Quelques semaines et un attentat plus tard, le même Toumba était devenu un héros aux yeux de nombreux Guinéens. Depuis qu’il a ouvert le feu sur le capitaine Moussa Dadis Camara (putschiste acclamé, puis honni), l’admiration qu’il suscite est telle que les messages de sympathie à son endroit pleuvent sur Internet. « Allah le tout puissant, je te prie de bien vouloir protéger Toumba Diakité pendant très longtemps! » ; «Toumba est mon héros, et la majorité des Guinéens le pardonnent pour tout crime qu’il est accusé d'avoir commis », peut-on lire sur le site de Jeune Afrique. On encense « Toumba le liberateur » (sic !)



Eh bien non, Toumba n’est pas un héros ! Comment un homme soupçonné d’être responsable des atrocités du 28 septembre pourrait-il être un héros ? Comment celui qui a tiré sur un chef d’État - fût-ce un putschiste dont on dit que la place était à l’asile ou au cirque plutôt que dans un fauteuil présidentiel -, pourrait-il être mis sur un piédestal ? Cela signifie-t-il que la nature de la victime d’un crime déterminerait la gravité de l’acte commis ? Si tel est le cas, cela suppose que toute personne qui, pour une raison ou pour une autre, ne trouve pas grâce à nos yeux, pourrait devenir la cible d’un pseudo-justicier ? Un crime reste un crime. Il n’y en a pas de « bon » qui s’opposerait à un « mauvais ». Et Toumba, comme Dadis, doivent répondre de leurs actes devant la justice.




En plus, lors de mon dernier passage à Conakry, au début du mois de février, je n’ai croisé aucun fan de Toumba. Rares sont ceux, d’ailleurs, qui osent prononcer son nom ! C’est étrange comme les opinions, même les plus détestables, fleurissent sur la Toile. Et les pro-Toumba ne sont pas les seuls à profiter de cette liberté malsaine qu’elle offre (trop) souvent…