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Le seul à croire encore en la grandeur de Guicopres est sans nul doute, Fodé Baro dont la belle chanson dédiée à Kerfalla
Camara (KPC), PDG du groupe, continue de faire danser plus d’un. Mais à Guicopres l’ambiance, depuis l’élection d’Alpha Condé, n’est plus au zouk manding. D’innombrables marchés gelés,
des filiales fermées, des travailleurs sans salaires depuis environ six mois, se font payer pour certains… en matériaux de construction, des problèmes avec le fisc, des audits, etc. Mais
aussi des problèmes avec le pouvoir ? C’est la panique à bord. Grandeur et décadence d’un géant aux pieds d’argile…
En 1998, Kerfalla Person Camara (KPC), un self made man sachant tirer profit de ses relations, crée Guicopres. Douze ans plus
tard, la petite entreprise de BTP, dévient un groupe avec quatre filiales et une fondation pour l’humanitaire ! Avec un marché de gré à gré de plus de 500 milliards de francs guinéens
portant sur la rénovation des camps militaires ; des marchés de construction des routes, d’hôtels, etc., le groupe atteint les sommets à la vitesse d’un fusée. A ses heures de gloire, il
emploie environ 1500 personnes et collabore avec d’innombrables sous-traitants. Travailler chez KPC dévient ‘’in’’ à Conakry. Son travailleur à l’époque roulait carrosse, était adepte de
farniente et bombait le torse à l’image du…P-D-G. Guicopres se taille la place ô combien enviable de la première entreprise privée du pays. Et achète des machines de BTP de dernière
génération.
A l’époque les superlatifs ne manquaient pas pour désigner le PDG, KPC. Pour le magazine panafricain, Jeune Afrique, c’était
‘’le nouvel homme fort de l'économie guinéenne’’ et ‘’Les Afriques’’ parlait carrément du ‘’jeune milliardaire guinéen’’. Fruit, selon le site internet du groupe, d’une ‘‘politique
dominée par l’audace et l’ambition de compter parmi les plus importants en Guinée et… en Afrique’’. Soit. Mais cette audace à une origine. Fin 2008, le général Lansana Conté décède au
moment où l’Etat guinéen miné par des mouvements sociaux et politiques était déliquescent. De ‘’jeunes’’ militaires profitent de la situation pour remettre en cause les institutions
républicaines et s’emparent du pouvoir. A leur tête, un certain capitaine Moussa Dadis Camara et un autre un peu plus connu, un colonel devenu plus tard général, Sékouba Konaté alias El
Tigre pour ne pas le nommer. Ils s’installèrent au camp Alpha Yaya qui devient le centre politique et d’affaires du pays. Tout le monde y va pour trouver solution à son problème. Et KPC,
bien aiguillé, suit le mouvement. Premier coup ? Rénover le camp qui abrite la bande à Dadis. Le contrat s’étend à la quasi-totalité des garnisons du pays. Le cout ? Environ 500 milliards
GNF !
La chance du ‘’Katala’’ (débrouillard) était le général Sékouba Konaté –président par intérim après l’attentat contre Dadis-,
qui par ailleurs a tiré, pendant la transition, beaucoup d’autres jeunes de Conakry du trou. C’est lui qui, à tort ou à raison, a fabriqué le KPC milliardaire en lui facilitant l’accès
aux marchés juteux. Ce dernier le lui reconnaitra plus tard d’ailleurs en lui donnant le nom d’un de ses garçons. Ça c’était le côté jardin de l’affaire. Pour revenir à nos milliards,
pardon à nos moutons, rappelons que Guicopres s’est tapé d’autres contrats publics (hôpital Donka, agence BCRG, routes, etc.). Les marchés sont si importants que le groupe pour les
réaliser fait appel aux sous-traitants ! ‘‘C’était pour le PDG une façon d’aider les autres entrepreneurs à se développer’’, justifie un cadre de Guicopres. Qu’à cela ne tienne, la boite
devenue grosse se tape un siège digne d’un holding étranger installé en Guinée. Le siège est inauguré avec tambour et trompettes par, excusez du peu, Jean Marie Doré, Premier ministre de
la Transition présidée par Sékouba Konaté. La société s’internationalise et sa filiale BTP est désignée en 2011, meilleure entreprise au Company Awards. Le monde s’ouvre à elle. Mais
entretemps, le régime avait changé à Conakry et Sékouba Konaté n’était plus là…
Ah ce rapport de la Cour des comptes française !
Les ennuis de Guicopres commencèrent sans nul doute après l’élection d’Alpha Condé qui, se basant sur des conclusions d’un
rapport la Cour des comptes française, gela la plupart des travaux contractés pendant la Transition. Que disait la très sérieuse Cour des comptes ? Entre 2009 et 2010, l’Etat a une
connaissance incomplète du montant de ses engagements. 617 marchés ont été enregistrés en 2009 (100) et 2010 (517) par la Direction nationale des marchés publics (DNMP), pour un montant
nominal de 13 500 milliards de Francs Guinéens, soit selon le cours du marché à l’époque, environ 1,5 milliard d’euros. Mais nombre d’entre eux ont régularisé des commandes, voire des
livraisons, antérieures à leur notification. De surcroit, des commandes ont été passées pour un montant deux fois plus élevé, sans reposer sur des marchés validés par le Ministère de
l’économie et des finances puis enregistrés par la DNMP. L’Etat est ainsi incapable de connaître le niveau de ses engagements. La situation appelle un redressement de l’ensemble de la
commande publique, l’Etat n’ayant presque jamais mis en concurrence formelle ses fournisseurs en 2009 et 2010.
