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La Guinée nouvelle

Le Nigeria renoue avec une certaine stabilité politique

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Après quatre mois de turbulences à la présidence, le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique et puissance pétrolière, renoue avec une certaine stabilité politique qui écarte les risques immédiats de chaos ou de coup d'Etat militaire, estiment des observateurs.

Selon eux, le prochain défi pour le géant africain est l'élection présidentielle de 2011 avec son lot d'intrigues politiques et ses nombreux enjeux.

"J'écarterai désormais la menace d'un coup d'Etat (...) le pays est à peu près stable maintenant", estime Bayo Okunade, professeur de sciences politiques à l'Université d'Ibadan (sud-ouest).

"On ne peut pas comparer la situation actuelle avec celle d'il y a trois mois. Ce fut un épisode très sombre", note-t-il.

Plusieurs analystes estiment que le Nigeria, dirigé par des juntes successives jusqu'en 1999, a failli connaître un nouveau coup d'Etat militaire alors que le président Umaru Yar'Adua, gravement malade, est resté hospitalisé plus de 90 jours en Arabie Saoudite.

Le 9 février, alors que le président était absent depuis deux mois et demi, le Parlement, invoquant l'urgence, a nommé le vice-président Goodluck Jonathan président intérimaire.

M. Yar'Adua est rentré le 24 février au Nigeria, mais il n'est toujours pas réapparu en public et son état de santé est inconnu.

Malgré une résistance du camp de M. Yar'Adua, M. Jonathan est désormais bien aux commandes. Après s'être doté de nouveaux conseillers et d'un nouveau gouvernement, il a été l'hôte cette semaine du président Barack Obama à Washington lors du sommet sur le nucléaire, pour son premier séjour à l'étranger comme président intérimaire.

Selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos, spécialiste du Nigeria à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), la probabilité d'un coup d'Etat avait "pas mal augmenté ces temps-ci". Ces dernières semaines, le risque a "diminué" mais "cela n'est pas exclu" pour autant, estime-t-il.

 

Un avis que réfute le général de division à la retraite Ishola Williams.

"L'armée est l'une des institutions les mieux équilibrées ethniquement. Chaque groupe ethnique y est représenté. Alors, pour qu'il y ait consensus afin de mener un coup d'Etat, il faudrait que la situation soit réellement mauvaise. Cela n'est pas le cas. Les militaires ne tenteront rien maintenant", assure M. Williams, également ex-président de Transparency International Nigeria.

Il y a désormais "une certaine stabilité politique" à la tête du pays. "Le test aura lieu à l'approche des élections", prévient-il.

Selon lui, Goodluck Jonathan devra prouver sa capacité à mettre en oeuvre les réformes électorales tant attendues pour un scrutin présidentiel libre en 2011 et à lutter contre la corruption, un fléau de taille.

Sa faculté à consolider une fragile accalmie dans le sud pétrolifère sera aussi décisive. Les violences reprennent dans cette zone-clé alors que le Nigeria a aussi été secoué récemment par des violences ethnico-religieuses meurtrières dans le centre.

En vertu d'une règle non écrite, prévoyant l'alternance du pouvoir entre le sud majoritairement chrétien et animiste et le nord à dominante musulmane, le président élu en 2011 devrait être issu du nord.

Mais les intentions de M. Jonathan, un chrétien du sud, ne sont pas connues et il n'a pas, en tout cas, exclu de se présenter. Sa candidature "serait très déstabilisatrice", estime Jonas Horner, analyste du centre d'études Eurasia Group, à New York.

Signe que le pays semble se relever de la crise politique des derniers mois: un éventuel décès du chef de l'Etat, tant redouté un temps, serait désormais moins menaçant car la transition est bien installée, jugent les observateurs.

 

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