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La Guinée nouvelle

Les hommes de Alpha Condé et les hommes de Cellou Dalein Diallo

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Après trois semaines de marathon électoral et un vote historique le 27 juin dernier, les Guinéens vont devoir partager, lors d’un second tour présidentiel prévu début août prochain, les deux challengers en lice : Cellou Dalein Diallo (39,72%) et Alpha Condé (20,62%). Derrière ces candidats se cachent des hommes et des femmes qui officient dans les états-majors respectifs avec l’ambition de porter leur leader au palais Sékoutouréya. Voyage au cœur de la galaxie de ces « lieutenants sans uniforme ».

 

Les hommes de Cellou Dalein Diallo 


Fodé Oussou Fofana pivot du système Cellou


D’ethnie soussou, ce pharmacien (51 ans) a préféré poser son baluchon à l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée), que dirige l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo. Une pièce maîtresse que tient bien entre ses mains le leader Cellou Dalein contre ses détracteurs, qui l’accusent de faire plus de place aux Peulhs, et à qui, surtout, l’on prête une large capacité à tirer les ficelles dans l’ombre et dans la proximité du chef. A Conakry, à tort ou à raison, la grande majorité des citoyens semble assimiler l’UFDG à une grosse machine au service exclusif des Peulhs.

Sa proximité avec le président du parti, qu’il fréquente à longueur de journée, et sa propension verbale lui ont permis d’occuper le poste de directeur de campagne de l’UFDG pour la présidentielle guinéenne 2010.

L’irruption de certains cadres issus d’autres ethnies, à partir des années 2007, au sein du parti, commence à tourner à l’avantage de l’apparatchik classique. Urbi, orbi, la machine de l’UFDG s’accommode de cet entrisme politique. Iconoclaste pur et dur, Fodé Oussou Fofana passe pour être un pivot de la machine politique de l’UFDG. Sa proximité avec le président du parti, qu’il fréquente à longueur de journée, et sa propension verbale lui ont permis d’occuper le poste de directeur de campagne de l’UFDG pour la présidentielle guinéenne 2010. En dehors du champ politique, il préside les destinées de l’Ordre national des pharmaciens de Guinée.

 

Bah Oury : le gardien du temple


Natif de Pita, en Moyenne Guinée, issu de l’ethnie peulh, Bah Oury (52 ans) est économiste de formation et cadre de banque depuis une vingtaine d’années. Il est le fondateur de l’UFDG. C’est lui qui a passé le flambeau à Bâ Mamadou avant l’investiture en 2007 de Cellou Dalein à l’issue d’un congrès. Une sorte de vieille garde qui passe la main à la jeune génération. Cellou Dalein, dans ses nouveaux habits de président de l’UFDG, voit en l’homme un véritable gardien du temple auprès de qui il entend désormais tisser sa toile pour s’imposer. Ancien ministre de la Solidarité et des Relations avec les institutions sous le gouvernement de Ahmed Tidiane Souaré en 2007, il occupe le stratégique poste de vice-président chargé des affaires politiques. Il assure aujourd’hui l’intérim de Saliou Bella Diallo, ministre actuel en charge de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle dans le gouvernement de Jean Marie Doré.

« Il est le sel dans la marmite politique de Cellou Dalein », se plaisent à ironiser la plupart des militants de l’UFDG dès qu’on évoque son nom. Malgré les aléas et les épreuves du temps, il continue à tenir la barque au côté de son proche confident et président de parti.

 

Hadja Biya Diallo : égérie du parti


Pure peulh, très portée sur les valeurs sociétales de son terroir natal, Hadja Biya Diallo (57ans) est considérée comme l’égérie du parti. Economiste, elle a occupé d’importants postes au Ministère de la finance et traîné sa silhouette dans bon nombre de départements tels que la direction du tourisme et de l’hôtellerie. Son arrivée à l’UFDG remonte à 2008, au gré du destin qui a bien voulu la mettre sur le chemin de Cellou Dalein Diallo. Réputée discrète et sobre, elle a fini par se faire découvrir comme une figure emblématique du parti. Elle a le don, dit-on, de faire éclipser les hommes quand elle est parmi eux. Son engagement à la cause des femmes, qui n’est qu’un secret de polichinelle au QG du parti, a fini par la propulser au-devant de la scène nationale. Au prix de sa pugnacité, elle a pu se frayer une place au soleil en imposant son style et sa méthode. Elle est aussi chef d’entreprises, avec des affaires qui ont prospéré en France et aux Etats-Unis.

 

Kenda Diallo : l’argentier


Economiste qui a traîné sa bosse tour à tour à l’USAID, à SERCOM et à la présidence de la République, Kenda Diallo (60 ans) est le monsieur argent de l’UFDG. Désormais, il est l’homme le plus influent et le plus courtisé du parti. Tout le monde le ménage pour être dans ses grâces. Au QG, son emploi du temps reste partagé entre audiences calées à la veille ou parfois même à la sauvette. Sous son aisselle, des piles de factures, concoctées par les cellules du parti, qui vont passer sous la loupe. Kenda Diallo devient le passage obligé pour bon nombre de responsables du parti qui cherchent à sponsoriser leurs activités. Fringuant, Kenda, malgré son âge avancé, donne l’impression à première vue de ne pas porter le poids des années.

