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La Guinée nouvelle

Rendez-vous manqué avec Jean-Marie Doré, Premier ministre de Guinée

A Conakry, les informations circulent surtout dans les maquis, ces bars plus ou moins clandestins où les chargés d'affaires et les fonctionnaires descendent boire une bière en quittant le bureau. Un chargé de communication croisé dans l'une des tavernes les mieux fréquentées de la ville, propose un rendez-vous avec son nouveau patron, Jean-Marie Doré, 75 ans, Premier ministre de transition.

Le surlendemain, rendez-vous est pris, à 9 heures «au plus tard», pour un entretien avec cet ancien opposant.

A l'heure dite, les grilles de l'ancien palais présidentiel de Lansana Conté franchies, les bureaux de la nouvelle «primature» paraissent encore vides.

Au dernier étage du bâtiment, une secrétaire annonce d'un ton sans appel: «Il n'est pas là». Elle invite à prendre place dans le «petit salon», celui des privilégiés qui n'ont pas à attendre des heures dans la «salle d'attente» -une pièce qui porte officiellement ce nom dans les antichambres de tous les cabinets ministériels de Conakry. A la primature, cette grande pièce à la moquette élimée, aux larges fauteuils et aux tentures jaunes a vu passer, ces trois dernières semaines, des cohortes de prétendants à des postes dans le prochain gouvernement de transition.

Dix heures. Jean-Marie Doré n'est toujours pas là. Peu de mouvements dans la primature. Un jeune en chemise passe une tête par la porte, et un homme aux cheveux blancs arrive, le badge rangé dans la poche. Sans se présenter, ce chef du protocole de Jean-Marie Doré, un fidèle de son parti, annonce que le Premier ministre sera en retard, parce qu'il est allé chercher sa femme à l'aéroport...

Le pays attend depuis trois semaines l'annonce du gouvernement qui va mener le pays aux élections, mais le chef du protocole déclare que le Premier ministre «n'est jamais là avant 11 heures».

Onze heures. Les couloirs s'animent. Des militaires vont et viennent, signe annonciateur de l'arrivée imminente du Premier ministre, qu'ils escortent. Une femme en grande tenue rose prend place dans le petit salon, déclarant avoir rendez-vous depuis la veille à 9h30. Le chef du Parti de l'unité du peuple (PUP), le parti de l'ancien président Lansana Conté, s'installe lui aussi dans un fauteuil et commence à discuter politique avec le chef du protocole.

Onze heures et quarante minutes. Jean-Marie Doré arrive d'un pas pressé. Il s'engouffre avec plusieurs personnes qui le suivent dans son bureau. Il reçoit très vite la dame en rose, qui ressort au bout de dix minutes, puis le chef du PUP, qui n'en a pas pour longtemps. Vient notre tour.

Le chargé de communication fait les présentations. A la vue d'un magnétophone, le Premier ministre se raidit. Il demande à ce que l'appareil soit rangé et s'enquiert de ce qui amène une journaliste française dans son bureau. Était-il averti de ce rendez-vous? L'entretien est reporté au lendemain matin à 9h00, afin de mieux s'y «préparer». Comme le dit Nadine Barry, une Française installée de longue date en Guinée : «Si l'Afrique est l'école de la patience, la Guinée est une université».

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