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Publié par bouba/lepays

 

La Guinée est décidément un pays d’exception ! Ses fils et filles ont mis 133 jours pour organiser le second tour d’une élection qui a eu lieu le 27 juin dernier. Mais mieux vaut tard que jamais et ce 7 novembre 2010, les Guinéens sont allés aux urnes. Et ce qui est important, c’est toujours avec le même engouement mais surtout le même calme que lors du premier tour. L’apocalypse tant redouté n’a pas eu lieu. Reste à espérer que jusqu’au 10 novembre, date des résultats provisoires, on ne réveillera pas les vilains démons.

Les coqs ont été surpris à Conakry en ce matinal dimanche 7 novembre 2010. D’habitude, ce sont eux qui réveillaient les habitants de la capitale guinéenne, mais ce matin, ce sont plutôt ces derniers qui ont joué aux réveilleurs. En effet, dès 5 h du matin, les rues de la ville étaient traversées par des silhouettes qui marchaient au pas de course, avec en main de petits carrés : ce sont des cartes d’électeur biométriques. Ce sont donc des électeurs qui se dépêchaient ainsi pour se rendre aux urnes. Comme au premier tour, nous nous sommes arrêté au bureau de vote numéro 191 à Bambeto. Surprise : deux longues files constituées l’une d’électeurs et l’autre d’électrices nous y ont précédés. Il est 6h23 mn. Le président du bureau, Imourana Barry et ses assesseurs, se démènent pour installer isoloirs, urne et bulletins. Comme au premier tour, nous nous intéressons aux isoloirs. Ils sont deux cette fois-ci, l’un en carton, l’autre constitué de la même drôle de chambre, sauf qu’un rideau de tissu a remplacé le secko de paille qui en fermait l’entrée. A 7h10, le premier électeur, un membre du bureau de vote, met son bulletin dans l’urne. Après ces messieurs et dames du bureau de vote, c’est au tour des personnes âgées et handicapées et enfin, les plus valides. Voilà. C’est fait. Le second tour, tant fixé et tant reporté, venait de commencer.

Mafanco, ce que d’aucuns appellent le fief du leader de l’Alliance Arc-en-ciel Alpha Condé. Il est 8h. Tout le monde (militants et journalistes) attend que ce dernier aille accomplir son devoir civique. Mais il se fait attendre. 9h sonnent sur les sommets du Fouta Djalon. Pas de nouvelle. 10h. Attiré par une odeur alléchante, nous nous approchons d’une vendeuse de riz. Elle se nomme Awa Camara. « Awa épouse Camara », a-t-elle tenu à préciser. Elle espère, lorsque nous l’avions interrogée par rapport à ce qu’elle attendait de ce vote, que le nouveau président (qui qu’il soit) trouvera du travail pour son mari, car ce dernier n’en a pas. Elle appelle également ses compatriotes au calme et à la tolérance. 10 h 20, enfin ! Voilà Alpha Condé qui sort de sa demeure, tout de blanc vêtu, escorté par son épouse et des forces de sécurité armées jusqu’aux dents. On se bouscule. « Poussez ! Ecartez-vous ! », vocifèrent les sbires. Soudain, le délire ! Tout le quartier s’ébranle et fonce sur le candidat, mais stoppé par les loubards, en criant : « président ! président ! président ! » Ces slogans retentiront jusqu’à ce que le candidat plonge son bulletin dans l’urne et retourne chez lui. Aux micros des journalistes, il indique que le peuple vote dans le calme et la tranquillité, qu’il a relevé quelques problèmes dans quelques bureaux, mais que dans l’ensemble, tout va bien. Dixinn Centre 1, il est 10h 35 au bureau de vote n°042. C’est là que le candidat de l’Alliance Cellou Dalein Diallo Président doit voter. A 11h, a-t-on appris. Tout le monde se positionne. On attend. 11h, pas de bonnet de Cellou Dalein Diallo encore moins sa silhouette. « C’est à 14 h qu’il va voter », lance enfin quelqu’un. On se disperse et certains se retrouvent à 12h, à quelques pas du palais Sékoutoureya, où le président intérimaire a mis sa voix dans l’urne. Il la retrouvera néanmoins pour appeler les deux candidats à terminer ce scrutin dans l’unité nationale. Puis il s’en va, en disant qu’il a le sentiment d’avoir tenu sa promesse.

A 14h, Cellou Dalein Diallo arrive dans son bureau de vote dans un boubou aussi scintillant que celui de son concurrent. Il vote, veut parler, mais les journalistes sont tellement nombreux et ses militants si délirants, qu’il décide de faire sa déclaration à son domicile. C’est là qu’il déplorera la destruction d’un bureau de vote en Espagne, où son parti avait obtenu 80% des votes au premier tour. Il indiquera aussi que certains déplacés ne pourront pas accomplir leur devoir civique, du fait notamment de l’éloignement de leur lieu d’habitation d’avec les chefs-lieux de préfecture où ils doivent voter. Mais dans l’ensemble, il salue « la paix et la sérénité » qui prévalent dans tout le pays. Il est 16h lorsque nous écrivions ces lignes. On peut à ce moment, à moins d’un fait de dernière minute contraire (on touche tous les bois de la Guinée forestière) affirmer que, le second tour en Guinée s’est déroulé dans le calme, la tranquillité et la tolérance, et que les Guinéens sont sortis massivement pour voter. Peut-être est-ce le début d’une ère nouvelle pour la cité de Sékou Touré ? La réponse assurément le 10 novembre 2010, date de proclamation des résultats provisoires.

