scandale géologique par la somme des minerais que ce pays détient et qui ne servent pas à son peuple au nom de la corruption et de la cupidité de ses dirigeants. La corruption est un phénomène normal dans toute activité commerciale, dès lors qu’il y a des intérêts en jeu. 

Ne soyons pas naïfs et il faut le dire. En revanche la corruption, phénomène régulateur à un niveau faible des activités et des échanges de bons procédés, devient un virus lorsque cette corruption est portée à un niveau national et devient le sport des élites africaines. Dans la corruption tout le monde ne joue pas à armes égales. Les Occidentaux, détenteurs de l’expertise des dossiers économiques, juridiques et financiers dans leurs relations avec les pays Africains, contraignent ceux-ci à accepter un niveau de corruption qui les favorise. 

 

Les élites africaines ne refusent pas la corruption car la plupart, au-delà des déclarations concernant leurs œuvres en faveur de la souveraineté de leurs pays, de la réaffirmation de l’intégrité des frontières, sont incapables dans la pratique de montrer que leurs pays peuvent résister à des offres venant de l’Occident. La pauvreté et l’incapacité des élites à construire de manière historique et durable les notions d’Etat et de Nation obligent ceux-ci à se servir rapidement au nom de l’urgence des situations personnelles, alors que l’Etat et la Nation se construisent sur la durée. 

 

Il ne s’agit pas d’incriminer les élites guinéennes, elles sont le reflet à un niveau élevé de ce que sont la plupart des élites africaines et pas simplement celles qui sont au gouvernement. Les Africains que nous sommes ne sont pas habitués à l’analyse que je vais développer ici. La plupart des intellectuels africains, membres de la diaspora ou silencieux à l’intérieur des pays africains, critiquent abondamment les principaux Présidents qui nous gouvernent.

Or on constate que ces mêmes élites de la diaspora quand elles rentrent en Afrique se taisent et acceptent la corruption. De plus, les Présidents africains ne peuvent pas tout contrôler et font confiance aux élites qui construisent leur fortune grâce à la corruption. Les Présidents africains ont leurs torts, je ne suis pas leur défenseur mais je m’appuie sur l’analyse des faits politiques, ce dont la plupart d’entre nous n’avons pas l’habitude pour expliquer une situation. 

Qui a assassiné Madame Aissatou Boiro en Guinée ? C’est bien des élites corrompues, membres des différents ministères et autres cabinets du gouvernement guinéen qui n’ont pas accepté que Madame Boiro mette son nez dans leurs affaires vénales. Insulte suprême, c’est une femme et dans le contexte de religion musulmane qui domine la Guinée, pour certains c’est insupportable. Il ne s’agit pas de s’attaquer à la religion musulmane ici, mais de mettre en perspective un des ressorts parmi d’autres qui ont amené les barbares à assassiner Madame Boiro.

Madame Boiro est décrite par ses collaborateurs
comme une femme courageuse, dynamique et incorruptible, âgée de 58 ans, elle laisse un veuf, son mari, et quatre orphelins. Le Président Alpha Condé a failli aussi perdre sa vie en juillet 2011 car son discours sur l’intégrité et l’efficacité n’a pas plus à tout le monde. Voilà l’Afrique qui, derrière les discours, voit certains des pays qui la composent se comporter comme des Etats hors communauté internationale. 


La Guinée a livré à l’Afrique son premier haut fonctionnaire international en la personne de Diallo Telli comme Secrétaire général de l’Union africaine. En revenant chez lui, Diallo Telli a été accusé de corruption et il est mort comme un vulgaire personnage dans le sinistre camp Boiro. Bien entendu, Diallo Telli n’étais pas coupable de la corruption dont l’accusait Sekou Touré.

La corruption est au cœur des pratiques guinéennes et de la plupart des pays africains. Trop habitués à l’arbitraire, les pays africains se lamentent de ne pas occuper la place qui leur revient sur la scène internationale. On a vu certains pays africains pleurer et se désoler de ce que Obama 1 (élu en 2008) n’a pas satisfait leurs attentes. Le Président Obama en visite au Ghana en 2009 avait tracé une feuille de route en demandant aux Africains de structurer leurs démocraties, de mettre en place une meilleure gouvernance et de lutter contre la corruption. 


Force est de constater que l’élection de Obama 2 (2012) n’apportera pas de réponses concrètes dans les relations entre l’Afrique et les Etats Unis car les pays africains ont beaucoup de mal à jouer la transparence et à s’aligner dans ce que les Européens estiment comme étant les voies démocratiques.

L’Europe est aussi gangrenée par la corruption, mais il existe des institutions en capacité de limiter l’impact de la corruption. En Afrique, rien de tel et malheureusement les Africains doivent se mobiliser réellement et les partis de l’opposition qui veulent accéder au pouvoir devront mettre l’accent sur la lutte contre la corruption et dire aux populations comment ils comptent faire pour lutter contre ce fléau.

 
 

legriot.com

 

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