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Publié par bouba

 

Le pouvoir guinéen avait besoin d’une secousse forte pour le rappeler à ses devoirs. Elle ne vient pas de l’opposition, cette fois-ci, mais bien de l’intérieur du système lui-même. C’est en effet le ministre de la Justice, Me Christian Sow, qui a défrayé la chronique, en menaçant de démissionner. Quand on sait ce que vaut une démission ministérielle en Afrique, il s’agit d’un véritable avertissement pour le président Alpha Condé. Ce ministre n’est pas n’importe qui.

 

Ancien avocat du président guinéen, du temps où il subissait les foudres du régime dictatorial de Lansana Conté, il apparaît plus comme un compagnon de route que comme un simple collaborateur. Ses liens avec le président Condé sont donc très forts et tout acte venant de lui prend une autre dimension. Voilà pourquoi son attitude a une charge politique très forte.


Il vient rappeler au président guinéen la nécessité de sortir de la torpeur dans laquelle s’installe son régime, alors qu’il a des défis immenses à relever. Opposant historique ayant hérité d’un pays dévasté par la corruption, la gabégie et les violations des droits de l’Homme, il n’a pas droit à l’erreur. Les espoirs portés en lui sont d’autant plus légitimes qu’il a été lui-même longtemps une victime des Etats d’exception en Guinée. Or, force est de constater que depuis son accession à la magistrature suprême, on a du mal à reconnaître Alpha Condé. En dehors des professions de foi et de quelques actions de rabibochage, le pays n’a pas connu une véritable transformation.

 

Deux ans et demi après son élection, Alpha Condé n’a pas encore réussi à effacer les scories des années Conté. La dernière affaire en date qui fait des gorges chaudes dans tout Conakry impliquerait un parent du président, dans un obscur accord de prêt avec une société sud-africaine. On retombe donc dans les travers du passé. Mais en plus, le président Condé ne semble pas avoir totalement revêtu ses habits de chef d’Etat. Il est toujours dans la peau du chef de parti. Son incapacité – ou plutôt son manque de volonté - dans l’organisation d’élections législatives censées couronner le processus démocratique, plaide aussi en sa défaveur. Bref, dans un tel contexte, personne n’est surpris par les tentatives d’embastillement de la Justice que dénonce son premier responsable.

 

En effet, en l’absence d’un parlement élu, le contrôle de l’action gouvernementale incombe à une institution anachronique, le Conseil national de transition. Mais n’ayant pas une très grande marge de manœuvre en raison de son statut d’organe non élu, le CNT a peu d’influence sur l’action du gouvernement Condé. Sans véritable contre-pouvoir, rétif à toute critique, allergique aux manifestations de l’opposition, le pouvoir guinéen ne peut que se fourvoyer. Reste à savoir si le coup de gueule de son compagnon de route devenu ministre de la Justice amènera Alpha Condé à se ressaisir.

 

lepays.bf

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