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Pourquoi Hugo Chavez se fait soigner à Cuba

Hugo Chavez, le visage gonflé et quasiment chauve à cause de sa chimiothérapie, à Caracas le 6 août.

Le président vénézuélien a rejoint La Havane pour poursuivre sa chimiothérapie. Si les médecins cubains sont parmi les meilleurs d'Amérique Latine, ce choix est avant tout politique.

Le visage gonflé et quasiment chauve, le président vénézuélien a quitté samedi soir Caracas pour suivre de nouvelles séances de chimiothérapie à La Havane. Les rumeurs le disent victime d'un cancer du colon ou de l'estomac, mais Hugo Chavez n'a pas dévoilé l'origine de son mal. Pourquoi choisir de se faire soigner à Cuba ? «La première raison, explique Anne Daguerre, spécialiste des politiques sociales en Amérique Latine, est qu'il ne fait pas confiance aux médecins vénézuéliens et qu'il n'a sans doute pas tort».

Le système de santé cubain est le meilleur d'Amérique latine. Le taux de mortalité infantile y est plus faible que dans les autres pays sud-américains (près de six décès pour 1000 naissances à Cuba contre 17,5 au Venezuela en 2009 selon la Banque Mondiale). En 2005, on trouve sur l'île un médecin pour 166 habitants, contre un pour 326 en France selon l'ONU. Le gouvernement cubain a consacré en 2009 près de 12% de son PIB au système de santé, soit autant que la France ou l'Allemagne, selon la Banque Mondiale.

Pétrole contre médecins

«Mais ce n'est pas la seule raison» pour laquelle Chavez se soigne à Cuba, poursuit Anne Daguerre. «Selon moi, Chavez se fait soigner à Cuba avant tout à des fins politiques et idéologiques. Cuba est le plus grand soutien politique de Chavez et inversement. S'y faire soigner renforce cette relation privilégiée».

Les liens entre la médecine cubaine et le gouvernement vénézuélien, notamment, ne datent pas d'hier. Hugo Chavez a mis en place en 2000 un programme expérimental avec Cuba pour faire venir les médecins dans les quartiers pauvres de Caracas. En échange, le Venezuela vend à son allié des barils de pétrole à prix d'ami. «Les médecins vénézuéliens sont moins bons et ils n'ont jamais voulu s'installer dans les quartiers pauvres, note la spécialiste des relations sociales en Amérique latine. D'une part car ils préfèrent soigner les riches pour gagner plus, d'autre part parce qu'ils ont peur pour leur sécurité.»

«Après le coup d'Etat raté de 2002, Hugo Chavez comprend qu'il doit absolument faire quelque chose pour faire grimper sa popularité déclinante. Il décide d'étendre ce dispositif à tous les quartiers sensibles du pays», explique la spécialiste de l'Amérique Latine. Aujourd'hui, Cuba envoie au Venezuela près de 40.000 médecins et infirmiers par an. Ces professionnels, payés par le gouvernement cubain, sont assignés dans les quartiers modestes exclusivement. Ils pratiquent des interventions de base, pas de cancérologie ou de cardiologie. Les infrastructures pointues restent à Cuba. Le Venezuela en échange exporte 90.000 barils par jour à Cuba, mais n'en facture que 65.000.

«Ces liens sont très précieux pour les deux régimes», analyse Anne Daguerre. En allant se faire soigner à Cuba, Chavez montre sa confiance en la médecine cubaine, soigne la sensibilité de son allié et renforce ainsi les liens qui les unissent. Dans l'attente d'un système de santé vénézuélien performant, cent mille habitants font chaque année spontanément le même voyage que Chavez pour recevoir gratuitement des soins.

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