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Publié par africalog


Nouhou Thiam, 50 ans 8 mois. Il est général de division et occupe les fonctions prestigieuses et délicates de chef d’état major général des forces armées guinéennes.

Cet officier était inconnu de la hiérarchie militaire jusqu’au 25 décembre 2008, lorsqu’il a commencé à passer à la télévision pour la lecture des communiqués du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) qui venait de prendre le pouvoir deux jours plus tôt, suite au décès du Président Lansana Conté.

Depuis, les téléspectateurs se sont familiarisés avec son visage. Un visage sur lequel se lit, dès le premier abord, la rigueur.

Figurant parmi les jeunes loups aux dents longues, le capitaine Nouhou Thiam est apprécié du chef de la junte, capitaine Moussa Dadis Camara et du N°3 du CNDD, un certain Sékouba Konaté, ministre de la défense nationale et dont il était le Conseiller juridique. Poste qu’il occupait sous le régime défunt. Pas surprenant, Nouhou Thiam est diplômé en Droit de l’université "Gamal Abdel Nasser" de Conakry. 
En raison de son parcours et des formations académiques reçues et en dépit de son jeune âge, il sera nommé par le Président Moussa Dadis Camara, avec accord de Sékouba Konaté, au poste d’Inspecteur général des forces armées guinéennes. Le ministre de la Défense nationale compte sur lui, parmi d’autres dans sa tâche de restauration de l’ordre et la discipline au sein de la troupe. Toutes choses s’inscrivant dans le cadre de la mission de restructuration de l’armée confiée au général Sékouba Konaté.

Ses conseils et ses démarches renforcent en lui, la confiance de Sékouba qui le nomme chef d’état-major de l’armée de terre. C’était en février dernier. Le colonel Nouhou Thiam n’hésitera pas à se lancer "à corps perdu" dans l’exercice de sa mission. Des résultats immédiats et solides en relation avec la mission du gouvernement de transition. A chacun de ses passages à la télévision, il a l’admiration des citoyens qui se sentaient rassurés pour leur sécurité à travers les actes posés par le colonel Thiam. Et pour cause. L’armée guinéenne est réputée in-di-sci-pli-née et à la limite "truffée" de malfaiteurs. Les qualificatifs ne sont pas exagérés. Sékouba lui-même, l’a souligné plus d’une fois à la troupe.

Le Président intérimaire se dit qu’il peut compter sur Nouhou dans la délicate tâche qu’il voudrait réussir avant de passer le témoin à son successeur légitime, celui qui sera élu au terme de l’élection du 27 juin 2010 ou au terme d’un second tour.

Hélas, c’est en ce moment que la jalousie va commencer à "éclore" à son encontre. Malgré tout, le Chef de l’Etat le bombarde chef d’état-major général des forces armées guinéennes.

Sa mise en garde contre les fauteurs de trouble - militants et leaders politiques- va irriter certains quand il a déclaré qu’il va « mâter tout fauteur de trouble ou contestataire du résultat de l’élection présidentielle du 27 juin 2010.» Un lever de boucliers est enregistré contre lui. Beaucoup de la hiérarchie se frottent les mains. Mais pas pour longtemps. Car une nouvelle structure de sécurisation du processus est créée, la Fossepel, et dont la présidence est encore confiée à Nouhou Thiam, «cumulativement à ses fonctions de chef d’état major général des forces armées guinéennes.» C’est la confiance renouvelée du Président de la transition en sa personne.

L’ennemi ne désarme pas. On met à profit la colère des femmes de l’UFR de Sidya Touré pour tenter de l’écarter du premier cercle des intimes de Sékouba Konaté. Mais, nombre d’observateurs ont déjà apprécié le comportement de la Fossepel dans l’encadrement des différentes manifs hostiles à la fois à Konaté, à la CENI et à la Cour suprême. Les observateurs étrangers également saluent l’attitude de la Fossepel pendant le scrutin du 27 juin.