 

Souleymane Thianguel Bah  : Monsieur Communication


Silhouette frêle, affable et d’une civilité urbaine, on l’appelle le Monsieur Communication de Cellou Dalein Diallo. Docteur en communication, un parchemin qu’il décroche à Lyon en 2004, Souleymane Bâ (36 ans) n’a pas chômé. Une baraka du ciel qu’il a vite mise à profit, contrairement à la frange de ses camarades de promotion, résignés à la vie estudiantine austère. Petit baroudeur, il enseigne tour à tour dans des universités à Lyon et aux Antilles. Pour monnayer son talent de communicant, qu’il mettra quatre ans plus tard au service de l’UFDG. Son adhésion au parti de celui qu’il considère comme l’homme d’Etat de la Guinée,remonte à 2008. A l’UFDG, il est chargé de vendre l’image et de concevoir le monitoring de la com du candidat Cellou Dalein Diallo. Ses journées longues, devenues presque un rituel, sont marquées par des interviews du candidat Cellou Dalein accordées aux médias étrangers et nationaux. Toujours à l’affût, rien ne lui échappe sur ce qui se dit sur Cellou Dalein Diallo. Des bulles assassines aux reportages au QG, tout l’intéresse. Cet exercice à la fois passionnant et harassant lui a permis de se constituer un carnet d’adresses conséquent. A noter que le jeune communicant a aussi travaillé pour le système des Nations-Unies en Guinée et en Côte d’Ivoire.

 

Aliou Condé : technocrate du parti


61 ans, issu de l’ethnie malinké et natif du Fouta, il est le secrétaire général du parti. Enseignant d’université, il fut secrétaire général des Travaux publics et directeur général du Centre national de perfectionnement. Sa collaboration avec son mentor date de 1996. Considéré comme le technocrate pur et dur du parti, il fait partie de la crème politique de l’UFDG. Le poids de l’âge ne lui a rien enlevé de sa verve. Il incarne bien la vieille garde aux yeux des nouvelles recrues du parti. Il jouit d’une proximité avec Cellou Dalein, qu’il voit régulièrement, et à qui il prodigue des conseils. Son poste de secrétaire général en fait un pilier de la machine de l’UFDG. Il l’assume bien.

 

Les hommes d’Alpha Condé

 

El Hadji Tidiane Traoré : la sentinelle


Ingénieur chimiste (70 ans), malinké et natif de la Haute Guinée, il est le porte-parole du RPG. Une éminence grise de la vieille garde du parti. Cela fait aujourd’hui une vingtaine d’années qu’il chemine avec Alpha Condé. Ils ont combattu ensemble l’ex-régime pour instaurer le multipartisme intégral, au prix parfois d’une diète et de brimades abominables dans les principales maisons d’arrêt du pays. Le film des événements du 4 juillet 1995 défile encore sous ses yeux. Une sorte de psychose permanente qui l’empêche de dormir. « Il nous arrivait de ne pas voir le ciel pendant toute une année. Certains de nos compagnons sont morts asphyxiés, suite à de graves atrocités perpétrées par les bourreaux du régime militaire de Conté dans les geôles du pays », martèle-t-il, la mine triste. Grand combattant de la liberté, Tidiane Traoré évoque péniblement les gémonies des 32 escaliers du camp Alpha Yaya. Grisé par l’âge, le patriarche, qui garde ses traits de bel homme, se veut l’œil et l’oreille du leader Alpha Condé. La jeune génération constitue à ses yeux la relève de demain. « Nous les avons vus venir et accueillis à bras ouverts. Elle est à l’école de la vieille garde », confesse-t-il.

« Il nous arrivait de ne pas voir le ciel pendant toute une année. Certains de nos compagnons sont morts asphyxiés, suite à de graves atrocités perpétrées par les bourreaux du régime militaire de Conté dans les geôles du pays. »

L’homme dit avoir beaucoup d’admiration pour l’actuel président Sékouba Konaté, qui a consenti d’importants efforts pour le respect du calendrier électoral et la garantie de la séparation des pouvoirs. « C’est une nouvelle ère que nous vivons avec Sékouba Konaté. Il faut l’accompagner jusqu’à la fin du processus », avoue-t-il. Son unité de fabrique de pièces détachées constitue le seul moyen de survie du patriarche aujourd’hui. Son vœu ardent est de porter le Pr Alpha Condé au pouvoir au soir du second tour présidentiel.

