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La Guinée nouvelle

La peur doit réellement changer de camp

 

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La Guinée traverse aujourd’hui une période cruciale de son histoire. Un pays si magnifique dans sa nature, avec des hommes et femmes qui ne méritent pas de vivre dans une telle ambiance, faite d’invectives, d’appels à la destruction, au meurtre et même au génocide. Faisons juste un petit tour du coté de certains de nos sites Internet pour voir l’ampleur des dégâts. Devons nous nous résigner à aller à « l’ultime clash » ? Je crois que malheureusement oui. 

Je vais commencer par vous raconter une histoire, la mienne, qui n’est qu’une parmi tant d’autres histoires de guinéens. 

Je suis né à Dakar et je suis guinéen. Mon père a fuit la dictature de Sékou Touré pour s’établir dans la capitale du pays de la Téranga. J’y ai grandi et fait mes études primaires et secondaires. Dans ce pays j’ai subi toute sorte de railleries par rapport à mes origines étrangères, des moqueries de gamins insouciants. La mort de Sékou m’a trouvé à Dakar. Je me souviens de ce jour, car étant au CM2, mon instituteur n’avait pas manqué de dire devant toute la classe que mon président était mort. « Mon Président ! ». Et moi qui croyais que c’était Diouf le mien ? Depuis ce jour, du haut de mes douze ans, je me suis dis que je rentrerai chez moi. 

En 1985, mon père est rentré définitivement en Guinée, me laissant avec mon oncle qui s’était enraciné dans ce pays depuis la fin de la guerre 39-45. Avec lui ma mère et mes deux sœurs qui, elles, ne comprenaient rien à ce qui leur arrivait. L’année suivante, je suis parti pour la première fois en vacances en Guinée. 

Oh le choc à l’arrivée à l’aéroport de Conakry ! Imaginez vous quelqu’un qui à toujours vécu dans un pays sahélien à la pluviométrie incertaine et qui débarque à Conakry en plein mois d’Août sous des trombes d’eaux.  La première nuit à Mafanco fut cauchemardesque, avec des moustiques comme je n’en avais jamais vu. Et cette odeur, cette odeur de « sasseri » qui vous tient à la gorge ! Dès le lendemain, nous primes, mon oncle et moi, la direction du fouta. La Guinée s’ouvrait à moi. A la sortie de Conakry, en allant vers Coyah, la vision des premiers contreforts du Fouta Djallon m’avait scotché sur le siège de la voiture. A l’école, on nous avait toujours parlé pendant les cours de Géographie que le fleuves Sénégal et Niger prenaient leur source au Fouta Djallon. Cela c’était dans les livres, un peu loin de moi. Là j’avais la réalité en face. Une vision idyllique faite de montagnes, de vallées, de cascades, d’herbes folles aussi grandes qu’un homme sur le bas côté de la route, et cela jusqu’à ce qu’on arrive au Fouta. J’étais subjugué. Je trouvais ma famille déjà installée, mon père ayant investi ses économies dans le transport et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

Après les vacances ce fut le retour tant redouté à Dakar. Je me souviens avoir pleuré à chaudes larmes au moment de dire au revoir à mère. Je ne voulais pas quitter ce pays qui m’avait tant émerveillé. Toujours est-il que je suis rentré au Sénégal et durant les années qui ont suivi, je ne pensais plus qu’à la Guinée jusqu’à ce que mon père revienne me chercher. J’avais déjà mon Brevet en poche au son du morceau de Doura Barry : « les filles de mon pays ». 

Qu’elle ne fut ma surprise quand en Guinée je fus obligé de reprendre la 3ème sous prétexte que mon diplôme n’était pas valable en Guinée ? Ce fut le début d’une désillusion tellement inattendue que je ne vis pas les autres arriver. Un jour le censeur de mon collège me dit textuellement que je devais faire attention car ils ne disposaient sur moi d’ « aucun papier avec lequel ils pouvaient se torcher le c… » . Au lycée ce fut pire, après s’être moqué de mon accent sénégalais que j’ai d’ailleurs perdu depuis, on commença à m’accuser ainsi que d’autres venants du Sénégal ou d’ailleurs d’être à l’origine de tous les troubles que l’établissement connaissait. On nous appelait « les venant » par rapport à ceux qui avaient commencé leur scolarité en Guinée. Depuis lors je pris conscience de la notion de guinéens de l’intérieur et ceux de l’extérieur.  

Pourtant je poursuivis ma scolarité tant bien que mal avec moult péripéties dont je vous passerais les détails. A l’université de Conakry, je rencontrais un autre monde. Des étudiants venant de tous les coins de la Guinée s’y étaient donné rendez-vous. En première année, nous n’étions qu’une dizaine. De la vient ma foi en la Guinée. Il y’avait dans ma classe toute sorte d’ethnies : des peulhs, malinkés, soussous, guerzés, konoh etc….. Peut-être parce que nous n’étions pas nombreux que nous fûmes capables de nouer des relations aussi fraternelles ? Je ne sais pas. Toujours est-il que depuis lors ces personnes sont mes frères et sœurs.  

