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La Guinée nouvelle

TRANSITION GUINEENNE: gare aux pêcheurs en eau trouble !



La marche sans heurt de la transition en Guinée Conakry ne réjouit pas certains Guinéens. A en croire le premier d’entre eux, le général Sékouba Konaté, chef de l’Etat par intérim, il y a des militaires qui voudraient « saboter la transition ». Ces gens en armes, qu’ils soient simples soldats ou officiers, Sékouba Konaté les a fermement mis en garde le 12 mars dernier au camp militaire Alpha Yaya Diallo de Conakry.



Ils en ont pris pour leur grade au regard du ton ferme du n°1 guinéen. Comme s’il avait en face de lui ces personnes qui veulent tout ramener en arrière, le président par intérim a lancé que « quiconque va se hasarder à entraver cette démocratie, là où vous êtes, c’est là-bas que nous allons foncer. C’est un avertissement solennel que je vous donne … » On a du mal à croire un seul instant que des personnes sensées aient intérêt à ce que le processus de transition laborieusement mis en œuvre, déraille.



A moins que celui que l’on surnomme "Le Tigre" ne voie la complotite partout, comme ce fut le cas de Sékou Touré avec pratiquement un coup d’Etat fomenté et déjoué chaque jour. Mais Sékouba Konaté doit bien savoir de quoi il parle. Dans l’armée guinéenne, selon Dadis Camara lui-même « un sergent peut dire merde à un général ». C’est donc une armée dans laquelle la discipline n’est pas la chose la mieux partagée et qui, dans le même temps, est traversée par de multiples courants. Avec des pro-Dadis, des pro-Pivi, des pro-Toumba, tout peut arriver et des craintes subsistent que certains porteurs d’armes ne mettent des bâtons dans les roues du processus. Des craintes qui se sont même renforcées depuis la mise à la retraite forcée de Dadis Camara. Celui-ci a beau appeler solennellement depuis Ouagadougou tous les Guinéens à soutenir le président par intérim, bon nombre de ses partisans n’arrivent pas à se faire l’idée que tout se déroule sans leur chef.



Civils comme militaires, ces derniers sont prêts à tout pour faire revenir le capitaine aux affaires. Or, si l’ex-chef de la junte revient aux commandes, il y a de fortes chances que l’on fasse le deuil d’une transition apaisée. Toute chose qui serait contraire aux actions du général Sékouba Konaté qui, contrairement à son frère d’armes, n’affiche aucune ambition présidentielle. Et si jamais il doit en avoir, ce serait bien après, à la manière d’un Amadou Toumani Touré qui est revenu après avoir conduit à bon port le bateau de la transition.



Mais en attendant, "Le Tigre" est préoccupé par la réussite de la transition. C’est la raison pour laquelle il veille à sa bonne conduite et se montre intraitable avec tous ceux qui voudraient faire dérailler le train. Lequel train met tout en œuvre pour arriver à l’heure en gare le 27 juin prochain, date du premier tour de l’élection présidentielle. Avant cette date, les petits plats sont mis dans les grands avec l’installation, le 13 mars, de la présidente du Conseil national de la transition (CNT), Hadja Rabiatou Serah Diallo.



Au même moment, une délégation de l’Union européenne chargée du suivi de la Guinée suite au coup d’Etat du 23 décembre 2008 achevait sa mission dans le pays. Avant de partir, elle a annoncé une bonne nouvelle, à savoir la libération prochaine de 12 millions d’euros de contrats gelés au profit du pays et le paiement d’arriérés à hauteur de 8 millions d’euros. Et si tout va bien, il est prévu le déblocage de l’aide à la Guinée dans le cadre du 10e FED (Fonds européen de développement) après les législatives.




Mais, par la faute de pêcheurs en eau trouble, cette manne et bien d’autres acquis comme la stabilité, pourraient irrémédiablement être remises en cause. Gare à eux car ils auront "Le Tigre" sur leur route. Et en bon tigre, il « ne chante pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore » comme le disait l’écrivain et Prix Nobel de littérature, le nigérian Wole Soyinka.



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