La Guinée nouvelle
3 Janvier 2013
Jean-Francis Bozizé, ancien adjudant dans la Légion étrangère, s'était illustré dans le maquis en dirigeant les troupes de son père contre les forces loyales au régime du président Ange-Félix Patassé, finalement renversé en 2003. C'est également lui qui avait conduit l'entrée triomphale des "patriotes" dans Bangui. Actuellement colonel, il devait être promu général prochainement ; certains le voyaient déjà prendre la suite de son père.
Mercredi, les rebelles centrafricains de la Séléka ont annoncé qu'ils suspendaient leur offensive en direction de la capitale, Bangui, et s'appêtaient à envoyer une délégation aux pourparlers qui doivent être organisés à Libreville, au Gabon.
"J'ai demandé à nos forces de ne pas bouger de leurs positions à partird'aujourd'hui parce que nous voulons participer aux discussions de Libreville pourtrouver une solution politique", a déclaré Eric Massi, porte-parole du mouvement, joint par téléphone à Paris. "Je suis en discussion avec nos partenaires pouravancer des propositions afin de mettre fin à la crise, mais une solution pourrait être une transition politique dont le président serait exclu", a-t-il ajouté.
POURPARLERS
Les pays d'Afrique centrale réclament depuis le 21 décembre la tenue de pourparlers au Gabon entre le gouvernement centrafricain et la rébellion, pourtrouver une issue à la crise ouverte par l'offensive de la Séléka. Le président François Bozizé s'est déclaré prêt à un dialogue sans condition en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Jusqu'à présent, la rébellion, qui contrôle une grande partie du pays, disait ne pascroire à ses promesses et réclamait son départ. Son porte-parole, Eric Massi, avait même brandi la menace d'une marche sur Damara et Bangui. Après avoirenlevé plusieurs villes du Nord et du centre depuis le 10 décembre face à unearmée centrafricaine incapable de lui résister, la rébellion campe actuellement à Sibut, à 160 km au nord de la capitale centrafricaine.
AVERTISSEMENT DE LA FORCE D'AFRIQUE CENTRALE
Face à cette menace de la Séléka, les pays d'Afrique centrale ont envoyé des renforts à Damara pour protéger Bangui. Le général Jean-Félix Akaga, commandant de la Force multinationale d'Afrique centrale (Fomac), a averti mercredi les rebelles que toute tentative de prendre la ville de Damara, dernier verrou à 75 km de la capitale, serait considérée comme "une déclaration de guerre". "Nous ne céderons pas Damara, que ce soit clair. Si les rebelles attaquent Damara, (...) cela veut dire qu'ils ont pris la résolution d'engager les dixEtats d'Afrique centrale", a-t-il déclaré depuis Bangui.
"Bangui est militairement protégée", a aussi assuré le général Akaga, réaffirmant que la Fomac s'interposait pour empêcher une reprise des hostilités. "La ligne rouge est valable pour les FACA et pour les rebelles. (...) Nous empêchons dans les deux sens de la franchir", a-t-il souligné. "Nous sommes dans un statu quo. Je pense qu'il y a une volonté de part et d'autre d'attendre les négociations à Libreville", a-t-il encore estimé.
Le chef de l'Etat tchadien, Idriss Déby Itno, président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale, est un allié du président
Bozizé, qu'il a aidé à prendre le pouvoir en 2003 . Il avait déjà prévenu lundi que Damara constituait "une ligne rouge à ne franchir par aucune des deux parties". Les troupes tchadiennes forment le gros des effectifs de la Fomac, qui devraientatteindre 760 hommes à la fin de la semaine. La France, ancienne puissance coloniale, dispose aussi de près de 600 soldats sur place pour protéger ses
ressortissants.
La Séléka réunit quant à elle trois anciens mouvements rebelles – le CPJP, l'UFDR et le CPSK –, et accuse François Bozizé d'être revenu sur un des accords de paix de 2007, qui prévoyait une indemnisation pour les combattants ayant accepté de déposer les armes.
Les barrages de Bangui
Dans Bangui, de nombreux "patriotes", répondant à l'appel de M. Bozizé, élèvent dès la nuit tombée des barrages pour prévenir toute incursion rebelle. "On demande les papiers, on vérifie si la personne parle sango ou français. S'il ne les parle pas, c'est automatiquement un suspect et on l'emmène à la gendarmerie", dit un jeune. Langue nationale, le sango n'est pas parlé par les populations du Nord, région à dominante musulmane d'où sont originaires la majorité des rebelles. Dans la nuit de lundi à mardi, un jeune musulman interpellé par ces milices a tenté de s'échapper. Il a été abattu par des militaires.
Quatre morts mardi
Quatre personnes ont été tuées mardi dans des heurts qui ont éclaté dans un village proche de Bambari, région sous contrôle de la rébellion. Selon des habitants, les rebelles tentaient de piller une sucrerie pour la seconde fois en quelques jours."Excédés, les habitants se sont soulevés et se sont opposés aux pillages menés par les rebelles (...) Furieux, les rebelles ont ouvert le feu sur les habitants, tuant deux d'entre eux. Dans les heurts qui ont suivi, deux rebelles ont été poignardés à mort" a indiqué à l'AFP un habitant par téléphone. "La tension est très vive dans la localité. Les habitants de Ngakobo ont décidé de protéger le complexe sucrier au prix de leur vie", a affirmé la source.