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La Guinée nouvelle

Qui est Sékouba Konaté?

À peine Sékouba Konaté avait-il revêtu le costume du nouvel homme fort de la Guinée qu'il était déjà donné pour mort par plusieurs médias. Consécutive à l'hospitalisation du chef de l'État guinéen par intérim, l'annonce s'est finalement révélée fausse... mais a sans nul doute donné quelques sueurs froides aux diplomates occidentaux basés à Conakry, qui voient désormais en lui le garant d’une transition politique pacifique dans le pays.

Le 6 janvier, après s’être rendu au chevet du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, hospitalisé au Maroc depuis la tentative d’assassinat dont il a été victime le 3 décembre, Sékouba Konaté s’est dit prêt à nommer un Premier ministre issu des rangs de l’opposition. En ouvrant ainsi la voie à la formation d’un gouvernement d’union nationale, le ministre de la Défense a définitivement tourné la page Camara. Et posé les jalons d’un processus censé rendre le pouvoir aux civils par la voie des urnes.

Dans un pays dirigé depuis plus de 25 ans par les militaires, la défiance reste toutefois de mise. "Par le passé, beaucoup de promesses de ce genre ont été faites. Mais elles n’ont jamais été tenues", rappelle Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Aujourd’hui, nombre d’observateurs se demandent en effet si la junte acceptera de céder les clés de la présidence à des politiques depuis trop longtemps éloignés de la chose publique. "Le général Konaté bénéficie-t-il de suffisamment d’appuis au sein de l’armée ? Quelle est sa véritable marge de manœuvre ? Il est trop tôt pour le dire", poursuit le chercheur.

 

 

Originaire de Guinée forestière - comme Moussa Dadis Camara -, né d’un père officier ayant servi dans l’armée du président Sékou Touré et d’une mère d’origine libanaise, le "Tigre", comme on le surnomme, possède un curriculum vitae qui a su gagner le respect des troupes.

Chez les paras français

Après avoir passé son adolescence à Conakry, le jeune Sékouba Konaté remise le ballon rond qu’il affectionne tant pour incorporer, en 1985, l’armée de Lansana Conté, arrivé au pouvoir un an plus tôt. Puis, soucieux de compléter sa formation militaire, il rejoint l’Académie royale de Meknès, au Maroc, avant de s’envoler pour le sud de la France où il décroche un brevet de chef de section parachutiste.

De retour en Guinée, un proche de sa famille, le général Kerfala Camara, chef d’état-major et futur ministre de la Défense, le prend sous son aile. D'abord dans le collimateur du président Conté après les mutineries de 1996 - ce qui lui vaut d'effectuer un court séjour en prison -  le jeune gradé obtient par la suite le poste de commandant adjoint du détachement des parachutistes dans le nord du pays, avant de s'illustrer, entre 2000 et 2002, à la tête des commandos Rangers en charge de repousser les bandes armées venus de la Sierra-Leone et du Liberia voisins. Finalement rappelé à Conakry, ses supérieurs le chargent, entre décembre 2006 et janvier 2007, de mater une énième mutinerie qui menace d’embraser le pays.

À la mort du président Lansana Conté, le 22 décembre 2008, il participe au coup d’Etat qui porte au pouvoir une junte dont il refuse de prendre la tête. En quête d’un leader, les putschistes confient les rênes du Comité national pour la démocratie et le développement (CNDD) au capitaine Moussa Dadis Camara, le très populaire directeur général des hydrocarbures de l'armée. Loin des considérations politiques, Sékouba Konaté préfère concentrer ses efforts sur les questions militaires.

Sans jouer des coudes

Tout juste promu général, il devient, le 13 janvier 2009, ministre de la Défense et deuxième vice-président du CNDD. L’occasion pour lui de garder la mainmise sur les commandos Rangers, ainsi que sur le Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), qu’il a dirigé lors du putsch de décembre 2008, et de nommer ses affidés aux plus hautes fonctions de la grande muette. Autant de précautions qui lui ont permis d’occuper, sans avoir besoin de jouer des coudes, le fauteuil présidentiel laissé par Moussa Dadis Camara.

Seulement voilà : aujourd’hui propulsé à un poste qui suscite bien des convoitises au sein d’une junte minée par les luttes de clans, le général Konaté craint pour sa sécurité. Avant de répondre favorablement à la demande des Occidentaux qui lui demandaient d’accélérer le retour à la démocratie dans son pays, le "Tigre" a obtenu des États-Unis et de la France une aide technique qui devrait lui permettre de restructurer une armée guinéenne réputée instable, sinon frondeuse.

Sékouba Konaté s’est donné six mois pour offrir à ses concitoyens une élection présidentielle libre et transparente. Six mois durant lesquels il devra s’assurer qu’aucun militaire malintentionné ne veuille prendre sa place...

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