La galère nous a soudé. Je me rappelle de l’année ou le recteur de l’université avait voulu fermer notre chaire prétextant un manque de financement. Ce jour là, nous nous sommes levés comme un seul homme, malgré une année entière perdue à faire des va et vient entre le rectorat, le décanat et l’assemblée nationale, nous eûmes gain de cause car nous pûmes continuer nos études à Cuba avec un ordre de mission signé de la main du Président Conté. A Cuba nous étions toujours en famille jusqu’à ce que nous ayons pu finir nos études et que chacun pût prendre son destin en main. Mes amis de galère, j’en suis sûr se reconnaîtrons à travers ce texte. 

Aujourd’hui je me retrouve depuis près d’une décennie en exil. Exilé économique, je l’assume, car en Guinée je n’avais aucun « bras long » pour me soutenir et intégrer le système de mon pays à qui je devais tant. Mon seul appui était mon père qui entre temps était devenu un commerçant réputé de la région. Mais je ne voulais pas me résigner à vivre à ses crochets après tous les sacrifices qu’il a consentis pour moi. Et pourtant c’est lui qui a payé ma première année d’études au Pays-Bas. C’est pour cela quand Alpha Condé parle des commerçants et de la « mafia », je me sens concerné. Mon père à gagné et continue de gagner honnêtement sa vie. Bref venons en au réel objet de mon texte. 

Il se trouve que je me pose des questions : pourquoi un pays si bien doté par Dieu en richesses naturelles et humaines doit-il toujours sombrer dans la violence ? Pourquoi cette haine alors que ne sommes pas si nombreux que ça ? Pourquoi ce racisme tellement abjecte et ce front anti peulh ? J’avoue que cette question m’empêche de dormir. Je sais que aujourd’hui certains extrémistes veulent mettre ce beau pays à feu et à sang, au nom d’une idéologie digne des années trente en Europe. Et pourtant en tant que peulh, on m’a attaqué dans mon essence, dans ce que je suis, ce qui a réveillé un instinct de survie jusque là ignoré. C’est tellement drôle quand je me revoie il n’y a pas si longtemps. 

En 2006, juste après son éviction comme premier ministre, Cellou Dalein est venu en France et a assisté à mon mariage célébré à la salle des fêtes de l’université Paris 8 de Saint-Denis en France. Je n’étais pas du tout content car il n’était pas invité et il en a profité pour faire une petite promotion de son parti naissant. Je me disais que mon mariage n’était pas une tribune politique. Je lui en avais gardé une dent. Mais depuis lors, je suis un de ses fervents partisans. J’ai suivi la campagne de calomnie dont il a été l’objet par beaucoup de sites Internet guinéens ainsi que par plusieurs personnalités de notre pays. Aurait été juste sa personne j’aurais pu comprendre, mais on s’est mis à attaquer son ethnie. C’est quoi cette idéologie ? Je me suis dit que je suis guinéen et la Guinée ne m’a pas choisi, c’est moi qui l’ai choisi. Mes parents ont vécu l’exil, moi aussi. Mais mes enfants connaîtrons leur pays et ce n’est en étant là assis que cela se fera. Elles sont là ces forces maléfiques qui ont poussé mes parents à fuir la Guinée. Contre elles je combattrais de toutes mes forces, au prix de mon sang pour que cette exclusion sournoise n’ait plus lieu. Pour cela, je ne demande rien en retour, car il s’agit d’une question de survie. 

A tous ceux qui croient que la Guinée leur appartient, je dirais préparez vous, car nous ne vous donnerons pas notre peau gratuitement. Nous nous sommes tus trop longtemps, cela parce que nous voulions sauver ce pays. Si vous voulez la paix, vous l’aurez. Si vous voulez la guerre, affûtez vos armes et soyez prêts en a assumer les conséquences. A mes frères et sœurs restés au pays, sachez que l’exil n’est pas une solution. Soyez prêts à verser votre sang. 

Pour finir je demanderais à tous ceux qui sont prêts pour le combat de se manifester, il ne sert à rien de se cacher, l’hydre à deux têtes est de retour et il veut nous exterminer. Les mots des fois ne servent à rien, agissons. Les autres ne s’en privent pas au vu et su de tout le monde. Le camp Boiro, les appels à nettoyer la « vermine peulh », nos parents qui ont dû changer leur nom de famille pour avoir une bourse pour l’extérieur, le 28 Septembre…. ne vous ont pas suffit ? Doit-on aller encore à l’abattoir pieds et poings liés ?

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Fode Bangoura Montréal 23/08/2010 15:52



Un récit franc, honnête et très touchant, bravo.