Abdou ZOURE (Envoyé spécial)

ENCADRE 1

Propos de candidats

Alpha Condé, Alliance Arc-en-ciel : « Le vote se passe dans la paix et la tranquillité. Les gens votent et rentrent chez eux tranquillement afin que nous allions à la démocratie dans l’unité et la concorde nationales. On espère qu’avec ce vote-là, nous allons entamer réellement un processus de développement en mettant fin à l’impunité et en ayant un Etat de droit qui protège les biens des citoyens et où la loi s’impose à tout le monde. (Mais) il y a des problèmes. On a attrapé quelqu’un à Farana, un militant de l’UFDG (parti de Cellou Dalein Diallo, NDLR), qui a remplacé l’encre (indélébile) par de l’encre qu’il a mise dans une boîte de sardine. Quand vous l’appliquez sur le bulletin de vote, ça passe à travers. Son bulletin a donc été annulé. A Kankan, il y a beaucoup de gens qui ont leurs cartes numériques mais dont les noms ne figurent pas sur la liste d’émargement. Pour le moment, il n’y a pas de problèmes particuliers ».

Cellou Dalein Diallo, Alliance Cellou Dalein Président : « Il y a une constitution sérieuse, il y a une CENI indépendante et il n’y a pas de candidat sortant au pouvoir. Tout cela concourt à donner à ce scrutin un caractère vraiment démocratique. Les Guinéens ont longtemps attendu pour aller choisir leur président. Je voudrais féliciter les Guinéens pour s’être massivement mobilisés ce matin. Il y a la paix et la sérénité et cela est à mettre à l’actif des autorités de la transition. J’ai des nouvelles du vote des Guinéens de l’étranger et il y en a une qui est très attristante. En Espagne, finalement ils ont cassé le bureau de vote et nous courons le risque d’y perdre le scrutin. Nous y avons gagné à hauteur de 80 % lors du premier tour. Et cette perte risque d’être importante pour l’UFDG et ses alliés. »

Propos recueillis par AZ

ENCADRE 2

Des faits et des gestes à Conakry

* Guinée FM 2010 ou lorsque 20 radios ne font qu’une !

La Guinée ne fera jamais rien comme les autres. En effet, 20 radios de la capitale (disons donc toutes les radios) ont mis toutes leurs ressources en commun pour couvrir en intégralité, de bout en bout, de 7h à 18h, le déroulement de ce second tour. Tous les journalistes de ces radios ont été répartis sur tout le territoire pour retransmettre l’ambiance de cette élection. Ainsi, la Guinée a 20 radios, mais n’a écouté qu’une seule, ce 7 novembre 2010.

* Un service de transport santé

Un service de santé a été mis en place par la Commission électorale nationale indépendante pour transporter les victimes d’éventuels cas de malaise dans les bureaux de vote. Trois numéros ont été communiqués afin d’avertir le plus vite possible ce service.

* Meilleure organisation qu’au premier tour

Quatre mois après le premier tour, le moins que l’on puisse dire c’est que la CENI a eu du temps pour mieux s’organiser. Même s’il subsiste quelques imperfections, comme des bulletins qui n’atteignent par le nombre requis par-ci ou des casquettes qui manquent par-là, l’organisation de ce second tour, dans l’ensemble, a semblé être meilleure qu’au premier tour. Les électeurs passent moins de temps dans les bureaux de vote, ces derniers ont augmenté en nombre dans certaines localités et sont équipés d’isoloirs dignes de ce nom et les bulletins sont mis dans les urnes sous pli. Ce qui n’était pas le cas le 27 juin dernier.

* Bientôt, les militaires de retour dans les casernes ?

Les militaires vont-ils bientôt retourner dans les casernes ? Cette phrase du président par intérim, le général Sékouba Konaté, tenue la veille du second tour, le laisse présumer : « Demain (le 7 novembre, ndlr) marque le début de la fin de la transition ». Il n’appartient apparemment plus qu’aux Guinéens de faire en sorte que ce début se transforme en fin.

* Embouteillages dans les …stations d’essence !

Le samedi 6 novembre, veille du scrutin, aux environs de 18h, les embouteillages ne se trouvaient pas dans les artères de la ville, mais plutôt sous les hangars des stations d’essence. En effet, tout le monde a semblé vouloir s’approvisionner en même temps et au même moment. Mais il demeure que ce sont des provisions de carburant qui étaient faites au cas où… On ne sait jamais !

* Tout le monde ferme, sauf les vendeuses de riz !

Conakry a vécu au ralenti ce dimanche. Pratiquement toutes les boutiques ont été fermées. Sauf bien-sûr les vendeuses de riz, de pain, de pastèques et autres amuse-gueules locaux. Y a élection c’est vrai, mais le ventre, lui, il s’en fout !

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