Le gouvernement de la transition réclame 860 millions de dollars américains à la compagnie russe Rusal, spécialisée dans l'exploitation de la bauxite. Cette décision intervient après la
remise des conclusions d'un audit effectué récemment par le cabinet Alex international pour le compte de l'Etat guinéen. Les auditeurs auraient constaté des manquements graves dans le versement
des redevances dues à l'Etat guinéen.
Le gouvernement de la transition en Guinée va en guerre contre le bradage des ressources minières. Il réclame 860 millions de dollars américains à la compagnie minière russe Rusal qui dispose
d'une concession d'exploitation de la bauxite en Guinée. L'annonce a été faite jeudi dernier, à Conakry, par le ministre guinéen des Mines, Mahmoud Thiam, à la suite de la publication d'un
audit effectué récemment par le cabinet Alex International, sur les opérations d'exploitation minière par Rusal, pour le compte de l'Etat guinéen. 'Le cabinet nous a dit que la compagnie
minière russe, Rusal, nous doit au moins 860 millions de dollars américains', a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Le gouvernement guinéen soupçonne cette compagnie russe de gonfler
les coûts d'exploitation pour pouvoir payer moins d'impôts à l'Etat, si l'on en croit encore M. Thiam.
Cette réaction du gouvernement de la transition intervient quelques semaines après celle de la Cour d'appel de Conakry qui avait qualifié d'illégal, le rachat par Rusal de la raffinerie
d'alumine de Friguia (unité de transformation de la bauxite en alumine) de Fria, une petite ville située à quelques dizaines de kilomètres de Conakry. Les dirigeants de Rusal avaient contesté
cette décision de la justice guinéenne.
Le groupe minier Rio Tinto, spécialisée dans l'exploitation du fer, est également dans la ligne de mire des autorités guinéennes. Celles-ci demandent aux responsables de cette compagnie de
renoncer à l'exploitation de deux nouveaux blocs qu'elle convoite sur le mont Simandou. 'Nous avons demandé une renonciation par écrit de ces blocs, une promesse ferme de développer les mines
et un calendrier précis pour l'étude de faisabilité', a expliqué le ministre des Mines. L'ex-chef de la junte militaire, le Capitaine Moussa Dadis Camara, avait annoncé en 2009, son intention
de réviser les contrats d'exploitation minières qui lient l'Etat guinéen aux multinationales opérant dans le secteur des mines dont les procédures seraient entachées de beaucoup
d'irrégularités. Mais, il avait fini par y renoncer sans donner plus d'explication sur les raisons de cette reculade.
En 2009, la junte militaire avait signé un accord d'exploitation des immenses richesses minières et pétrolifères du pays avec le groupe China international Fund (Cif) basé en Angola et
enregistré à Hong-Kong et Singapour. Ce consortium promettait de construire d'importantes infrastructures en Guinée, notamment des routes, des métros de surface, une compagnie aérienne, des bus
et d'étendre les réseaux de distribution de l'eau et de l'électricité, pour un coût global estimé à environ 9 milliards de dollars américains. Le fameux contrat a été signé par l'ex-ministre
d'Etat qui avait en charge la Construction, Boubacar Barry et l'actuel ministre des Mines. La junte s'était engagée, pour sa part, à octroyer des licences d'exploration et d'exploitation de
tout ce que la Guinée recèle comme richesse minière, de pétrole et du gaz à la Cif. La signature de ce contrat que nombre de spécialistes avaient qualifié 'd'arnaque' à cause de l'opacité de la
transaction, avait été dénoncée par l'opposition guinéenne qui parlait de bradage des ressources du pays. Mais ce contrat qui ressemble, à bien des égards, à un marché de dupes, n'a jamais été
ratifié par l'Assemblée nationale dissoute le 23 décembre 2008 par la junte militaire. Or, selon la Constitution guinéenne, pour qu'un tel contrat ait force de loi, il faudrait qu'il soit
examiné par la Cour suprême et ratifié par l'Assemblée nationale.
PENDANT QUE LA POPULATION CROUPIT DANS LA MISERE : Les richesses profitent aux multinationales
La Guinée est un pays de paradoxes. Elle est immensément riche et extrêmement pauvre à la fois. Les spécialistes la qualifient de 'scandale géologique' à cause notamment de l'immensité et de la
diversité de ses richesses minières. Les populations n'ont cependant jamais profité de cette manne du ciel. Le pays abrite dans son sous-sol d'importantes ressources minières : 2/3 des réserves
mondiales de bauxite, parmi les plus grandes réserves mondiales de fer, d'importantes quantités de marbre, de manganèse, de cobalt, des métaux rares dont le diamant et l'or, mais aussi du pétrole
et certainement du gaz, entre autres. Des multinationales venues des quatre coins du monde y sont installées depuis des décennies pour piller les ressources du pays. Elles profitent de la
corruption, des dessous de tables et autres tours de passe-passe, érigées en règle de gouvernance par des dirigeants politiques plus soucieux à se remplir les poches qu'à développer le pays. Près
de 52 ans après son indépendance, la Guinée fait aujourd'hui partie des pays les plus pauvres du monde