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Publié par l'express

A Conakry, le second tour de la présidentielle pourrait sortir le pays de l'ornière despotique. Si les deux finalistes résistent à la tentation du tribalisme. Et s'il est maintenu ce dimanche 19 septembre malgré des violences entre leurs partisans.

 

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Attention, fragile. Programmé dimanche 19 septembre, le second tour du scrutin présidentiel impose à la Guinée une double gageure. Peut-on affranchir par la grâce des urnes un pays de 10 millions d'âmes vitrifié depuis un demi-siècle par une tyrannie qu'auront incarnée tour à tour Ahmed Sékou Touré, Lansana Conté puis l'ubuesque Moussa Dadis Camara? Comment, surtout, déjouer les pièges du vote ethnique? "Au regard du chemin parcouru, confie un conseiller élyséen, ce serait trop bête de ne pas aller au bout. Mais le processus reste extrêmement précaire."   

 

Sur le papier, l'affaire est entendue. Crédité, le 27 juin, de près de 44% des suffrages, l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, 58 ans, tient la corde. D'autant qu'il bénéficie du désistement de Sidya Touré - 13,6% - pressenti, en cas de succès, pour la primature. L'autre finaliste, Alpha Condé, 72 ans, n'a recueilli quant à lui qu'un peu plus de 18% des voix. Contre l'arithmétique, le challenger invoque son pedigree d'opposant historique, condamné à mort par contumace au temps de Sékou Touré, embastillé puis exilé sous Conté. S'il se réclame de Nelson Mandela et de Barack Obama, le candidat malinké joue aussi de la corde tribale, dans l'espoir de fédérer un front hostile à l'ethnie peule - celle de "Cellou" - majoritaire mais jusqu'alors tenue à l'écart du pouvoir politique. Pour preuve, son récent réquisitoire contre les "grands commerçants peuls", avides de "piller" la Guinée. Il est vrai que le camp d'en face, enclin à marteler que "c'est à [son] tour" d'hériter du gouvernail, n'est pas exempt de griefs. Bref, chacun accuse l'autre de céder aux démons identitaires.

 

Sur les instances du président burkinabé, Blaise Compaoré, médiateur de l'imbroglio guinéen, les deux candidats ont signé, le 3 septembre à Ouagadougou, un "protocole d'entente pour une élection apaisée". Une semaine plus tard, cependant, des violences dans la banlieue de Conakry faisaient un mort et 50 blessés.  

Une tâche herculéenne attend l'élu. Il lui faudra surmonter sa victoire, panser les plaies de la campagne, associer si possible le rival malheureux à l'exécutif, guérir l'armée du tribalisme. Et s'attaquer aux maux qui rongent la Guinée, nation pourvue d'un formidable pactole minier - bauxite, fer, or, diamants - mais asservie par la misère. Eau, électricité, routes, réseaux scolaire et sanitaire : tout est à bâtir ou à rebâtir. Attention, chantiers.

 

Pour qui vote Paris?

On connaît la chanson: la France n'a pas de candidat. Soit. Reste que l'entourage de Nicolas Sarkozy appelle mezza voce de ses voeux la victoire du favori, Cellou Diallo, jugé non sans raison mieux à même de préserver la paix intérieure. Tenu à l'Elysée pour un "homme du passé" au tempérament autoritaire, son rival Alpha Condé peut, faute de mieux, miser à Paris sur un fervent allié: ce "vieil ami" de Bernard Kouchner, ministre - sursitaire - des Affaires étrangères, qui l'a reçu le 1er septembre. Cette énième divergence entre le Château et le patron en titre du Quai d'Orsay a d'ailleurs donné lieu, selon La Lettre du Continent, à un échange aigre-doux lors du Conseil des ministres du 25 août. Kouchner ayant suggéré de "ne pas se fier aux résultats du premier tour", le chef de l'Etat lui aurait objecté, chiffres à l'appui, que jamais son poulain ne pourrait combler un handicap de 26 points. Avant de conclure, un rien goguenard: "Il faut t'acheter une calculette, Bernard..."  

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