 

Saloum Cissé : le porte-étendard du parti


59 ans, ingénieur agro-pédologue, Saloum Cissé occupe la fonction de premier secrétaire à l’Organisation. Fidèle parmi les fidèles du leader Alpha Condé, ce malinké, né à Farana, en Haute Guinée, auteur de la pédologie guinéenne, est considéré comme le pivot de la machine du RPG. Tribun de la politique, il chemine avec Alpha Condé depuis une vingtaine d’années. Les deux hommes sont très proches et se respectent mutuellement. Ils ont pour dénominateur commun le combat pour la justice et la liberté. Son engagement contre les abus de l’ancien régime militaire lui a valu plusieurs emprisonnements en 1990 et 1996. Il se rappelle du premier discours du Pr Alpha Condé, en 1990, contre Lansana Conté, et de sa lettre interceptée à la frontière ivoirienne par les autorités d’alors. Saloum Cissé ne cesse de dire de son président qu’il est un orthodoxe de la gestion du RPG. Malgré les dures épreuves, il est le mentor de bon nombre de militants du parti investis à des postes à responsabilités aujourd’hui. « Au RPG, les nouveaux militants ont les mêmes droits que les fondateurs. » Une particularité qu’il met à l’actif de son président, réputé rassembleur. Sa conviction inoxydable est : « Avec Alpha au pouvoir, c’est la Guinée qui gagne. »

 

Hadja DjakaGbé Kaba : l’amazone


Sociologue, 54 ans, malinké bon teint, Hadja DjakaGbé est la secrétaire à l’Economie du parti. Une fonction qu’elle assume à merveille et qui répond à son profil de sociologue aguerrie. On la présente comme l’amazone du RPG, pour les énormes sacrifices consentis. Elle est une pièce maîtresse de la gent féminine militante du RPG. Arrivée dans ce parti en 1991, elle ne le quittera plus. Au prix de perdre son poste au Secrétariat général du gouvernement. Son salut, en tant que mère de famille, tient-elle à préciser, vient de son mari qui l’a beaucoup soutenue dans son combat quotidien. « Dans le régime totalitaire d’alors, qui refusait d’accepter la réalité, ce n’était pas facile d’y arriver. C’est le prix que nous avons payé aux côtés du Pr Alpha Condé », reconnaît l’égérie Rpgiste. Contestataire chevronnée, elle fut arrêtée à Coléa, lors d’une marche, par les forces de sécurité, en compagnie d’autres grandes figures de proue du paysage politique guinéen, Feu Siradiou Diallo, Bâh Mamadou. Elle sera pendant quelques heures gardée à vue, avant de se faire relâcher. Figure emblématique de l’ONG Association guinéenne pour la promotion des femmes, elle sillonne le pays de long en large pour apporter du baume au cœur des populations déshéritées. Sous sa coupole, plus d’une trentaine de groupements féminins, de Beïla à Kissidougou en pasant par Zérékoré, bénéficient de ses largesses et de son expertise. « Les femmes sont à la source de la création du parti. Notre leader a ouvert la voie de la démocratie en Guinée », avoue-t-elle.

Son amour et son nationalisme pour le pays font d’elle une des icônes les plus sûres du landerneau politique guinéen.

 

Mibany Sangare : un va-t-en-guerre « assagi »


On le surnomme le calot jaune du RPG. Ce slogan chevillé au corps depuis sa tendre jeunesse illustre son engagement au côté du professeur Alpha Condé, devenu son idole alors qu’il fréquentait les bancs de l’Université de Conakry. A l’époque, les étudiants allergiques au régime de Conté se cachaient des services spéciaux de la présidence et menaient le combat politique dans la clandestinité. Pour déjouer la vigie policière secrète de Conakry, Mibany avait un code pour rassembler les jeunes étudiants loin du parvis des amphithéâtres. Ils étaient de brillants étudiants et avaient assimilé tous, par cœur, les écrits engagés du Pr Alpha Condé. Le plus célèbre de ces écrits, son livre de chevet, est Le Poisson pourri par la tête.

Adeptes de l’idéal du changement, Mibany et une poignée de camarades de classe sillonnaient la ville nuitamment pour badigeonner les murs de la capitale avec les slogans de celui qu’il considéraient comme le combattant de la liberté, colorants, pinceaux et échelles à la main. Mai 88 : la série noire de Mibany. Alors qu’il était en troisième année à l’Université de Conakry, on lui fit comprendre que bon nombre de sympathisants et militants engagés étaient dans la visée des forces de sécurité. Cet ingénieur pétrochimiste sera tour à tour jeté en prison à Kéréwani, Siguiri, Kankan et Conakry. Perçu comme un va-t-en-guerre, Mibany incarne aux yeux des jeunes Rpgistes le symbole d’une conscience militante juvénile. Une confidence rapportée aux Afriques soutient que c’est lui qui apportait à manger à Alpha Condé durant toutes ses détentions à la Maison centrale de Conakry. Porte-parole de la jeunesse des Forces vives et président du mouvement « Dadis doit partir », Mibany Sangaré déclinera l’offre d’être gouverneur de Mamou, que lui avait proposé le président Moussa Dadis Camara en échange d’une allégeance à la junte militaire au pouvoir. Dur à cuir, ce Malinké est considéré comme la relève sûre du parti.

 

Claude Kory Kondiano : l’argentier

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