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La Guinée nouvelle

Sénégal: Les mendiants défient l'interdiction de manche

 

 

Avertis de l'interdiction de la mendicité sur la voie publique, une mesure du gouvernement sénégalais entrée en vigueur jeudi, les mendiants qui occupaient d'habitude les rues du centre-ville de Dakar, s'adonnent maintenant à un jeu de cache-cache avec les forces de l'ordre.

Le Premier ministre sénégalais, Souleymane Ndéné Ndiaye, a pris la décision mardi, d'interdire la mendicité sur la voie publique. La mesure a été annoncée au cours d'un conseil interministériel auquel ont pris part des partenaires au développement et des représentants de pays limitrophes tels que le Mali et la Guinée-Bissau, deux pays considérés comme pourvoyeurs de mendiants.

Pour justifier cette décision qui exige que désormais, les mendiants devaient se rassembler au niveau des lieux de culte, à savoir les mosquées et les églises, pour y recevoir l'aumône, le gouvernement a expliqué que c'était surtout pour lutter contre la mendicité des enfants, en proie à toutes les formes d'exploitation et de 'traite des êtres humains'.

Jeudi, Dakar a quelque peu changé de visage. Délaissant les grandes artères telles que la place de l'Indépendance, le boulevard de la République ou les carrefours, les mendiants se sont repliés vers les différentes ruelles de la capitale sénégalaise, en ce mois de ramadan réputé propice pour donner l'aumône aux démunis.

Au niveau de la Cité des Eaux, un quartier de la capitale sénégalaise, fief de mendiants ressortissants du Mali et de la Guinée-Bissau, entre autres, les hommes, des handicapés, pour la plupart, accompagnés de femmes tout aussi handicapées ou mères de jumeaux, d'albinos, etc., se divisent en petits groupes, évitant ainsi de se faire remarquer.

Par contre, aux alentours de l'Immeuble Kébé, au centre-ville, endroit où les mendiants venaient de tenir une assemblée générale, l'atmosphère est à la révolte contre la mesure gouvernementale.

Leur porte-parole, Salif Sow, un handicapé, est formel: 'Nous n'allons pas quitter les rues. Nous sommes des responsables de famille, incapables de travailler et ne disposant d'aucun soutien. Les mosquées au niveau desquelles on veut nous renvoyer sont faites pour prier et non pour mendier. Si tous les handicapés s'y rendent, comment vont prier les fidèles?'.

'Nous réclamons plutôt le soutien du gouvernement pour la formation et le financement afin que nous puissions travailler. Personne ne mendie de gaieté de cœur. Ce que l'Etat doit plutôt faire, c'est de renvoyer les étrangers venus de la sous-région chez eux, puis, régler le problème des handicapés sénégalais', a-t-il ajouté.

Interpellé, Laba Cissé Diop, malvoyant et responsable d'une organisation sénégalaise de handicapés, a laissé éclater sa colère. Selon lui, cette décision a été prise 'sans demander l'avis des handicapés. Il est vrai que des études ont montré que la mendicité a augmenté. Nous ne voulons certes pas que les mendiants dorment dans la rue, mais personne ne peut leur dénier le droit de mendier'.

'L'Etat, a-t-il préconisé, devait penser aux mesures d'accompagnement avant de prendre une telle mesure. Le Sénégal a voté la loi d'orientation et signé les conventions sur les personnes handicapées. Si l'Etat appliquait ces mesures, on verrait moins de mendiants dans les rues'.

M. Diop a rappelé la directive du chef de l'Etat, Abdoulaye Wade, recommandant à chaque ministère de recruter au moins deux handicapés, mais 'cela n'a jamais été appliqué'.

Mère de jumeaux, Téning Kaba, et Aminata Kamissogo, une aveugle, assises au milieu d'un groupe de mendiants ressortissants du Mali, ont dit qu'elles et leurs compatriotes s'adonnent à la mendicité à cause de leur handicap et de la pauvreté qui les frappent.

'Nous sommes des pères et mères de famille sans moyens pour subvenir aux besoins de nos familles. Nous avons été obligés de quitter notre pays, parce que nous n'y avions pas de quoi nous nourrir', se justifie Mme Kaba.

'Nous avons choisi le Sénégal parce que ce pays, grâce à ses grands guides religieux, est une terre de générosité et de solidarité. Ici, la mendicité rapporte plus qu'au Mali', a-t-elle ajouté.

Pour elle, si les autorités sénégalaises leur en donnait les moyens, les mendiants allaient travailler comme tout le monde. 'Nous demandons à votre gouvernement de nous aider', a indiqué Mme Kaba.

'Sinon, a-t-elle avancé, nous demandons à l'Etat de nous aider à trouver un lieu où nous pourrons nous installer afin d'y recevoir l'aumône des personnes charitables, sans que nous soyons obligés de parcourir les rues'.

Disant qu'elle et ses compatriotes ne pouvaient nullement se révolter, car étant en pays étranger, Mme Kamissogo a suggéré aux autorités sénégalaises, l'initiative de Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso.

Selon elle, 'au Burkina, on avait rassemblé tous les mendiants en des endroits où ils pouvaient attendre les donateurs. On avait, par la suite, formé et subventionné les plus valides afin qu'ils puissent travailler et gagner honnêtement leur vie. Aux cultivateurs, on avait offert des lopins de terre'.

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