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Publié par le soleil

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Médina est un des plus vieux quartiers de Dakar. Passage obligé pour se rendre au centre-ville, ce quartier accueille aujourd’hui beaucoup de ressortissants guinéens. La quasi-totalité des boutiques, kiosques de pain, salons de coiffure pour homme, espaces de vente de bois et charbons, gargotes, blanchisseries... leur appartiennent. C’est la nouvelle Guinée au cœur de Dakar.

 

La boutique est gérée par un ressortissant Guinéen. Le vendeur s’appelle Abdoulaye Diallo. Il est venu à Dakar à bas âge. Et aujourd’hui il a 25 ans. Dans un langage humoristique, il affirme que la boutique est une entreprise familiale. Ses parents lui ont confié la gestion. Les rues sont animées en cette matinée à la Médina. Les boutiques sont des lieux très prisés le matin.

 

« Je suis venue à la boutique pour acheter le petit-déjeuner. Franchement, je ne peux rien faire sans avoir pris mon petit-déjeuner », soutient Adji Cissé. Elle entre à la boutique située à la rue 19x14. C’est la bousculade à l’entrée. Un désordre qui renseigne que tout le monde est pressé. La vieille dame Mame Fall supplie ses devanciers sur le lieu. « Je suis votre grand-mère et je suis pressée. Donc, laissez moi passer car le droit d’aînesse s’impose », lance-t-elle. On lui cède le passage. Elle achète une miche de pain, du lait en poudre, du sucre et s’éclipse.

 

Non loin de cette boutique, se trouvent des tas de bois morts et du charbon. Le gérant Mamadou Barry est aussi un ressortissant guinéen. Il a acquis la nationalité sénégalaise en 2002. « Nombreux sont les Guinéens qui ont pris la nationalité sénégalaise. Ce pays est paisible, c’est un havre de paix. Les étrangers travaillent et gagnent leur vie comme les natifs d’ici et sans contraintes majeures. Le Sénégal est un pays exceptionnel. Je le dis pour avoir fait beaucoup de pays en Afrique avant de venir m’installer définitivement ici avec ma femme et mes enfants », dit-il, visiblement réjoui.

 

Cité des affaires


Il soutient que la forte présence des Guinéens à la Médina est liée au fait que les habitants de ce quartier sont très hospitaliers. A cela, s’ajoute la proximité du quartier avec le grand marché de Sandaga et le marché Tilène qui longe l’avenue Blaise Diagne. « Pour fortifier son commerce, il est déconseillé d’être loin des lieux d’approvisionnement en marchandises. En plus, la sécurité règne à la Médina, même s’il y a quelques jeunes désœuvrés qui sèment parfois le désordre », poursuit-il. Le loyer est aussi abordable dans ce quartier. Ce qui a favorisé également l’installation rapide et massive des Guinéens. Depuis 25 ans, Aliou Sow est un Sénégalais vendeur de lait caillé à la rue 15x8. Il soutient que la quasi-totalité des boutiques, kiosques de pain, salons de coiffure pour homme, espaces de vente de bois et charbon, gargotes, blanchisseries, etc., appartiennent aux ressortissants guinéens à la Médina. Il s’agit d’une nouvelle Guinée au cœur de la ville de Dakar. A ce propos, M. Sow salue la cohabitation pacifique entre les Médinois et les ressortissants guinéens.

 

Toutefois, il déplore que la présence guinéenne n’ait aucun impact sur le marché de l’emploi. « Les Guinéens gèrent beaucoup de grands magasins de commerce à Dakar, mais vous n’y verrez aucun jeune Sénégalais. Leur présence n’est pas profitable aux jeunes chercheurs d’emploi alors qu’ils engrangent des millions », argue-t-il.

 

Hady Sow est un Sénégalais d’origine guinéenne. Vendeur de pain dans un kiosque à la rue 17x6, il se réjouit de travailler au Sénégal. Mais, il se lamente de la concurrence déloyale des boutiquiers et des femmes gérantes de gargotes dans la vente du pain. A son avis, ces derniers ne sont pas autorisés à vendre du pain. C’est pourquoi les gens avaient construit un peu partout des kiosques à pain.

 

Les chariots à bras sont portés aussi par des ressortissants de la Guinée. « Les Guinéens sont des travailleurs. Les Sénégalais refusent de faire ces travaux qui enrichissent les Guinéens. Il n’y a pas d’orgueil à gagner honnêtement sa vie », indique Hélène Gomis de à la rue 17.

 

Sous le couvert de l’anonymat, un gérant de magasin à la Médina déclare que dans les domaines des activités économiques comme le commerce, la confiance est fondamentale. « Il est difficile de confier sa boutique à quelqu’un en qui vous n’avez pas confiance. Les Sénégalais sont très hospitaliers. Mais personne parmi eux ne vous confiera une mallette d’argent, encore moins vous révélera le numéro de sa carte bancaire. C’est une question de principe et de sécurité individuelle », précise notre interlocuteur.

 

Coiffeuse à la rue 15x10, Maman Mbengue rapporte que la présence des femmes guinéennes n’est pas ressentie dans le secteur de l’économie informelle notamment la coiffure. « Malgré leur présence massive à la Médina, je n’ai aucune cliente guinéenne ».

 

Habitant à la Médina, Alpha Omar Baldé est un jardinier aux Almadies. Il a construit une belle villa en Guinée, il compte rentrer s’il y a une stabilité institutionnelle. Notre interlocuteur se rappelle toujours les traumatismes vécus par certains Guinéens sous les régimes dictatoriaux.

 

Gérante d’une gargote à la rue 17x8, Adama Diallo s’active autour de ses marmites. Les plats du jour sont le mafé, le riz au poisson et le borokhé. Elle transpire. Les lieux sont bien aménagés. Son garçon de 19 ans, Souleymane Diallo, l’épaule dans la préparation. C’est lui qui va souvent au marché. Le plat coûte 350 Fcfa. Difficile de trouver prix moins bas à Dakar.

 

« Il n’y a pas de honte à aider sa maman au travail. Ses prières valent mieux que les milliards que je peux gagner ailleurs », avoue le garçon avec beaucoup de fierté. A cause du poids de l’âge, son père n’est plus actif. Mme Diallo ne vend que le déjeuner dans sa gargote. Dans l’après-midi, elle gère un étal de cacahuètes, jus de fruits, beignets, fruits... Les femmes ressortissantes créent aussi des espaces de solidarité à travers des tontines.

 

Chômage et déficit d’assainissement


Une promenade dans les rues de la Médina renseigne que beaucoup de jeunes sont confrontés au chômage. Il y a des groupuscules un peu partout. Tous les sujets sont abordés autour de la théière. Des enfants jouent au football dans les rues. Ils sont régulièrement engueulés par des chauffeurs de taxi. Ce quartier souffre aussi d’un problème d’assainissement. Des égouts à ciel ouvert sont visibles partout. L’odeur nauséabonde émanant des eaux usées lacère nos narines. Les chaussées sont parsemées de trous. Il est difficile de se promener dans certaines rues à la Médina. Les ordures sont jetées pèle mêle. Le quartier garde toujours son architecture d’antan avec de vieilles bâtisses. Il n’y a pas d’espaces verts, ni d’aires de jeu. Quelques non voyants sont en quête d’aumône. Ils scandent les noms de Dieu. On ne s’ennuie pas dans ce quartier. Une ambiance festive y règne. La jovialité caractérise les populations. Pratiquement, tout le monde se connaît. Et c’est toujours une fierté d’être un enfant de cette Médina chantée par le roi du mbalax, Youssou Ndour.

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