Le général de division qu’il venait d’être, tente de préciser sa pensée il y a quelques semaines. C’était à la faveur d’une tournée d’explication et de sensibilisation dans les différentes garnisons de la capitale, suite à l’interpellation de certains officiers supérieurs : « mâter, ce n’est pas contre les leaders. C’est contre les gens qui sont contre la démocratie. C’est contre les gens qui veulent se saisir des élections pour perturber. Et ça, ça ne va pas marcher. Ce que la Guinée a connu, on ne connaîtra plus ça. Partout où ils [les leaders] sont, protégez-les. Et j’ai dit que celui qui sera élu démocratiquement, on se met à sa disposition.»

Sa côte recommence à monter chez les leaders et des militants. Il faut souligner que sa gestion de la manif contre Sékouba Konaté ne sera pas du goût de beaucoup au sein de la hiérarchie, surtout quand le Président de la transition, recevant le gouvernement, a menacé de démissionner le 7 juillet 2010, suite aux offenses en son encontre par des proches de l’UFR de Sidya Touré : « ... si ça doit continuer comme ça, vraiment moi, je crois que c’est de réunir le gouvernement, réunir les acteurs politiques et faire un discours devant le peuple de Guinée, trouver [quelqu’un], qui pourrait être neutre pour conduire le reste de la transition, … » Les appétits étaient ainsi aiguisés au sein de la grande muette. Des noms sont cités et même revendiqués pour succéder à Konaté au cas où…

Le général Nouhou aura le courage de menacer en martelant, en présence de la haute hiérarchie militaire et certains membres du CNDD, venus remonter le moral de Sékouba Konaté offensé par des militantes et sympathisantes de l’UFR de Sidya Touré : « Quiconque tente de remettre en cause le processus de démocratisation en cour, nous trouvera sur son chemin. On ne va pas se laisser faire. Il faut qu’on remette le pouvoir au civil qui sera démocratiquement élu conformément aux engagements du Président de la transition, engagements pris devant la communauté nationale et internationale, de mener la transition. Une fois élu, on va se remettre à la disposition du nouveau Président de la République. Les velléités sont signalées ça et là… »

Il venait encore sceller son sort, sans le savoir. Le camp adverse « jure d’avoir sa peau.» Mais, ce qui reste certain et apprécié, c’est que Nouhou Thiam a beaucoup d’autres actions qui militent en sa faveur. Comme le fait de demander au Chef de l’Etat d’accorder la grâce aux mutins des 2 et 3 février 1996 ou encore la réinsertion des putschistes du 4 juillet 1985 et récemment les enveloppes et autres denrées accordées aux généraux à la retraite.

Pour ses adversaires, toutes ces actions sont menées dans le cadre d’une politique de positionnement du jeune chef d’état-major général des armées. Tout comme le fait, pour lui, d’installer son quartier général au niveau du Palais présidentiel "Sèkhoutoureya". Et il n’en fallait pas plus pour que soient multipliées les cabales contre l’homme. On lui prête toutes sortes d’intentions...

Le Président Konaté, quoique ne voulant pas s’accrocher au pouvoir prend ombrage et se méfie de son chef d’état major général des armées. Le Président de la transition a un entretien avec lui et El Tigre de lâcher : «Tu sais mon général, notre pays est un pays de rumeurs. On commence à raconter beaucoup de choses sur vous. On dit que vous tenez souvent des réunions secrètes. Que vous voulez même faire un coup d’Etat. Moi, je ne dis pas que vous avez trahi ma confiance, mais c’est le pays hein… avec ses rumeurs. On parle d’officiers dont vous, le général Boundouka [ndlr : chef d’état major de l’armée de terre] et d’autres encore. Mais moi, je n’ai pas peur. Je peux quitter aujourd’hui, un de vous vient. Mais attention à nos engagements vis-à-vis de notre peuple et de la communauté internationale… D’ailleurs pour des raisons internes et stratégiques, rejoignez votre bureau au camp. Vous serez avec la troupe. Vous aurez une main mise sur les hommes. Vous avez toujours ma confiance.»

