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Publié par bouba

 

Récemment, j’ai fait l’heureuse rencontre de Frédéric Pfyffer, journaliste à la Radio Télévision Suisse. Il était venu à Conakry pour un reportage pour lequel je devais lui servir de fixeur. Au lendemain de son arrivée, on s’est donné rendez-vous à une heure et un endroit précis dans la haute banlieue de Conakry. Après près de deux heures de blocage dans les inextricables bouchons de notre capitale, Frédéric a été obligé d’ajourner notre rendez-vous et de rebrousser chemin. J’avais simplement oublié de lui expliquer qu’il fallait aménager en tout 4 heures pour couvrir les 20 km qui nous séparaient !

Je me rattrape ici en lui concoctant ce petit guide de la circulation routière en Guinée en deux parties. Un mini code de la route plein de caricature et de réalisme (sic). Ça s’appelle de la «Real Traffic». Attachez votre ceinture, euh… si vous n’êtes pas dans un Magbana. Le cas échéant, accrochez-vous.

Un mot sur la circulation à Conakry : notre capitale est une auto-école à ciel ouvert. La ville étant bâtie sur une presqu’île longiligne de 36 km, le réseau viaire se réduit en deux routes principales parallèles : l’autoroute Fidel Castro, grouillante et étriquée, et une autre artère appelée Le Prince, véritable laboratoire de notre démocratie bégayante. Comme les traverses d’un chemin de fer, ces deux artères sont reliées entre elles par une douzaine de routes transversales, larges comme des sentiers de souris. Résultat : la ville ressemble à tout moment à un parking géant.

Pour s’y déplacer, il faut avoir un mental de fer et des astuces originales. Mais cela ne suffit pas. Faut aussi s’armer d’audace et d’indiscipline pour rouler ici. Justement, qu’est-ce qui roule à Conakry ? Je suis tenté de répondre par : tout ce qui est mobile. Détaillons.

#D’abord il y a les voitures des particuliers dites «Personnelles» (pour voitures personnelles), par opposition aux véhicules administratifs, diplomatiques et corps consulaires, aux poids lourds et les véhicules appartenant aux entreprises. Signe distinctif : une plaque minéralogique de couleur rouge incrustée de caractères en blanc pour le numéro de série. Y en a de toutes les marques et surtout de tous les âges : des neuves, des rutilantes, des «classe» (comme les filles les aiment), des occasions Bruxelles (les plus nombreuses), des fatiguées, des vieilles,  des Arches de Noé, des immortelles, mais aussi des épaves sans nom. Peu importe, il suffit d’en posséder une. Et basta !

Ce n’est pas rien, puisque une voiture à Conakry est considérée comme un ascenseur social. Ça procure respect et étiquette : tu es véhiculé. Une expression qui vaut son pesant d’or parmi la jeunesse branchée et crâneuse. Ne pas posséder un véhicule pour les «sorties» par exemple est un bon moyen d’être un fieffé «looser» en matière de drague.

Je me souviens encore des savants stratagèmes qu’un pote et moi montions, étant plus jeunes, pour subtiliser la Nissan Micra de sa mère pour les virées nocturnes. Repérer les clés dans la journée, ouvrir le portail sans faire de bruit, pousser la voiture une bonne centaine de mètres avant de démarrer, la replacer dans le garage avant l’aube, s’assurer qu’elle est propre comme la veille. Juste pour séduire ! Avec ça, certaines meufs osaient se plaindre : «y a pas la clim dans votre voiture-là, il fait chaud deh!»«Dis, le Magbana de ton père est climatisé, lui ?», mais tu ravales cette phrase pour déposer la chichiteuse chez elle. Bref, c’est de l’histoire ancienne…

Avant, quand la solidarité, troisième particule de notre devise nationale (Travail-Justice-Solidarité), était encore opérationnelle, tu pouvais faire auto-stop pour te faire déposer gentiment quelque part. Mais depuis que les bandits ont pris le malin plaisir de faire auto-stop pour étrangler leur bienfaiteur au volant, n’y songe plus. Si on ne te connaît pas, on ne s’arrête pas. A moins que ce ne soit un «clando» en quête du prix du carburant. Dans ce cas, ce n’est pas la solidarité qui joue, mais ta poche qui trinque.

Sans Personnelle donc, tu tombes inévitablement dans la marche et le transport en commun. Là, tu as le choix entre taxis, Magbanas, autobus et depuis peu le train Conakry-Express et les taxi-motos.

# Laisse tomber pour les Magbanas si t’es asthmatique ou cardiaque. Sinon, tu ne survivras pas à «l’ambiance salon» dans ces minibus Toyota Hiace devenus des Objets Roulants Non Identifiés (ORNI). C’est quoi «l’ambiance salon» d’un Magbana? Lorsqu’il n’y a plus un seul millimètre de vide pour une fesse sur les bancs de ces tacots, véritables cercueils roulants, l’apprenti, personnage sale et bagarreur par excellence, aboie au conducteur que le «salon  est vide» ; c’est-à-dire l’espace situé entre les rangées des bancs en bois qui dessinent un rectangle à l’intérieur du Magbana. On remplit cet espace par 5 gaillards penchés en position «lèche mon cul», et l’apprenti tambourine dans la tôle avec une pièce de monnaie criant «ä séré» ou «ä göröma» (arrêt demandé), la bouche tordue dans un rictus de macchabée de singe boucané.

Quand tu montes dans un Magbana et que le contrôleur (appellation respectueuse pour l’apprenti) distribue des bâtonnets ou des bouts de caoutchouc, ne les jette pas. C’est le titre de transport pour qu’il se rappelle où tu es monté.

Juste trois conseils : dans un Magbana, ne t’étonne pas de voir le chauffeur prendre son petit déj au volant, l’apprenti insulter  la mère de quelqu’un ou de voir la portière coulissante du véhicule se détacher et tomber en pleine circulation. Ce sont des banalités. Si tout cela ne te rebute pas et tu décides d’emprunter un Magbana, tu sortiras (si tu survis) sale et puant de hareng ou de «Sinapa» fumés!

Lire la suite au prochain billet.

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