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La Guinée nouvelle

Le MEDEF fait main basse sur la Guinée avec la complicité du président ’démocrate’ et ’socialiste’ Condé

 

Le MEDEF français s’était frotté les mains de l’élection en novembre du 2010 d’Alpha Condé, à la tête de l’État guinéen. Après des décennies d’économie dirigée anti-colonialiste sous Sékou Touré et deux décennies d’une transition graduelle au capitalisme, mais avec des restes persistants du nationalisme guinéen, sous le régime corrompu de Lansana Conté, le patronat français y voyait l’ouverture d’une nouvelle ère pour le monde des affaires français.

Il faut dire que le président nouvellement élu a apporté des gages de son allégeance au système néo-colonial français. En mars dernier, Alpha Condé se rendait à Paris pour exhorter le gouvernement et le patronat français à investir massivement en Guinée.

Premier cadeau au patronat français, l’octroi en mars dans l’opacité la plus totale d’un marché colossal au groupe Bolloré, proche des présidents Sarkozy et Condé, celui du port à conteneurs de Conakry. Un contrat d’une valeur de 500 millions d’euros.

Le « démocrate » Condé ne s’est pas embarrassé de procédures légales pour écarter le bénéficiaire du précédent contrat, GETMA. Il a résilié unilatéralement par décret le contrat, issu d’un appel d’offres remporté par GETMA contre Bolloré, pour le remettre immédiatement entre les mains du groupe proche du président Sarkozy.

De forts soupçons de corruptions pèsent sur ce contrat. Bolloré est suspecté d’avoir financé la campagne de Condé et d’avoir ainsi obtenu en contre-partie le port de Conakry.

Ce qui est certain, c’est qu’une nouvelle ère s’ouvre bien pour le patronat français en Guinée.

Non pas que le nouveau président guinéen incarne la rupture politique avec les méthodes des dictateurs Lansana Condé et Moussa Camara – les ONG guinéennes ont récemment mis en garde contre des « dérives autoritaires » du pouvoir – mais bien parce qu’il achève la normalisation de la Guinée à l’échelle internationale, et son intégration pleine et entière dans le système mondial impérialiste.

Du 8 au 10 juin, c’est une délégation de plus de quarante chefs d’entreprises menée par le responsable de la division Afrique du MEDEF, Patrick Lucas, qui fut accueillie en grande pompe par le président Condé ainsi que par le premier ministre, le ministre de l’Industrie ou encore les dirigeants de la CPEG, le MEDEF local.

Parmi les grands groupes représentés : Alcatel-Lucent, Areva, Bouygues, Colas, EDF, Oberthur, Sanofi, la Société générale.

Sous le mot d’ordre officiel rabâché par le gouvernement guinéen et le patronat français d’un « partenariat gagnant-gagnant », il s’agissait pour ces grandes entreprises de faire main basse sur un marché total estimé à plus de 800 milliards de dollars.

Le gouvernement guinéen a tenu à rassurer les investisseurs français. Fini le temps de l’interventionnisme économique et du nationalisme étroit. Le président Condé a ainsi pu rappeler l’échec de la gestion étatique de l’économie, notamment dans l’eau et l’électricité, et regretter le départ dans les années 1990 d’EDF et de Saur de ces deux marchés juteux.

Pendant deux jours, les dirigeants patronaux français ont reçu l’assurance du développement d’un cadre favorable aux investisseurs : cadre juridique favorable aux entreprises, exonérations fiscales, création d’une agence pour la promotion de l’investissement privé, constitution de partenariats publics-privé et surtout privé-privé entre investisseurs étrangers et entreprises privatisées.

Le patronat français s’est déclaré ravi de ses déclarations d’intention. Le chef de la délégation du MEDEF, Patrick Lucas, a ainsi pu annoncer que : « Nous sommes particulièrement heureux de voir le secteur privé guinéen associé, le MEDEF plaide pour l’émergence de patronats locaux forts, unis et qui peuvent aider le développement économique du pays. Nous considérons que le retour à la stabilité politique, que l’achèvement d’une transition politique en cours est une condition qui est essentielle pour le développement et le progrès économique de votre pays ».

Si tous les entrepreneurs français présents ont affiché leur volonté d’investir dans les prochains mois en Guinée, la plupart attendent les élections législatives de novembre 2011 et le maintien de la « stabilité politique », entendre un climat favorable aux affaires avec la victoire du parti de Condé.

Entre-temps, plusieurs contrats importants ont déjà été signés, notamment dans le domaine de l’électricité (EDF), de l’eau (SAUR) et du traitement des déchets (UCO).

Il est presque superflu de rappeler que le parti du président Alpha Condé, opposant déjà du dirigeant nationaliste Sékou Touré, est membre de l’Internationale socialiste, tout comme l’étaient les partis uniques de Ben Ali ou Moubarak.

Nous, communistes français, nous insurgeons contre cette main basse sur la Guinée, cette politique de pillage du pays orchestrée par un système néo-colonialiste et impérialiste, avec la complicité de la bourgeoisie compradore locale, « socialiste » de façade.

Avec tous ses défauts et ses dérives ultérieures, la Guinée de Sékou Touré avait eu le courage de dire « Non » au système néo-colonial français émergeant. Aujourd’hui, le patronat français signe sa revanche, faisant fi des méthodes démocratiques proclamées officiellement.

Plus que jamais, le peuple Guinéen et les peuples africains ont besoin d’organisations révolutionnaires – portant haut le drapeau de l’indépendance nationale et du socialisme, de la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme – de partis communistes !


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