Sur un échantillon de 82 marchés examinés, engageant l’Etat pour plus de 9 000 Mds FG, seuls trois ont fait l’objet d’un appel
d’offres, alors que tous dépassent le plafond autorisé pour traiter de gré à gré. Pis, faute de l’usage homogène d’un cahier des clauses administratives, les conditions juridiques,
notamment de résiliation, varient d’un marché à l’autre, au risque de mettre en péril les intérêts de l’Etat… Des avances « de démarrage » ne sont suivies d’aucun début d’exécution.
Inversement, des chantiers commencent sans acompte versé au fournisseur, avec un surcoût financier pour l’Etat qui demeure inconnu. Des acomptes excèdent parfois durablement le
pourcentage de réalisation des travaux à court terme. Par ailleurs, Les fournisseurs sont payés par l’Etat au moyen d’instruments hétérogènes tels que « lettres de garantie » détournées
de leur finalité habituelle, « titres de paiement » sans contrôle financier, ou « régies d’avance » qui n’en sont pas. La chaîne de dépenses n’est de ce fait pas exhaustive, du moins en
temps réel. Il en résulte des risques de double paiement… Guicopres qui, selon le même rapport a cumulé 43% des marchés publics libérés au cours de la période considérée, est l’épicentre
des entreprises incriminées ! Le gel des contrats 2009/2010 n’est pas de nature à la tirer vers le haut. La richesse du groupe ne tenant qu’à ces marchés, le tigre sent le sol se dérober
sous ses pieds.
Des emplois en sursis
L’une des particularités de Guicopres était son ‘’audace’’ à préfinancer de grands travaux. A titre d’exemple, le camp de la
Gendarmerie en haute banlieue de Conakry fini à plus de 70%. Selon une source proche du groupe, dans différents chantiers ‘’les travaux réalisés ou en cours s’évaluent à plus de 415
milliards de GNF’’. Somme que le groupe réclame à l’Etat. ‘’Quand vous préfinancer des travaux sans le moindre engagement de l’Etat, vous le faites à vos risques et périls’’, commente une
source gouvernementale. Le risque et le péril, le côté cynique de la réalité dans le monde des affaires, celle là même qui fragilise (le mot est faible) le groupe de KPC. Depuis le gel
des marchés, ses contrats avec l’Etat se résument à quelques misères de kilomètres de routes à Conakry, à l’hôtel de la Caisse de Sécurité Sociale à Boké, au bâtiment des ‘’15 étages’’
face de la présidence où le groupe aurait engagé 50 milliards de GNF sans être payé ! Comme si cela ne suffisait pas, le groupe a à ses trousses, le Comité d’Audit qui doute de la
fiabilité de certains de ses travaux réalisés.
A l’instar de « l’insubmersible » Titanic ou le Concordia, le navire Guicopres tangue dangereusement en attendant le miracle.
Seul environ le tiers des 1500 emplois est resté. Ces emplois sont aussi en sursis ! D’ailleurs la plupart des travailleurs est restée sans salaire depuis six mois. Et, selon nos sources,
certains se font régler… en matériaux de construction. La filiale de l’immobilier (GMIMM) est fermée. Elle a été créée en janvier 2010 pour construire ‘’des logements et des
infrastructures allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des populations et à la promotion du secteur immobilier’’. Avec elle, l’oraison funèbre de la fondation KPC
pour l’humanitaire a suivi. L’heure n’est plus au ‘’Samaritanisme’’ ! Il ne reste plus que la filiale mère chargée des BTP, celle chargée du Transit et une autre chargée des services
divers dont la représentation des sociétés étrangères en Guinée.Des problèmes avec le pouvoir ?
Des travailleurs en sursis
Certains contrats 2009/2010 donc gelés, auraient été relancés. Parmi eux, aucun de Guicopres. De là à croire que le pouvoir
actuel a des problèmes particuliers avec le groupe, il n’y a qu’un pas, qu’un travailleur dudit établissement n’a pas hésité à franchir. ‘’Pendant l’austérité, au moment où nous sommes
dans un programme formel avec le FMI, nous n’engageons que des dépenses prioritaires. Ce n’est pas une cabale contre Guicopres, mais c’est une question de priorité’’, se défend un cadre
du ministère des Finances. De toute façon, certains trouvent incompréhensible le ‘’différend’’ entre le pouvoir et KPC qui, selon des rumeurs, aurait financièrement soutenu l’alliance qui
a porté Alpha Condé au pouvoir. Même si en homme d’affaires avisé, il n’aurait pas abandonné l’adversaire de ce dernier, entre les deux tours de la présidentielle.
Qu’à cela ne tienne, un expert comptable nous révèle que le groupe Guicopres trainait en lui-même les germes de sa chute. Et
cela n’a rien à voir avec le côté bling bling de son PDG que les détracteurs de KPC, mauvaises langues, pointent du doigt. L’entreprise, selon notre expert comptable, était gérée en se
jouant des règles cardinales de la gestion. Le recrutement du personnel était hasardeux, ne tenant compte que des liens spécifiques avec le PDG qui se plaisait de jouer le don Quichotte
devant caméras et micros. Pour les motifs de son départ de Guicopres, un ancien travailleur nous disait : ‘’Là-bas, ton chef s’appelle Grand X, Grand Y ou Grand Z, je ne pouvais pas
m’épanouir !’’ L’entreprise non plus.
Ibrahima S. Traoré
Guinée7
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