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Publié par bouba/lberation

Sergio Villarreal le 13 septembre 2010

 

Il y a quatre ans, le président mexicain Felipe Calderon déclarait la «guerre» au crime organisé et au trafic de drogue. Aujourd'hui, son bilan semble mitigé. Côté pile, l'élimination de nombreux narcotrafiquants. Côté face, une violence endémique, qui touche de plus en plus la population civile. Trois jours après l'arrestation de Sergio Villarreal, dit «El Grande», un des responsables du groupe criminel des frères Beltran Leyva, Jean Rivelois, chercheur à l'IRD et enseignant à Paris III (1), fait le point sur la situation dans le pays.

L'intensification des opérations de police et de l'armée

En neuf mois, le tableau de chasse des autorités mexicaines s'est considérablement garni. Le 16 décembre dernier, Arturo Beltran Leyva, numéro un du groupe du même nom, est tué dans un affrontement avec les militaires. Le 29 juillet 2010, Ignacio «Nacho» Coronel, considéré comme le numéro trois du puissant groupe de Sinaloa, est abattu par l'armée. Quelques semaines plus tard, c'est au tour de la police d'interpeller Edgar Valdez, dit «La Barbie», un rival de Sergio Villarreal.

«Le gouvernement a décidé d'arrêter les parrains parce qu'il sait que les différents clans vont se faire la guerre et s'éliminer», explique Jean Rivelois. Mais l'efficacité de cette stratégie reste relative: «On assiste ces derniers mois à des renversements d'alliance, à une recomposition des différents groupes sur le territoire mexicain. Mais on a beau arrêter des mafieux, la mafia est toujours là. Ce sont des groupes familiaux qui se relaient.»

L'ampleur du trafic

Le Mexique est la principale route de la cocaïne vers le marché nord-américain. 90 % de la poudre blanche sniffée aux Etats-Unis (environ 450 tonnes l'an dernier) passerait par la frontière mexicaine pour être livrée aux 5,7 millions de consommateurs nord-américains. Confrontés à l'action des gouvernements des deux pays, «les narcotrafiquants ont subi une chute de leurs profits, difficilement quantifiable», selon Rivelois. «Pas tant du fait de la répression de l'Etat mexicain, mais bien davantage parce que la frontière du côté américain tend à se fermer», souligne-t-il.

Le chercheur y voit deux conséquences. D'une part, les narcotrafiquants vont diversifier leurs activités criminelles (trafic d'immigrés, d'armes, contrebande... lire notamment cette interview du spécialiste mexicain Martin Gabriel Barron). D'autre part, «les pays producteurs de drogue vont de plus en plus devenir des marchés», avec tous les risques que cela comporte (santé publique, accroissement de la violence). 

Les limites de l'action de Calderon

Les 50.000 militaires déployés en renfort de la police depuis 2006 ne sont pas parvenus à faire baisser la violence dans le pays. Pire, celle-ci semble augmenter. 28.000 personnes ont trouvé la mort depuis quatre ans. La plupart sont des membres de groupes criminels, victimes de règlements de comptes. Mais les civils sont de plus en plus touchés.

«Depuis une année, les narcotrafiquants ont déclaré la guerre au pouvoir. Ils ne s'attaquent plus uniquement à des objectifs ciblés. Ils tentent aussi d'instiller un climat de peur au sein de la population civile, pour lui montrer que le gouvernement n'est pas capable d'assurer sa sécurité», explique Jean Rivelois.

Selon le chercheur, leur objectif est de revenir à la situation des années 1990. A l'époque, le gouvernement mexicain laissait une certaine latitude aux narcotrafiquants, considérés comme des entrepreneurs. «Les autorités récupéraient une partie des profits des organisations criminelles par le biais de la corruption. Cela assurait la pacification des rapports sociaux.»

«En privilégiant la voie répressive et la lutte frontale contre les narcotrafiquants, le gouvernement a provoqué une augmentation de la violence d'origine criminelle et de la violence d'Etat», souligne Jean Rivelois. Le chercheur regrette que le gouvernement Calderon ne mette pas davantage en place des politiques de développement pour les exclus de la société.

«Les groupes criminels prennent la place de l'Etat dans les territoires oubliés et y font de la redistribution sociale», précise-t-il. «Cette politique de développement ne peut se faire que par le biais d'une coopération internationale, puisque le trafic de drogue est transnational.» En d'autres termes, «il ne suffit pas de vendre des armes au Mexique», comme peuvent le faire les Etats-Unis.

La lutte contre la corruption, qui touche tous les échelons des autorités (douanes, police), est l'autre priorité. «L'objectif n'est pas de supprimer le narcotrafic. C'est une activité sociale normale. Il faut en revanche diminuer les connivences entre le criminel et le légal, c'est-à-dire les institutions mexicaines.»

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