La Guinée nouvelle
9 Août 2013
A l’occasion du premier anniversaire de la commémoration des tristes évènements survenus à Zogota le 04 Aout 2012, la Coordination de la Jeunesse de la Guinée Forestière (COJEF) déclare :
04 Aout 2012 – 04 Aout 2013, ce la fait un an,
jour pour jour, que de paisibles citoyens de Zogota ont été nuitamment et sauvagement tués par des hommes lourdement armés, après avoir réclamé le droit d’être recrutés dans la société ZAGOPE
chargée de l’exploitation du mont Yönö, longtemps et jalousement conservés par leurs ancêtres. En ce souvenant de ce triste évènement nous célébrons la mémoire de nos dignes pères, frères et fils
morts à Zogota et implorons pour eux les mânes de nos ancêtres et la miséricorde de Dieu, afin qu’ils entrent dans la vie éternelle. Nous voulons affirmer notre compassion à l’endroit des
familles éplorées et exprimer notre détermination de ne jamais laisser dans l’oubli le sang de ces innocents, versés sur le sol de nos ancêtres, qui aujourd’hui sont des martyrs.
En commémorant ce triste souvenir la
Coordination de la Jeunesse de la Guinée Forestière voudrait attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale, de la cour de justice de la CEDEAO et de la Cour Pénale Internationale
sur la suite réservée à cet évènement tragique et ignoble, que nous considérons comme une atteinte grave aux droits de l’homme et un crime contre l’humanité.
La Coordination de la Jeunesse de la Guinée
Forestière à Conakry, en prenant acte de l’ouverture d’une enquête judiciaire par l’Etat constate, tout de même, une lenteur effroyable dans la gestion de ce dossier. Beaucoup de voix s’étaient
élevées pour condamner le carnage de Zowota et demander que justice soit rendue. Des manifestations et meeting ont été organisés qui, malheureusement ont été étouffés par la police, l’Etat au
lieu de mettre en mouvement l’action publique, c’est plutôt les victimes qui se sont constituées en partie civile pour provoquer l’action publique. Et aujourd’hui, un an durant, aucune personne
physique et morale n’est inquiétée ou inculpée, aucune enquête sérieuse et responsable n’est menée.
Nous ne pouvons pas comprendre que dans une
république, comme la notre, que des citoyens soient nuitamment, froidement et injustement abattus et que nous sentons la torpeur et le laxisme de la justice. Etant donné que la lumière est faite
sur d’autres dossiers similaires, non moins importants que celui de Zogota, par nos cours et tribunaux.
C’est cette justice à deux vitesses que nous
condamnons, et dénoncions. C’est cette injustice orchestrée que nous fustigions. C’est cette impunité qui a débordé le vase que nous déplorons et laminons.
En nous souvenant des victimes de Zogota, nous
nous souvenons de nos morts de Saoro, des citoyens déchus de leurs droits à disposer de leurs propres terres seront assassinés et certains jetés en prison jusqu’à nos jours. Nos morts de
Gueckédou, des citoyens injustement tués et certains arrêtés pour avoir dit non à une autorité d’un autre temps. Nos morts de Cosa que l’Etat a fait passer de rebelles et ceux des récents
évènements tragiques de N’Zérékoré depuis le 15 juillet 2013.
Qu’attend donc la justice guinéenne pour écrire
avec des lignes droites dans les annales de l’histoire judiciaire de notre pays ?
Nous croyons que cette passivité coupable de la
justice guinéenne, cette impunité satanique, sont des conséquences immédiates du déclenchement de nombreux évènements tragiques et macabres dans notre pays, dont N’Zerekoré. Comment certaines
personnes peuvent vouloir se rendre justice dans une République ? Pourquoi certaines personnes d’un autre temps peuvent-il s’attaquer aux symboles d’une communauté, de toute une région : Zogota,
berceau de nos traditions, Hazaly Zogbèlèmou, Doyen des sages de N’Zérékoré, les Eglises et les mosquées et certaines personnes charismatiques de la Région de N’Zerekoré ? Nous pensons que cela
n’est pas un fait du hasard, si ce n’est une machination ou une manipulation savamment orchestrée. Et pourquoi c’est toujours dans la région de la Guinée forestière que surviennent de tristes et
sinistres évènements ?
C’est à la lumière de cette réalité très
sombre, que la Coordination de la Jeunesse de la Guinée Forestière à Conakry se pose un certains nombre d’interrogation par rapport à l’organisation du 55ème anniversaire de l’indépendance à
N’Zérékoré. Pouvons-nous célébrer les souvenirs de notre indépendance sur des morts sans indépendance, sur les corps des innocents ? Pouvons-nous honorer la fête de notre indépendance en étant
sur des nattes de deuil ? Et mieux où allons nous accueillir nos hôtes au moment où, nombreux de nos maisons d’accueils et certains hôtels sont brulés, saccagés et vandalisés et pire les
infrastructures prévues à cet effet par l’Etat, ne sont pas encore réalisées ? Nous pensons plutôt que l’heure est à la consolation, au respect de nos morts et à une justice responsable pouvant
faire une lumière sur ces évènements tragiques. Les jours à venir nous diront comment l’Etat saura s’y prendre.
Nous en appelons à cet effet, à la haute
responsabilité des dignes fils de la Guinée forestière à parler d’une même voix, à la retenue et au calme. Nous les invitons de réfléchir à toute organisation d’anniversaire ou de manifestation
car l’heure n’est plus au bruit et à la recréation mais au recueillement, à la réflexion et à l’avenir de la Guinée forestière et non aux intérêts partisans et personnels.
Nous invitons humblement le Président de la
République et son gouvernement a œuvré inlassablement pour la paix et l’unité nationale, de socialiser ses déclarations en observant une stricte neutralité. Car cela relève du rôle régalien et
trinitaire de l’Etat : une bonne administration, une rigoureuse sécurité des citoyens et de leurs biens, une justice responsable.
Nous exhortons le Président de la République de
conduire le peuple de Guinée sur des herbes vertes, sur les prés des rochers et des rivières afin que ce peuple n’ait pas soif d’eau, de nourriture, de courant et d’un développement harmonieux.
C’est pour cela que nous l’avons élu à la magistrature suprême.
Nous comptons sur le Président de la République
afin que justice soit rendue sur les nombreuses tueries des citoyens de ce pays et des douloureux évènements perpétrés dans la région de la Guinée forestière.
Nous invitons le Ministre des Droits de l’homme
et des libertés publiques à déployer ses hommes et à user des prérogatives que lui confère la loi afin que les droits de l’homme soient respectés en Guinée et à N’Zérékoré en particulier.
Nous condamnons avec la dernière énergie
l’arrestation arbitraire des citoyens innocents qui viennent des champs par les forces de l’ordre à N’Zérékoré. Nous exigeons des autorités civiles et militaires de N’Zérékoré d’agir dans une
stricte impartialité, avec plus de professionnalisme et de responsabilité au risque de mettre le feu au poudre de nouveau.
Nous invitons les institutions nationales et
internationales, les organismes des droits de l’Homme et des libertés publiques à ne pas jouer à la passivité afin d’éviter que l’irréparable surgisse en Guinée. Nous les demandons humblement de
redoubler d’avantage d’effort dans le renforcement des capacités institutionnelles, dans la consolidation de la paix et du développement dans notre pays, la Guinée.
Que Dieu Bénisse la Guinée et les
Guinéens.
Fait à Conakry, le 04 Aout 2013
La Coordination de la Jeunesse de la Guinée
Forestière (COJEF) à Conakry.