Il lui demande ainsi de quitter les lieux et de rejoindre le BQG – bataillon du quartier général – au camp "Almamy Samory Touré" où se trouvent les installations officielles de l’état major. Le général Nouhou obéit. Avant de se séparer le général Sékouba lui avait rappelé sa propre mésaventure pendant le régime de feu le Président Lansana Conté lorsque lui, Sékouba a « été accusé de complot, mis aux arrêts puis enfermé. Mais puisque Dieu ne dort pas, où ils sont aujourd’hui ceux qui m’ont accusé à l’époque?»

Malgré cet entretien que certains ont qualifié d’amical, on continue à multiplier les accusations contre le jeune et dynamique général, chef d’état major général des forces armées guinéennes. 
Un homme du sérail qu’AfricaLog a contacté, confie : « Vous savez, le jeune Nouhou est victime de jalousie liée à son ascension que certains trouvent trop rapide: de capitaine en décembre 2008 à général de division en ce mois de septembre 2010. Les gens veulent ternir ses bonnes relations avec le général Konaté. Sans compter les rivalités du camp des pros Dadis. »

Un autre raconte : « Toute cette histoire est due aux rivalités entre les différentes factions de l’armée. Nouhou n’était pas content parce que Sékouba Konaté aurait dit lors d’une réunion que Claude Pivi est un exemple de fidélité à suivre. Nouhou a vite fait d’interpréter que Sékouba a des préférences pour Pivi. »

Un troisième de dire : « Le fond du problème est que toutes les factions militaires se préparent au cas où les élections se terminent avec des troubles. C’est donc une course déjà engagée et des affrontements entres factions qui se guettent ne sont pas à exclure. Chaque camp cherche à se positionner déjà et on se regarde en chiens de faïence.»

Un quatrième est plutôt remonté: «Nouhou Thiam est un agité. Il est naïf. Les charges liées à son poste semblent trop lourdes pour ses frêles épaules. C’est un gars qui a été parachuter à ce poste en raison de l’influence que le ministre Tibou Kamara a sur le Président Sékouba. Ils sont tous de Dinguiraye, non?»

D’autre part, les rumeurs qui ont entouré la récente rencontre entre Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté à Ouagadougou ne sont pas non plus faites pour améliorer les choses. Un Dadis qui serait très remonté aurait fait des remarques acerbes à son "remplaçant d’intérimaire". Il aurait demandé à Sékouba pourquoi ses proches ont tous été limogés, excepté celui de la gendarmerie nationale, alors que la décision de les placer à ces postes était faite d’un commun accord. Il lui a dit qu’il a « volontairement accepté de signer l’accord de Ouagadougou » en lui « confiant le pouvoir malgré les rumeurs de trahison de ta part…», mais qu’il [Dadis] serait surpris de la façon dont celui-ci gère ce pouvoir et gère les hommes. Cette rencontre aurait eu un effet psychologique néfaste sur Sékouba, selon un de ses proches.

En ce qui concerne le problème Nouhou Thiam, les choses ne font que s’empirer par la rumeur qui a connu son paroxysme au courant de la journée du lundi, 6 septembre quand on a annoncé l’arrestation du général Nouhou Thiam.

D’autres rumeurs persistantes font état de son éviction dès le retour du Président de la transition, général d’armée Sékouba Konaté en séjour médical au Maroc après avoir répondu à l’invitation du Guide libyen à Tripoli pour l’anniversaire de sa prise du pouvoir.

Nouhou Thiam a été incorporé dans l’armée en 1990. Il est de la même promotion que le capitaine Moussa Dadis Camara. Ancien de l’académie militaire royale de Meknès du Maroc, Nouhou Thiam est titulaire d’un brevet de parachutiste. Il est diplômé de Commandement de l’armée de terre de l’institut de Xing xiang de Chine et de l’école d’état major de commandement militaire de Nankin en Chine, diplômé de l’école internationale de la paix de Bamako au Mali. A l’école militaire inter-armées (EMIA) de Conakry, il a contribué à la formation d’une dizaine de promotions de jeunes qui sont devenus aujourd’hui officiers supérieurs dans l’armés. Parmi ceux-ci, l’actuel chef d’état major de l’armée de terre, le général Boundouka Condé.

Nouhou Thiam était du commandement des opérations des 1er et 2ème contingents guinéens de l’UNAMSIL en Sierra-Leone. 

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